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OSS-11

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article 497
Par Rimeko

Personne ne dompte l’Aurore, mais vous allez la prendre.

Pour la première fois, votre contremaître renâcle face à l’ordre que vous lui intimez. Derrière elle, le navigateur, comme hypnotisé, fixe le double battant cadenassé qui mène aux profondeurs de l’Aurore. Tout autour, ce que vous pensiez n’être qu’un reflet de l’orage sur des renforts en métal, se révèle un rai de lumière maintenant que vous le considérez avec plus d’attention. Qu’attendez-vous ?

Votre contremaître consent à s’écarter après que vous lui avez fait remarquer qu’elle était prête à s’arracher un œil, mais maintenant, face à ce trophée bien réel, sous vos pieds, elle hésiterait ? Vous ne partagez de tels scrupules et, d’un geste, ordonnez de forcer le passage.

« Capitaine... » commence votre navigateur, mais vous l’ignorez.

Vous empoignez la barre alors que votre maître-artilleur fait sauter d’une balle la serrure l’entrée de la cale. Vous imaginez déjà votre retour en triomphe, un fragment d’étoile en poche : un tel trésor tel que jamais plus vous ne vous inclinerez devant l’étreinte des ténèbres. La peur n’aura plus de prise sur vous, qui avez vaincu l’Aurore.

Elle semble d’ailleurs avoir renoncé à se débattre, docile sous votre poigne – jusqu’à ce qu’une corde fende l’air en sifflant. Le cliquetis des attaches résonne comme un rire. Vous vous retournez.

La vision d’horreur de votre équipage pendu au gréement sera la dernière chose que vous verrez. Langue pendante, œil exorbité, votre contremaître donne de vains coups de pied dans l’air, griffant la corde qui l’étrangle... et l’Aurore vous arrache la vue.

Vous entendez encore pendant de longues minutes les cris. Vous reconnaîtriez les voix, si vous ne vous y refusiez pas. Vos doigts crispés autour du gouvernail, vos mâchoires serrées à vous en briser les molaires, vous écoutez l’Aurore se jouer de ces pauvres pantins, avant de s’en lasser et de les jeter par-dessus bord. Vous, qui les avez amenés ici – vous, qui les avez condamnés – vous n’inscrirez pas leurs noms sous votre peau, comme l’aurait fait votre maître-artilleur, mais toujours vous verrez à la place du monde tournoyer cet hideux bal des pendus. Toujours leurs hurlements vrilleront vos oreilles, nullement étouffés par les flots qui ont englouti leurs corps.

Et vous, qui avez cru pouvoir prendre l’Aurore par la force – vous, qui ne pouvez pas mourir – vous la servirez à jamais, cette caravelle de malheur, du plus profond des ténèbres. D’avoir voulu voler sa lumière, vous avez prouvé la voracité qui vous rend digne de l’océan sans soleil. Vos articulations se verrouilleront, vos muscles s’atrophieront, vos vertèbres écraseront vos nerfs et le sel rongera votre peau jusqu’à l’os... mais elle ne vous laissera pas lâcher la barre.

 

Vous êtes Capitaine à bord de l’Aurore. N’était-ce pas ce que vous souhaitiez ?

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