L’enfant resta pétrifiée au cœur du lotus épanoui. L’amas sombre autour d’elle prouvait qu’elle appartenait toujours à la fleur. Une aura diffuse et effrayante s’échappa d’elle, envahissant les environs, qui devinrent une extension de son cocon ténébreux. Les anciens, par leur sagesse, furent les premiers à reculer. Les villageois finirent par les imiter, loin de cette brume porteuse de terreur.
Les lanternes tremblaient, éclairant faiblement l’étrange apparition. Les murmures suppliaient de ne pas perturber ce qui venait d’elle. Dans ce monde envahi par l’obscurité, chaque signe était perçu comme une menace. L’effroyable vision de l’enfant sans sourire dominait toutes les autres.
C’est une vieille femme qui finit par avancer, guidant ses pas à l’aide d’un morceau de bambou. Cette gǔ yù exigea que le passage lui soit libéré. La vieillarde avait perdu la vue, mais pas son courage pour affronter le présage qui répandait sa sombre influence. Quand elle arriva au bord de l’eau, elle ne remarqua pas que la petite fille avait tourné la tête vers elle dans un grincement sinistre.
La brume se dissipa, dégageant un chemin pour la vieille aveugle qui se dirigea vers la fleur. Aucun villageois n’osa la retenir alors que l’eau montait déjà jusqu’à ses genoux. Tous frémirent lorsqu’elle tendit le bambou vers la tige noire. À son contact, le lac entier reprit sa mélodie funeste. La fumée noire se dissipa, libérant l’enfant de l’emprise du lotus noir.
L’âme courageuse s’arrêta devant la fleur, priant en silence pour éloigner le mauvais sort. Elle prit l’enfant dans ses bras et ressentit soudain un frisson glacial. L’enfant regarda la rive avec ses yeux étoilés alors qu’elle l’étreignait.
Sans opposer de résistance, la petite fille s’exclama en chantant, ses paroles, inconnues, s’harmonisant parfaitement avec la mélodie du lac. Une lueur crépusculaire émana alors du lotus noir.
— C’est elle, déclara la vieille dame. C’est elle qui a pris le jour.
Personne ne remit en question ce qu’elle ne pouvait pas voir. Dans ce monde plongé dans l’obscurité perpétuelle, il fallait une explication, un sens, une faute. Et cette enfant les portait en elle en s’illuminant. Trop captivés par cette révélation, l’effroi empêcha les villageois d’écouter la gǔ yù jusqu’au bout.
— Ou celle qui nous le rendra, murmura-t-elle.