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Chapitre 5 : Jorick

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Par Carlarqlm

Les flammes se mouraient lentement et il ne restait plus qu’un halo rougeoyant dans le foyer. Jorick, les jambes repliées contre sa poitrine, fixaient les cendres sans même les voir. La fatigue commençait à prendre le dessus. Il avait hâte que la comète pointe enfin le bout de son nez. Autour de lui, les autres parlaient moins. Cléo tenait un livre ouvert dans ses mains, éclairé par sa lampe frontale, pendant qu’Ilana dégustait les derniers chamallows emballés. Caleb maniait un couteau en tournoyant autour de ses doigts, son regard perdu dans le vide, tandis que Liam s’était éloigné un peu plus loin, les bras croisés et immobile.

Et Lysandra n’était toujours pas revenue.

Jorick fronça les sourcils. Ce n’était pas la première fois qu’un des cousins s’éloignait un peu. Ils avaient tous eu besoin d’air, à tour de rôle, depuis qu’ils étaient arrivés autour de l’étang.

Mais plus de quinze minutes ? Dans une forêt aussi dense, en pleine nuit ?

Cléo tourna une page, imperturbable. Ilana mâchait doucement sans vraiment savourer. Personne n’avait l’air de s’alarmer, excepté lui. Il se redressa, se passa une main dans les cheveux.

— Elle est partie depuis combien de temps, Lys ? demanda-t-il à personne en particulier.

Cléo leva les yeux de son livre.

— Je dirais au moins un quart d’heure.

— C’est long, non ?

Personne ne répondit immédiatement. Puis Caleb haussa les épaules.

— Peut-être qu’elle en a eu marre d’attendre et qu’elle est rentrée se coucher. Elle a toujours été bizarre de toute façon.

— Ou elle est tombée dans un trou et elle se vide de son sang, grogna Liam sans bouger.

Ilana fit une grimace.

— Charmant.

Une inquiétude sourde commença à étreindre Jorick, il craignait que quelque chose de grave soit arrivé à Lys. En tant qu’aîné du groupe, c’était son rôle de veiller sur eux.

— Bon. On va quand même vérifier.

— Tu veux qu’on parte à sa recherche ? Maintenant ? Dans le noir ? s’exclama Ilana.

— T’as peur des sangliers démoniaques ? répliqua Cléo, mais son sourire semblait forcé.

— Non. Juste… c’est la forêt. On ne connaît pas. On n’a pas de lampe pour tout le monde. Si elle revient pendant qu’on est tous dispersés, c’est pire.

Jorick resta debout. Il ne se considérait pas courageux néanmoins il était incapable de rester assis. Rester assis quand quelque chose n'allait pas lui donnait physiquement la nausée et après, si ça tournait mal, il se demanderait pendant des semaines ce qu'il aurait pu faire différemment. C'était épuisant d'être comme ça. Mais il ne savait pas faire autrement.

— Je vais faire un tour rapide. Juste autour de l’étang. Si je ne vois rien, je reviens. Vous restez ici.

Caleb rangea son couteau.

— J’viens avec toi.

Jorick approuva d’un hochement de tête. Il jeta un œil à Liam, toujours figé dans sa bulle, le regard planté dans l’obscurité. Il hésita à dire quelque chose, puis renonça.

— Ok, on fait vite, murmura-t-il à Caleb. Tu vas par-là, moi de l’autre côté.

Ils se séparèrent sans bruit. Le silence était plus pesant, ici. Il entendait chaque pas, chaque feuille froissée sous ses semelles. Sa lampe de poche n’éclairait qu’un cône étroit, tremblant. Les ombres semblaient se resserrer sur lui.

Il appela doucement :

— Lys… ?

Rien.

Son cœur battait trop fort. Il s’arrêta une seconde, pris d’un vertige. C’était absurde. Peut-être qu’elle avait juste eu besoin de réfléchir. Ou qu’elle avait trouvé un joli coin, et s’était perdue dans ses pensées.

Mais au fond de lui, Jorick savait. Il y avait eu ce regard, plus tôt dans la soirée. Ce genre d’étincelle dans les yeux de Lysandra, quand elle ressentait quelque chose d’important. Et elle avait dit qu’il y avait « quelque chose de différent ». Il n’avait pas écouté, trop occupé à se disputer gentiment avec Cléo ou à rire aux bêtises d’Ilana.

Elle s’était peut-être éloignée pour savoir ce que c’était. Et, maintenant, elle n’était plus là.

Jorick se remit en marche, plus vite. Il ignorait ce qu’il cherchait. Des empreintes ? Un bruit ? Une trace de pas dans la mousse ? Mais, à chaque pas, son instinct se réveillait un peu plus. Il ne savait pas ce qu’il ressentait. Un appel ? Une intuition ? Ou juste la peur ?

