Ô jeunesse radine, sans vergogne et sans honte
En ton sein opulent je reçus tes bienfaits
Tout le temps que j’y fus accueillie. Désormais,
Refoulée dès l’entrée, je ravale et surmonte
La rancoeur d’une vieillesse qui déjà m’avilie.
Je mangeais, en mon temps, pains et pâtes, matières grasses, glutens,
Alléchants et goûtus ; l’estomac plein d’ardeur
Fort, vaillant, décimant les assiettes de bon coeur,
J’avalais goulûment, sans relâche et sans peine,
Tout ce que désiraient mes entrailles replètes.
Vint le jour où là, face à l’assiette débordante,
Les babines retroussées, les papilles en alerte,
J’entamais une bouchée, et courant à ma perte
Déjà, une seconde ; la troisième, épouvante,
Je ne pus ; je sentais, sous mon souffle mourant,
L’estomac se raidir et sonner ma défaite,
J’était cuite. Jeune adulte mais si vieille aujourd’hui,
Croque-monsieur mi-mangé, comme on laisse éconduit
Un amant qui nous gonfle et nous lasse, tu me jetes.
Fort bien. Je me mets au crochet.