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♪ Premiers baisers ♪ (1/2)

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Par Syanelys

— Je ne sais pas si j’avais le droit d’apprendre à t’aimer, je n’ai jamais fait partie de ton monde.

Kayla ne fléchissait pas, malgré la douleur atroce de ses os brisés ou le sang qui coulait le long de ses bras. Elle parvenait à contenir l’énergie stellaire, empêchant l’explosion qui les menaçait tous. Si seulement elle pouvait jeter un dernier regard sur celle qu’elle aimait plus que tout au monde ! Ce geste n’était pas un au revoir. C’était son cadeau. La disparition d’un fardeau trop lourd pour un cœur déjà brisé.

Parmi toutes les épreuves endurées ensemble, une vérité cruelle et injuste émergeait : sa première déclaration d’amour verrait le jour à la fin de Tekoya, mettant fin à tous les lendemains qu’elles n’auraient jamais connus. Tous les sourires, toutes les promesses, tous les rêves partagés… Tout serait effacé. Pourtant, Kayla souriait. C’était sa manière de défier le destin, d’exprimer des sentiments qui la submergeaient.

— Peut-être que la folie m’égare… Mais entre détruire Tekoya pour continuer à voir ton sourire… ou le sauver pour te perdre… je sais à quoi je renonce.

Son aura se déchaîna. Dans un dernier élan, Kayla éclata comme une Étoile prête à embraser l’univers. Son ultime danse. Le destin pouvait s’écrire sans elle, la Prophétie pouvait mourir avec elle : elle n'avait plus d'importance. Dans ce dernier souffle, elle entraînerait son adversaire au-delà des confins de Tekoya, vers des galaxies oubliées.

— Vis, Fae… Car à travers toi, je vivrai encore.

Alors, une à une, ses Étoiles se détachèrent d'elle. Chacune, avant de s’éteindre, lui offrit une dernière pensée : des mots d'amour, des mots de soutiens ou des mots de regret. Elles étaient enfin libres, comme elle l’avait promis.

Kayla s’en alla seule, et son extinction fut une éclatante solitude, une lumière vive perçant l’abîme cosmique. C’était le dernier rayon d’une voûte céleste destinée à s’effondrer.

— Elle aura passé tout ce temps sans nous, s’entrainant loin de tes yeux clairvoyants, déclara Lyphan. Le Doyen a-t-il choisi cette méthode pour t’offrir une chance de survivre ?

Pourtant, Kayla refusait de plus en plus de se laisser emporter par les rêves de Valtryo. Lyphan l’avait vue se débattre avec toute sa force contre ce sommeil qui l’envahissait sans crier gare. Et plus elle résistait, plus le temps qu’elle passait dans les songes s’étirait…

Il lança un regard en quête d’approbation vers Faerya. Mais des larmes silencieuses roulaient sur ses joues.

— Qu’as-tu vu ? demanda Lyphan, sa voix tremblant davantage qu’il ne le souhaitait.

Faerya ferma ses yeux, où se trouvait la clé de nombreux destins possibles. Ses larmes continuaient de couler, impossibles à retenir.

— J'ai entrevu… une version de Kayla que je n'aurais jamais osé imaginer.

Elle ne tenta pas de maîtriser ses pleurs. Son corps, bouleversé par la vision, avait cessé de lui obéir.

— Est-ce lié à ce qui doit arriver au temple de la Pixie ? demanda Lyphan.

— Non. Cette vision-là est bien au-delà de ma possible extinction.

Il pâlit. Depuis peu, il s’était efforcé de comprendre et de se préparer aux visions de Faerya, dans le but d’empêcher la fin qu’elle avait tant redoutée. Ses yeux n’avaient jamais vu aussi loin.

— C’est la première fois, murmura-t-il, que ta vue franchit le voile.

Faerya hocha légèrement la tête, les yeux toujours emplis de larmes.

— Et, pour la première fois, poursuivit-elle d’une voix brisée, j’ai vu le visage de celle qui provoquera la chute du monde Astral. Kayla… Kayla la combattait. Elle avait l’apparence d’une simple enfant.

Un silence pesant s'installa. Lyphan fixa Faerya, percevant dans son regard une peur profonde et viscérale. Il ne fut pas en mesure de déterminer qui, d’entre eux deux, avait suscité une telle frayeur.

— Alors… À quoi devons-nous nous attendre ? balbutia-t-il.

Faerya éleva lentement ses yeux vers lui.

— À tout. Kayla n’est plus la seule à influencer l’espace-temps.

Enfin libre de l’étrange sensation qui la parcourait encore, Faerya essuya discrètement ses larmes du revers de la main. Elle retrouva ensuite son sourire en coin habituel, ce sourire qu’elle utilisait pour signaler à Lyphan qu’une prédiction était sur le point de se réaliser.

