side_navigation keyboard_arrow_up

Épitaphe pour la jeunesse de @Bleiz

visibility 5
article 169
Par Chablaj

Ô jeunesse radine, sans vergogne et sans honte

En ton sein opulent je reçus tes bienfaits

Tout le temps que j’y fus accueillie. Désormais,

Refoulée dès l’entrée, je ravale et surmonte

La rancoeur d’une vieillesse qui déjà m’avilie.

Je mangeais, en mon temps, pains et pâtes, matières grasses, glutens,

Alléchants et goûtus ; l’estomac plein d’ardeur

Fort, vaillant, décimant les assiettes de bon coeur,

J’avalais goulûment, sans relâche et sans peine,

Tout ce que désiraient mes entrailles replètes.

Vint le jour où là, face à l’assiette débordante,

Les babines retroussées, les papilles en alerte,

J’entamais une bouchée, et courant à ma perte

Déjà, une seconde ; la troisième, épouvante,

Je ne pus ; je sentais, sous mon souffle mourant,

L’estomac se raidir et sonner ma défaite,

J’était cuite. Jeune adulte mais si vieille aujourd’hui,

Croque-monsieur mi-mangé, comme on laisse éconduit

Un amant qui nous gonfle et nous lasse, tu me jetes.

Fort bien. Je me mets au crochet.

Commentaires

forum Fond et forme exigeant
Seuls les membres peuvent accéder aux commentaires.