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Chap 20 Escapade improvisée

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Par Anna.Lyse

ALEC

Confortablement installé au bar de la cuisine, tandis que le soleil tape à travers les fenêtres depuis plusieurs heures déjà, je fixe mon café encore fumant. La nuit a été courte, trop courte à mon goût. Hanté par les fantômes du passé, j’ai été incapable de trouver le sommeil.Je repense aux insomnies d’Elena, et je me demande ce qui peut, elle, la tourmenter.Cela ne servait à rien de ruminer dans mon lit alors je me suis levé, aux premières lueurs du jour,pour préparer du café pour toute la coloc. Une façon pour moi de les remercier à ma façon.

Quand Suzanne est venue me chercher hier, j’ai tout de suite compris que quelque chose clochait, et quand j’ai vu Elena se battre seule contre deux mecs, j’ai totalement vrillé. Elle s’en serait sans doute sortie, même sans mon intervention. À tête reposée, je sais de quoi elle est capable, mais sur le moment… J’ai totalement pété un plombs. Elena est comme ma famille. S’il lui était arrivé quelque chose, je ne me le serais jamais pardonné. Dans ma rage, j’ai totalement oublié Suzanne, j’étais focus sur l’ordure qui s’apprêtait à frapper Elena par derrière. Ensuite tout est flou, mes souvenirs sont voilés. J’étais là sans être là. C’est comme si je n’habitais plus mon corps. Je n’en suis pas très fière, même si je n’en montre rien : me laisser emporter par la colère et laisser exploser cette violence me fait honte. Je hais ce monstre en moi. Elena aurait pu prendre peur, me rejeter, mais elle est restée, c’est sa voix qui m’a ramené. Je n’arrive pas à me l’expliquer, je ne peux que lui être reconnaissant.

La belle vient de se réveiller. Elle ne dit pas un mot en venant chercher sa tasse de café. Son regard me dit tout ce que j’ai à savoir, ne me parle pas je suis pas d’humeur. Je souris et reste silencieux, la belle n’est jamais d’humeur le matin. Elle s’installe sur le canapé, et met son casque et sa musique. Elle a besoin de temps pour émerger, je ne la cherche plus désormais. Harry débarque à son tour et semble pressé.

— Qu'est-ce que tu fabriques?

— J'ai un rencard avec Sacha, la p'tite nana d'hier soir, se vente-t-il.

Je souffle de dépit, un peu envieux par rapport à mon ami. Je suis du regard chaque allée et venue d'Harry qui s'affaire à se préparer à sortir.

— C'est même pas une vraie blonde de toute façon, lui dis-je un peu moqueur.

Il hausse les épaules. Il me connaît bien et sait que ma réplique cache une pointe de jalousie, qui pour une fois le fait sourire.

— T'avais qu'à demander le numéro de Becky, c'est ta faute. Tu prends jamais leur numéro.

Je grogne en repensant à Becky. Elle avait l’air du genre à s’attacher facilement, et je n’ai rien à offrir. Elle sera bien plus heureuse avec Axel, enfin s’il a réussi à la séduire, ce qui n’était pas gagné vu comment elle avait l’air mordue.

— Je demande pas parce que je suis pas du genre à baratiner. Prendre leur numéro, c'est leur faire croire qu'il peut y avoir plus. Et moi, j'ai ni le temps ni l’envie de gérer les dramas qui suivent. Je promets que ce que je peux donner, une nuit torride et pas plus.

Harry explose de rire et me tape amicalement sur l'épaule en me dépassant.

— En attendant, tu vas passer la journée avec ta main droite, Alec O'Donnell ! Une semaine sans nana, tu te rends compte ? J'crois que c'est du jamais vu dans ton cas.

— Ouais ben la faute à qui ? C'est toi qui a posé des règles débiles !

— Ben t'as qu'à faire comme moi et découcher. Il est hors de question que je revienne sur ces règles de toute manière. Je veux pas croiser les mecs que se tape ma sœur, ni l'entendre prendre son pied avec un type que j'aurais envie d'étrangler.

— Mmh, ben faudra quand même t'y préparer un jour, Elena est une grande fille.