— Ce sera son dernier réveil, souffla-t-elle. Kayla est enfin prête à nous suivre pour l’Épreuve Lunaire. Malheureusement, je ne le suis plus. Je te laisserai lire entre les signes, Lyphan. Parce que je n’arrive plus à la « voir » comme avant.

Encore une fois contorsionnée dans une position invraisemblable, Kayla se dégageait lentement de son sommeil profond, si profond que Linsena s’étaient endormies avec elle, enveloppées dans un cocon lumineux et transparent qui moulait leur forme.

Kayla ne se leva pas avec son habituelle énergie. Elle resta allongée, alourdie, le visage sombre, trahissant une fatigue qui dépassait celle du corps.

— Une lune entière, tout de même ! Tu as établi un nouveau record, Kayla ! lança Faerya d’un ton malicieusement léger.

Tel un chaton capricieux, Kayla tenta de se recroqueviller, cherchant à grappiller quelques instants de sommeil supplémentaires. Les Étoiles, bousculées, grognèrent en silence, elles aussi peu pressées de voir ce moment de répit s’achever.

— Allez, Kayla. Il est temps de te lever. Et, surtout, d'expliquer à Lyphan ce que tu lui dois.

Kayla ouvrit enfin les yeux. Soudain, une averse d’étincelles d’Étoiles déferla sur son corps, éclairant intensément sa silhouette et la consumant dans un océan de poussière lumineuse. Elle disparut. Quelques instants plus tard, elle réapparut derrière Lyphan et Faerya, sa célérité étant devenue l’un de ces changements subtils qui marquaient maintenant chacun de ses réveils.

Le regard de Kayla glissa vers Faerya. Un regard interrogateur, toujours aussi enfantin, cherchait la confirmation de dévoiler ce qu’elle avait si longtemps gardé pour elle seule.

Faerya inclina doucement la tête, confiante.

— Lyphan est prêt, murmura-t-elle. Il est notre frère d’armes. Il mérite d’entendre la vérité sur ce que tu faisais vraiment dans son royaume onirique.

Faerya fixa Kayla avec un regard rempli d’affection.

— J’aimerais que tu lui dises tout ce que le doyen Valtryo t’a enseigné. Tu ne dois rien oublier, d’accord ?

Kayla pesa les mots de Faerya dans son esprit. Puis un sourire éclatant se dessina sur ses lèvres. Elle reprit confiance en celle qui avait le don de faire battre son cœur à toute vitesse.

— Par quoi commencer…

Distraite par les Étoiles qui se frottaient à elle, avides de se gorger des poussières d’Étoiles tombant de son aura, elle chercha ses mots. Chaque fois que son pouvoir frémissait, un parfum céleste s’en échappait, irrésistible pour ses compagnes de toujours.

— Mes Étoiles ont été scellées par les Célestes de la Tour, révéla-t-elle d’une voix douce. Elles sont devenues trop dangereuses pour moi depuis que mon précédent sceau s’est brisé, ce qui signifie que je ne peux plus les éveiller ni communier avec elles. Ne vous moquez pas, mais j’en suis toujours au stade de l’aura, qui s’est avérée plutôt… particulière.

Pour illustrer ses propos, Kayla fit apparaitre une fine corde lumineuse. Elle la manipula, la tordit et la façonna en mille et un motifs délicats d’éclats lumineux.

— Maître Valtryo désirait que je me consacre entièrement à la méditation. Il était convaincu que, grâce à une meilleure maîtrise de ma respiration, je pourrais apaiser mon aura et la stabiliser. Malheureusement pour lui…

Elle esquissa une moue étrange. Linsena la mimèrent, dansant autour d’elle.

— Je suis une élève catastrophique ! Depuis toute petite, je n’ai jamais rien appris autrement qu’avec des livres. Pas avec des personnes sans pages ! La seule exception, c'était ta grand-mère, Faerya, quand elle m'a initiée à l'alchimie…

Kayla fit une autre grimace, mélange de fausse repentance et de fierté assumée.

— En conséquence, je pense que Maître Valtryo n’a pas été très impressionné par mes « progrès ».

Son attitude désinvolte fit sourire Faerya et Lyphan. Kayla s’épanouissait dans ce monde Astral, mais elle restait irrémédiablement une étincelle insoumise.

— Entre deux séances de méditation, je filais en douce. Comme il n’arrivait jamais à m’attraper dans son royaume des rêves, il a fini par me surnommer « la Surfeuse des Étoiles » ! Après tout, mes rêves, ils n’appartiennent qu’à moi !

Soudainement, elle tourna ses yeux brillants vers Lyphan, comme frappée par une idée géniale.

— Oh, mais je sais ! Je vais te montrer ma façon décalée d’utiliser mes pouvoirs ! Tu ne connais que ma vitesse foudroyante, mais attends de voir…

Elle se tourna ensuite vers Faerya, un sourire malicieux dans le regard.

