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Écritures (lol)

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article 490
Par Chablaj

Parle avec elle, parle mon ami

Dis-lui ce que tu n’arrives pas à lui dire

Odieux impératif ! Et pourtant

Cloisonnée dans son infini noir, elle n’a cesse

D’en chercher l’issue

C’est toi mon ami, toi qui en as la clef

Toi qui en détiens le secret

Décharge-la donc, charge-toi d’un peu de ses secrets

Ouvre cette porte qu’elle ne décèle pas

Qu’elle n’est pas, seule, en mesure de déceler

Ouvre-lui le lieu de son miroir

Permets-lui de plonger dans son reflet

Et d’en ressortir, peut-être, altérée

Je te demande de lui parler, ami

Car elle, n’a pas de parole

Elle en souffre le sais-tu

Les mots, gravés dans le marbre, lui échappent et s’échinent

À l’enfermer, encore et encore, à l’encercler

Donne-lui cette clef, alors,

Qu’elle puisse voir autre chose que du noir

Et trouver un lieu moins cloisonné

(Les lieux sont-ils toujours cloisonnés)

Si tu ne lui as pas jusqu’ici donné la clef, est-ce donc

Parce que derrière la porte, encore des cloisons ?

Le sait-elle, que l’échappatoire qu’elle cherche

N’est sans doute encore qu’une autre prison ?

Faut-il alors habiter le lieu autrement

Afin que le noir cesse d’être si corrosif

Et les mots mutilateurs, d’être ennemis ?

Apprivoiser les mots,

Livre-lui au moins ce secret-là

Mais qui suis-je pour te l’ordonner ? Je suis elle, et toi

Et le noir et les mots

Mon propre démiurge et mon propre Satan

Démiurge de personne et Satan en rêve

Mais c’est déjà plus que suffisant

Livre-lui tes secrets, ami, aide-la

Elle a plus besoin de toi que de moi

Je t’en prie – l’impératif se fait prière

Je t’implore et te considère

Comme l’unique sauveur de cette jeunesse éclopée

Laisse-la éclore, et laisse-moi enfin dormir

Je t’en implore

Bourlingue le stylo et flingue ton angoisse

Laisse aller

Crève la bulle qui t’embarasse

Et morcèle les échos qui te noient

Je ne vois plus rien, je ne fais qu’entendre

Je laisse les sons se prolonger jusqu’à s’étirer

En longues masses filasses avec lesquelles je me débats

Sève collante et filandreuse tout à la fois

Cette matière n’est ni facile ni tendre

Et pourtant je l’aime et la choie

Je chéris ce que je sème au gré de l’encre

Et que j’étire encore sans réfléchir

Je me laisse aller

Il y a beaucoup d’assonances, c’est trop réflexif, dirais-je

Pourtant je laisse couler, ça doit sortir

Ça doit purger

Ça doit bleuir et puis sécher

Beaucoup d’anaphores, de résonnances

Ces échos factices qui me remplissent

Et se désistent d’un coup

Je me demande

Qu’y a-t-il de vrai dans tout cela, et au-delà ?

Je cherche la réponse et je ne la cherche pas

J’ouvre des portes que je referme au fil de mes humeurs

Beaucoup plus que selon le temps qu’il fait

C’est toi, mon ami

Malmène la syntaxe au gré de la grammaire

Que tu aimes tant

Journal intime en vers

Et c’est tant mieux, puisque c’est lâché d’un coup

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