Mon regard se pose sur celle-ci. Ses yeux sont rivés sur ses notes de cours, son casque sur les oreilles crache du son. Certainement du Metallica. C’est toujours ce qu’elle écoute dès qu’elle a besoin de se concentrer. J’aime ce groupe moi aussi, mais je ne sais pas comment elle fait pour travailler avec ça. Moi j’aime le silence. Un truc qu’on a pas en commun pour une fois.

La concentration se lit sur son visage, elle humidifie ses lèvres de façon assez sexy. Je ne peux m’empêcher de l’observer en douce. Elle sourit et je souris à mon tour comme un idiot.

— Je pense que je vais proposer à Elena d’aller faire un tour, indiquais-je à voix haute.

À ces mots, Harry se fige.

— Écoute-moi bien, Alec ! T'es mon pote et je t'adore, mais, t'as pas intérêt à flirter avec ma sœur, pigé ?

Il a tout compris de travers, en même temps quel idiot. Pourquoi j’ai lâcher ça ? Je lève les mains, en signe de paix.

— Wow, du calme, l'ami ! Il me semblait qu’on avait déjà eu cette conversation.

Les épaules d’Harry s’affaissent et je le vois soupirer de soulagement. Sa réaction m’amuse et je ne peux pas m’empêcher de sortir une connerie que je regrette aussitôt.

— Si j'ai pas le droit de sortir avec ta sœur, est-ce que ça veut dire que j’ai le droit de coucher avec ?

Harry se retourne vivement. Ma blague ne l’a pas fait rire du tout.

— Tu sais que t'es vraiment pas drôle, là! On sait toi et moi que t'as pas l'intention de te caser avec une fille. Et pourtant, t'arrêtes pas de lui faire ton petit numéro.

— Hey, détends-toi, frangin, c'est juste un jeu entre nous. Rien de sérieux, tu peux me croire.

Harry fronce les sourcils, croisant les bras, pas convaincu.

— Ouais, ben, rappelle-toi que jouer avec le feu, c'est toujours risqué. J'viens juste de la retrouver, alors garde tes mains bien rangées, pigé ? J’ai pas envie qu’il y ait d’embrouilles entre nous et qu’elle se sente obligée de repartir.

J’hoche la tête.

— T'inquiète pas, mec. Elena, c'est ta sœur, mais c'est aussi ma pote. Je tiens vraiment à elle, et j'vais pas risquer de gâcher ça, okay ? Et de toute façon… j'ai toujours eu une préférence pour les blondes, tu devrais le savoir pourtant ?

Harry réfléchit un instant puis, lève les yeux au ciel et lâche un soupir.

— Pas faux. Mais restes en aux blondes à forte poitrine.

Malgré le ton employé, je vois bien que mes arguments ont eu raison de ses doutes. En même temps, je suis sincère. Je tiens à elle, et je ne risquerai pas notre ménage à trois pour une partie de jambe en l’air. Sans compter le fait que je suis presque sûr qu’elle me mettrait un vent. J’ai trop d’amour propre pour prendre le risque de me taper une telle humiliation.

— Ne m'attendez pas pour manger, j'ai pas l'intention de rentrer tôt, m’informe Harry avant de claquer la porte derrière lui.

Une fois seuls, je me retourne vers Elena. Les mains enfoncées dans les poches, je m’approche du salon discrètement. Je l'observe en silence, amusé par ses mimiques faciales. Je rejoins Elena jusqu'à me pencher finalement derrière elle, les bras accoudés au canapé. Elle me remarque toujours pas alors j’enlève son casque pour la taquiner.

— Eh, chaton, tu devrais lever le nez de là. Sérieusement, t'as une mine affreuse à force de bosser. Et en plus, y a une odeur douteuse qui flotte dans l'air, je parie que t'as même pas pris de douche, hein ?

Elena ôte son casque pour enfin se tourner vers moi.

— Hey, niño ! T'as dit un truc ? J'ai pas bien entendu, on aurait dit une bête agonisante dans un fossé. Les nuits sans sommeil ça te réussi pas.

Je me retiens de rire. J’adore nos joutes verbales.

— Bête agonisante toi-même et je suis sûr que tu m'as parfaitement entendu !