— Moi, Kayla Elsan, te provoque en duel, Faerya Qity ! Le moment est venu pour toi de connaître le goût de la défaite !

Faerya sourit légèrement, mais sans surprise, en remarquant l’expression dramatique de Kayla. Elle hocha la tête en signe d’accord, puis jeta un regard furtif à Lyphan, lui demandant silencieusement de prêter une attention particulière.

— Vas-y doucement, tout de même, avertit Kayla d'une voix légère. Je suis nulle en incantations, et ma lumière est aussi inoffensive qu'une Étoile filante…

Faerya répondit par un geyser d’eau fulgurante, qui fit craquer la terre à ses pieds. Elle n’avait jamais envisagé de laisser la moindre chance à Kayla. Avec une grâce impeccable, elle invoqua tous les éléments de la nature environnante : l’eau qui tourbillonnait, les racines qui ondulaient, la roche elle-même soulevée par sa volonté.

Kayla ferma les yeux, faussement surprise. Elle concentra sa lumière, qui prit la forme de volutes protectrices autour d’elle. La première vague la frôla sans l’atteindre, déviée par une danse gracieuse et instinctive. Kayla ne se battait pas, elle évitait, composant sa propre mélodie.

Faerya ne ralentissait pas. Elle puisait dans les veines profondes de la terre et animait les arbres déracinés, les pierres éclatées, les rivières chargées de boue. Kayla répondait en synchronisant ses pas avec les nouvelles incantations, comme si chaque attaque brodait une chorégraphie. Un mouvement furtif ici, une évasion gracieuse là, un effleurement du bras, une touche sur sa jambe. Kayla offrait maintenant une danse endiablée.

À force, Faerya perdit même son rythme. Chaque attaque trouvait le vide. Chaque vague déferlante, une esquive inattendue. Kayla dansait entre les mailles de son adversaire, les yeux clos, en utilisant la musique de la magie stellaire.

Puis, Kayla décida de changer de rythme. Elle sauta soudainement, entamant une danse éclatante, plus rapide qu’un éclair qui n'existait plus. Pour la première fois, Faerya ne put suivre, ne put voir l'avenir immédiat. Un clignement d’yeux, une absence, et Kayla réapparut devant elle, son sourire illuminant tout l’espace. Faerya ne sentit presque pas le doux baiser éphémère qui se posa sur sa joue.

Quand ses dernières attaques furent vaines, Kayla avait de nouveau disparu, déjà réapparue auprès de Lyphan, qui resta coi devant cette victoire audacieuse.

— Je pense que j'ai gagné !

Kayla se pavanait, satisfaite d’elle-même, en sautillant sur place. Cependant, lorsque ses yeux rencontrèrent ceux de Lyphan, son sourire s’estompa et son rire s’éteignit dans sa gorge. Elle inclina la tête, gênée.

— Euh… arrêtons-nous là, d’accord ? marmonna-t-elle en manipulant nerveusement ses doigts. Ma danse… elle ne peut pas fonctionner sur toi. Je ne perçois pas encore tes Étoiles.

Elle recula d’un pas, comme si elle tentait de se protéger de sa propre déclaration.

— Face à toi, je m’avoue vaincue !, conclut-elle, dramatique. C'est normal, tu n’as pas encore ta Constellation, toi !

Son éclat de rire retentit, bientôt imité par les trois Étoiles qui virevoltaient autour d’elle dans un joyeux chaos.

Au loin, Faerya restait figée. Elle n’avait jamais subi une défaite aussi totale. Pas un seul coup, pas une attaque, pas une faille n’avaient été détectés. Pourtant, un sourire imperceptible étira ses lèvres. Sa clairvoyance avait été annihilée par cette imprévisibilité qui avait eu le culot de s’exprimer en une parfaite harmonie.

Au moment où Lyphan inclina lentement sa tête, elle comprit qu’il avait également saisi le message. La Kayla qui riait parmi eux n’était plus la même.

— Il est temps de retourner au Sanctuaire d'Eas, annonça Faerya en se ressaisissant.

Elle invita ses compagnons à s’engager dans la direction du grand sablier, qui comptait ses derniers grains.

— Il y a eu un temps pour s'entraîner… ou pour dormir, glissa Faerya avec un sourire en coin. Mais, vient aussi le temps de se ressourcer. Allons profiter de nos eaux thermales, et retrouver toute notre essence stellaire. Notre grand départ approche plus vite que vous ne l'imaginez.

Restée en retrait, Faerya observait Lyphan et Kayla rire aux éclats avec Linsena, qui avait décidé de commenter cet affrontement amical de manière exagérée. Faerya posa ensuite sa main sur la joue que les lèvres de Kayla venaient de toucher. À cet instant précis...

“Tu dois vivre.”

Trois petits mots prononcés doucement : la pire des incantations de Kayla. Faerya éclata de nouveau en sanglots.

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