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Chap 21 Surprise

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Par Anna.Lyse

ALEC

Nous parlons et plaisantons tout le long du trajet si bien que le temps passe vite. Lorsque je m’arrête finalement devant le stand de tir, la joie illumine instantanément son visage d'Elena. Je ne me suis pas trompé. Je me doutais vu son caractère et ses aspirations professionnelles qu’elle apprécierait elle aussi ce genre d’activité.

— Sérieusement ? Un stand de tir ?

Je coupe le moteur et tourne la tête vers elle.

— Je savais que ça te plairait. Si tu veux entrer à la DEA, j'me suis dis que t'aurais besoin de te faire la main.

Elle se jette dans mes bras. On dirait une gamine le matin de Noël. Elle m'embrasse sur la joue dans un élan de gratitude.

— T'es le meilleur, Alec !

Je suis surpris par cet élan d'affection auquel Elena ne m’at pas habitué, mais plus encore par la chaleur que je ressens à son contact. Bien que légèrement troublé je ne montre rien. Elle se recule sans un regard, puis nous descendons de la voiture.  Je la guide vers l'entrée en jetant un coup d'œil complice en direction d'Elena.

— J'ai mes entrées ici, le proprio est quelqu’un de très sympa.

À peine arrivés au comptoir, Noah, le responsable du stand et un bon ami débarque avec un grand sourire aux lèvres. Il m'attrape par l'épaule dans une accolade fraternelle.

— Alec ! Mon vieux, ça fait un bail ! Me lance-t-il avant de se tourner vers Elena.

— Et t'es accompagné, en plus ? Ça, c'est nouveau.

— Ouais, Noah, j'te présente Elena, juste une bonne pote alors va pas te faire des films OK ?

Noah lui tend la main, ses yeux détaillent Elena avec un sourire charmeur.

— Enchanté, mademoiselle. Moi c'est Noah.

— Moi de même, Noah, chantonne-t-elle en lui serrant la main.

J’observe leur échange. Au regard que lui adresse Elena, je comprend qu’elle n’est pas indifférente à son charme. Alors comme ça, elle a un faible pour les bruns. Il est vrai que Noah n’a aucune difficultés à séduire. Il est athlétique, charmeur et son regard en fait chavirer plus d’une. Habituellement, je m’en amuse, mais pas là. Je sens un léger pincement au cœur en les observant.

— Bon, assez parlé. Je t'ai promis un cours de tir, alors en piste !

Noah nous guide jusqu'au stand. Il reste avec nous, plus longtemps que nécessaire. Elena est tout à fait son genre à lui aussi semble-t-il. Il ne la lache pas des yeux alors qu'il lui expliquer en détails toutes les règles de sécurité.

Agacé par la situation sans toutefois en comprendre réellement le pourquoi, je me glisse entre eux pour prendre le relais.

— Le mieux c'est encore de passer à l'action et je sais que t'es du genre à préférer l'action à la parole.

Je me place derrière Elena, me collant à elle tout en jetant un regard en coin à Noah qui semble beaucoup s'amuser de la situation. J’essaie de ne pas y prêter attention et je me concentre sur Elena, lui montrant comment tenir l'arme. Mes mains se posèrent doucement sur les siennes, les ajustant avec précision. Mon torse légèrement appuyé contre son dos, je replace ses hanches dans un geste légèrement sensuel puis d'un ton murmuré, presque doux, je lui chuchote à l'oreille :

— L'équilibre, c'est la clé. Détends-toi. C'est qu'un jouet en métal, faut juste s'y faire et pas stresser.

Elena prend une profonde inspiration.

— Comme ça c'est bien ? demanda-t-elle sur un ton sensuel me désarçonne légèrement tandis que j’entends Noah rire dans mon dos. Je rectifie sa position,.

— Comme ça, ce sera mieux.

Je sens le regard de Noah peser sur nous. J’aurais préféré en cet instant qu’on soit seuls, Elena et moi, pour partager ce moment. Soudain, Elena se met à pouffer de rire puis me donne un léger coup pour me faire reculer.

— Bon, ok ! Finit de jouer Alec. Maintenant recules-toi un peu plus tu me gènes !

Surpris par sa réaction, je m’écarte pour l'observer. Elle tire plusieurs coups. Les balles font mouche, presque à chaque fois dans le mille et elle se retourne en haussant les sourcils.

— Alors, monsieur l'expert, ça te va comme ça ?

Noah, resté en retrait, éclate de rire tandis que j’en reste bouche béé.

— Elle est géniale ! J'adore ta copine Alec !

Je scrute Elena avec suspicion.

— Avoue, t'as déjà touché un flingue, pas vrai ?

Elle haussa les épaules.

— Mon oncle est inspecteur de police. Il m'emmenait tirer avec lui le week-end. Ça fait très longtemps que j’avais pas retouché à une arme...

Elle détourne le regard et l’espace d’un instant je crois y percevoir une pointe de tristesse. Sa vie à New York doit lui manquer. Elle a reconstruit sa vie là-bas et j’imagine qu’elle y a des amis à qui elle tient. Avant que je ne puisse lui poser la moindre question, elle s’exclame un sourire factice aux lèvres.

— En tout cas, c'était marrant de te laisser croire que j’y connaissais rien. Tu ferais un très bon professeur. Harry t'a jamais parlé de ça ?

J’hoche la tête, surpris.

— Non, il a jamais vraiment mentionné tout ça. J'savais qu'il te parlait de temps en temps mais, ça avait l'air de lui peser, alors j'ai évité d'insister. Je voulais pas lui faire de la peine en remuant le couteau dans la plaie si tu vois ce que je veux dire.