Je ponctue ma phrase d'une petite pichenette sur son nez.

— Méfie-toi niño , j'pourrais décider de te mettre une raclée si tu continues à me chercher. Et tu sais pertinemment que tu perdrais face à ton maître ! Tu es encore trop faible pour te mesurer à moi jeune padawan !

Elle laisse échapper un petit rire en se replongeant aussitôt dans ses notes, me laissant en plan. Je ne bouge pas pour autant. Devant mon regard insistant, elle finit par relever la tête, ses yeux roulant comme des billes afin de me montrer son agacement. Elle pose enfin son stylo et se tourne vers moi en m’adressant un regard plein de reproches.

— Allez, vas-y, qu'est-ce que tu veux ? Je vois bien que t'as quelque chose à me demander.

Je sourie, amusé par la perspicacité d'Elena.

— Et qu'est-ce qui te fait croire que j'ai un truc à te demander ?

— Alec, tu tournes autour de moi comme un chat autour de son maître pour sa pâtée. Alors, dis-moi ce que tu veux vraiment.

Je ne peux pas me retenir d’éclater de rire. Le franc parler d’Elena est rafraîchissant, j’adore. Elle dit toujours ce qu’elle pense comme elle le pense. Les filles habituellement n'osent pas me tenir tête, de peur de me vexer. Elles préfèrent minauder pour essayer de s’attirer mes faveurs, en vain car je ne m’attache jamais. C’est pas faute d’avoir essayé une fois. Je l’ai vite regretté. Je frissonne à ce souvenir.

Je préfère de loin les joutes verbales avec Elena, bien que je ne lui avouerais jamais. Elle apporte du piment à ma vie. Je contourne le canapé pour me planter face à elle, puis je lui demande plus sérieusement.

— Ok, ok... J'me demandais, c'est quoi ton plan de carrière après tout ça ? Pourquoi tu as choisis de faire du droit ?

Elena hésite, prise au dépourvu, et détourne légèrement le regard, mal à l'aise.

— Aller dis moi... c'est pas une information classée secret défense de toute façon !

Elle prend une profonde inspiration, son hésitation est visible, mais elle finit par m’avouer d'une voix plus douce.

— J'ai envie d'entrer au FBI, ou peut-être la DEA…

Elle détourne le regard, gênée. C’est la première fois que je la vois avec ce genre d’expression. Elle se renfrogne presque aussitôt en reprenant ses affaires de cours, désireuse de mettre fin à cette discussion.

— Vas-y, balance ta vanne pourrie, que je sois fixée. Parce que j'imagine que tu vas te moquer de moi de toute façon...

Elle s’attend à ce que je lui balance une de mes vannes habituelles mais, ce n’est pas mon intention.

— Je sais que j’ai souvent tendance à t’emmerder, mais je ne me moquerais jamais de tes rêves Elena. J'te le promets.

Elena se détend immédiatement. Je m’assoie à ses côtés pour engager une conversation plus sérieuse

— Honnêtement, j'aurais jamais imaginé que t'irais dans cette direction. J'te voyais plutôt dans un bureau d'avocat, en tenue sexy à plaidoyer avec brillo, remballant avec un sourire carnassier des types en costard vaniteux...

Elena éclate de rire.

— Des tailleurs… très peu pour moi, merci ! Et puis je suis pas du genre gratte-papier. J'ai besoin d'action, je suis une personne de terrain. Assise derrière un bureau me ferait mourir d'ennui. Je suis étonnée que tu ais pu penser que je pouvais m’épanouir dans ce genre de job.

Je prend le temps de réfléchir à l’information qu’elle vient de me révéler.

— La DEA... Ouais, je te verrais bien en flic badass jouer les infiltrées et botter le cul de gros dures à cuire.

— Ça me ressemblerait déjà beaucoup plus en effet!

Je m'empare d'un beignet qu'elle vient à peine d’entamer et mords dedans sans scrupule, sous le regard ahuri d'Elena.

— Te gêne pas surtout ! s'indigne-t-elle, avant de me donner un léger coup de poing sur l'épaule.