Il ferma les yeux un instant, le temps de retrouver son calme. Je ne la trouverai jamais tout seul. Ce constat posé, il fit demi-tour à la recherche de Caleb. Il revint sur ses pas à contrecœur, frustré, tendu, les nerfs à vif. Il n’aimait pas l’idée d’abandonner. Mais, seul, il ne ferait rien de plus que tourner en rond. Il retrouva Caleb là où il l’avait laissé.

— Tu as trouvé quelque chose ? lui demanda son petit frère.

— Non rien du tout, répondit Jorick. Je pense que nous devrions chercher les autres et partir à la recherche de Lys tous ensemble. La forêt est quand même assez dense, plusieurs paires d’yeux ne seront pas de trop.

Caleb acquiesça et ils retournèrent au camp. Les visages se levèrent à leur approche, pleins d’attente. Jorick sentit l’espoir s’effondrer dans leurs yeux quand il secoua la tête.

— On fait quoi du coup ? demanda Cléo.

— On pourrait déjà commencer par essayer de l’appeler sur son portable non ? énonça Liam comme une évidence.

— C’est vrai que c’est une bonne idée, admit Jorick.

Il sortit son téléphone et essaye d’appeler Lysandra. Une douce mélodie sortit d’un des sacs posés au sol.

— Evidemment, elle n’a pas pris son téléphone avec elle… marmonna Cléo.

Jorick accusa le coup mais l’urgence de la situation le tira de son angoisse.

— Avec Caleb, on pense qu’il vaudrait mieux qu’on la cherche tous ensemble. On ne voit quasiment rien dans la forêt donc on loupera moins de choses si on est cinq.

Cléo se leva instantanément et commença à ranger ses affaires, prête à suivre comme toujours. Étonnamment, Liam était déjà prêt à partir. Ilana, quant à elle, se montra un peu plus réticente.

— Si on n’a vraiment pas le choix…, soupira-t-elle en attrapant sa lampe.

Cléo referma son livre d’un geste sec.

— Bon, alors on s’organise ou on part comme des touristes ?

— On ne part pas à l’aventure, fit remarquer Caleb. On cherche Lys, pas un trésor.

— C’est pas incompatible, marmonna Liam, déjà en train de s’éloigner.

Jorick inspira profondément. Il savait qu’il devait garder le cap, même s’il n’avait pas la moindre idée de ce qu’ils allaient trouver. Et si on ne la retrouve pas ? Il chassa cette pensée de son esprit et se força à prendre un ton calme mais ferme.

— On reste groupés. On fait un demi-cercle autour de l’étang, pas plus loin. On regarde le sol, les arbres. Si vous voyez une trace, vous criez.

— Et si on tombe sur un sanglier démoniaque ? insista Ilana.

— Tu cries aussi, sourit Caleb.

Ils s’enfoncèrent dans la forêt, les lampes projetant des cercles tremblants sur les troncs et les ronces. Le silence les enveloppa aussitôt. On n’entendait plus le feu derrière eux. Juste le frottement de leurs pas, les branches qui craquent, et parfois un oiseau nocturne qui s’envole, invisible.

Jorick sentait la tension dans chacun de leurs gestes. Il gardait un œil sur Cléo, qui marchait rapidement et tendait l’oreille au moindre bruit étrange.

— Lys ! appela-t-il, doucement. Lysandra, tu m’entends ?

Rien. Rien que le silence et la respiration de Caleb derrière lui.

Il s’arrêta un instant, fronça les sourcils. Là, sur la mousse, quelque chose...

— Attendez, murmura-t-il.

Son regard fut attiré malgré lui vers la mousse sombre, où l’humidité dessinait des formes fugaces. L’eau semblait guider son attention, l’amener à voir ce que les autres n’auraient pas remarqué. Une empreinte. Floue, légère, presque effacée par l’humidité. Mais, c’était bien un pied, et ce n’était pas le leur.

— Par ici, souffla Jorick.

Les autres le rejoignirent un à un. Cléo s’accroupit à côté de lui, plissa les yeux.

— C’est elle, tu crois ?

— Je ne suis pas certain de quoi que ce soit, mais… regardez : les brins d’herbe sont écrasés.

— Y’a peut-être un chemin, dit Caleb. Elle a pu le suivre sans s’en rendre compte.

Ils échangèrent un regard.

— On continue, dit Jorick. Restez bien derrière. Si elle a suivi ce sentier, c’est qu’il mène quelque part.

Et ce quelque part, il le sentait, approchait à grands pas.

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