Je lui réponds avec un grand sourire la bouche couverte de sucre, ce qui provoque une grimace de dégoût à Elena. Je ne peux contenir un rire tonitruant, éclaboussant par la même occasion les affaires d'Elena. Elle porte un autre coup à mon épaule, avant de les ranger, espérant sans doute en sauver quelques uns. J’avoue, les beignets c’est mon péché mignon. Alors que j’engouffre goulûment le dernier morceau de beignet, elle me toise puis demande :

— Et toi, alors ? C'est quoi tes plans, monsieur "je vie au jour le jour" ?

— Tu me croiras peut-être pas, mais... j'pense aussi au FBI. Qui sait, on sera peut-être partenaires, un jour !

Elle me fixe un moment silencieusement avant de répondre un sourire aux lèvres

— Avec toi comme coéquipier ? Hmmm, ouais, ça pourrait se tenter, au moins je risque pas de m'ennuyer. Mais va falloir que tu apprennes sérieusement à te battre, je compte pas faire du baby-sitting toute ma vie. Tu vas devoir apprendre à protéger ton p'tit cul par tes propres moyens.

— Un jour, c'est moi qui veillerait sur toi Elena.

Elle me regarde déconcertée. J’ai dis ça sans réfléchir et pourtant je le pense de tout mon cœur. Je veillerai toujours sur elle. C’est ce qu’on est sensé faire avec les gens qu’on aime, veiller sur eux. Un silence gênant s’en suit. Je me racle la gorge avant de consulter ma montre et me redresse en voyant l’heure tourner.

— Ça te dit de lâcher tout ça et de venir faire un tour avec moi ? J'ai une idée qui devrait te plaire.

Elena me regarde, méfiante, et fronce les sourcils.

— Qu'est-ce que t'as encore en tête, Alec ?

— Surprise, chaton. T'as confiance en moi, pas vrai ?

Elle pince ses lèvres, visiblement partagée entre l'envie de m'envoyer balader et la curiosité. Elle finit par soupirer et se lève, attrapant son sac au passage.

— Confiance ? J'irais peut-être pas jusque là mais je suis de nature curieuse. Donne-moi deux minutes pour me préparer, et je suis toute à toi.

Oh, j'aime quand tu me dis des trucs comme ça... Mais méfie-toi, chaton, tu pourrais le regretter. A trop jouer avec le feu tu pourrais finir par te brûler...

Sans même m’adresser un regard, elle m’offre un doigt d'honneur puis s’en va à la douche. Il m’a semblé la voir rougir, mais j’ai dû rêver. Je ne devrais pas me faire des filmes.

Elena sort de la salle de bains peu de temps après, ses cheveux encore trempés laissant des gouttes glisser le long de son cou et s'égarer sur son t-shirt. Elle ajuste la serviette autour de sa nuque avant de lever les yeux vers moi.

— Bon, alors, tu vas enfin me dire où on va, ou je dois deviner ?

Je secoue la tête, amusé par son impatience.

— T'es sérieuse ? On t'a jamais expliqué ce que voulait dire "surprise", Elena ?

Elle m’adresse un regard blasé que je trouve charmant

— Oh, tu me fatigues... Tu veux pas que je me bande les yeux tant qu'on y est ?

Je la toise.

— Hmmm... Si un jour je te bande les yeux, chaton, ce sera pour tout autre chose que ce genre de surprise, crois moi.

— Alec, sérieux, t'as toujours des réflexions de chien en rut. Vraiment, va falloir que tu te trouves quelqu'un pour te calmer un peu. L'abstinence ça te réussit pas.

Je sourie à cette remarque qui n’est pas tout à fait fausse et je la rejoins en quelques enjambées. Je pose mes mains sur ses hanches pour la presser un peu.

— T'inquiète, crois-moi, si l'occasion se présente, je dirai pas non ! Mais, j'ai d'autres plans pour la journée et là, faudrait qu'on se dépêche si on veut en profiter. Je suis sûr que tu vas adorer.

Elle attrape sa veste en cuir et l'enfile d'un geste rapide, me jetant un regard d'exaspération. Ensemble, nous quittons l'appartement, et elle s'installe dans la voiture visiblement amusée.

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