— Merci d'avoir veillé sur lui pendant tout ce temps.

— Harry c'est la famille. On lâche pas la famille.

Noah, qui nous écoutait, intervient, brisant malgré lui la bulle qui nous enveloppait.

— Vous vous connaissez depuis longtemps ?

Je me tourne vers lui.

— Depuis qu'elle a cinq ans. Elle est la petite sœur de mon meilleur pote, Harry. Je sais pas si tu te rappelles de lui.

— Bien sûr que je m’en rappel. Même si c’est pas mon plus grand fan, on a quand même passé quelques soirées ensemble tous les trois. Et je me rappel aussi des anecdotes que vous racontiez à propos de sa petite sœur.

— J’suis désolée, Harry a toujours été un grand frère sur-protecteur. Il peut se montrer intarissable quand il parle de moi.

Noah sourit et tourne la tête vers moi. Je le regarde suspicieux, quelle connerie va-t-il balancer ?

— Oh, ce n’était pas le seul !

La bouche d’Elena forme un O d’étonnement.

Avant que Noah n'ait le temps d’ajouter quoi que ce soit, je m’exclame avec un sourire moqueur :

— Ouais, j'lui disais combien tu pouvais être insupportable quand t'étais gamine. J'me sentais béni d'être fils unique.

— Toi, fils unique ? L'enfant roi qu'on gâtait à tout bout de champ j'parie. Ça colle parfaitement à ton profil, tiens, s’exclame Noah

Je me crispe malgré moi.

— Ouais, exactement. Une enfance de rêve.

Elena doit sentir mon changement d’humeur parce qu’elle change de sujet.

— Alec, un duel au tir, ça te tente ?

Je la remercie intérieurement pour cette échappatoire qu’elle m’offre.

— T'as devant toi le futur champion de la gâchette, chaton. Challenge accepté.

L'après-midi s'écoule dans des éclats de rire et des piques amicales. Malgré tous ses efforts et ses tentatives plus que discutables pour me déconcentrer, Elena ne parvient pas à m’égaler et je remporte le défis.

— Merci pour ta participation, chaton. Grâce à ta petite prestation mon égo se sent revigoré.

J’aurais pensé qu’Elena se montrerait un poil mauvaise perdante, mais pas du tout.

— Je dois dire que tu es doué, extrêmement doué. Je ne peux que m'incliner devant ta victoire.

— Merci Elena, venant de toi je sais que ça vaut de l'or. J'ai travaillé dur pour atteindre ce niveau.

— Je veux bien te croire. Je sais ce que c'est. Si je sais aussi bien me battre c’est parce que je me suis entraînée pour ça. Enfin, t'habitues pas trop aux compliments quand même, parce que je voudrais pas que tu prennes la grosse tête, t'es déjà assez prétentieux comme ça, me taquine-t-elle.

Sa réponse m’amuse.

— Et toi toujours aussi peau de vache !

Elena s'apprête à me répliquer comme à son habitude une remarque cinglante lorsque son ventre se met à crier famine. Je me retient de rire et pose une main sur son propre estomac.

— Allez, viens, je t'invite, moi aussi j'ai la dalle ! Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?

— Pour moi, ce sera un burger avec supplément bacon.

— Alors comme ça, t'es pas du genre salade et smoothie, hein ? Ça m'étonne pas, indique Noah. Dans tout ça, j’avais totalement oublié sa présence. Je me tourne ver lui en souriant.

— Elle sait ce qui est bon, ça c'est sûr. Dis, tu veux te joindre à nous, Noah ?

Noah secoue la tête avec regret.

— Ce sera pas possible pour cette fois. Mais Elena, n'hésite pas à revenir avec Alec, ou seule…

Il insiste sur le dernier mot tout en me regardant en coin. Je sais qu’il fait ça pour me faire chier. Il peut être assez puéril parfois. Moi aussi j’aime emmerder les autres comme ça, sauf que là ça me fait vraiment chier qu’il la drague.

— Tu seras toujours la bienvenue ici. Je sais m'occuper des invités, surtout des femmes aussi belles que toi. Il ponctue son commentaire d’un clin d’œil à Elena.

— Je n'en doute pas, Noah.

Elle semble s’amuser de la situation et ça m’agace encore davantage.

— Bon, vous avez fini, vous deux ? J'ai les crocs.

Alors que nous quittons le stand de tir, j’observe Elena, hésitant à aborder le sujet qui me pèse. Je me lance et prends un air faussement détaché.

— Je crois bien que tu plais à mon pote.

— La réciproque est vraie.

Je prends sa réponse comme un uppercut.

— Saches juste que... Enfin, disons que Noah n’est pas vraiment du genre à s'attacher.

Elena est étonnée par ma remarque, et d’ailleurs moi aussi. Je ne comprends pas vraiment pourquoi je régis comme ça. Harry doit déteindre sur moi… J’ai l’impression d’être un gros connard en lui indiquant qui elle a le droit de fréquenter ou non, et à voir le regard d’Elena, c’est aussi ce qu’elle doit penser.

— Ça tombe bien. Moi non plus, j'ai pas l'intention de l'épouser. J'aime l'action, sans bague ni promesses.

Je monte dans la voiture, m'installant au volant, cherchant comment dire les choses sans pour autant la blesser. Alors que je tourne la clé dans le contact, j’ajoute :

— J'comprends que Noah te plaise mais, j'ai pas vraiment l'intention de changer de stand de tir et cette relation j'la sens pas trop si tu veux mon avis.

Elena claque la porte avec un soupir, puis se tourne vers moi :

— Sérieusement, Alec... Toi et Harry, vous êtes vraiment pénibles ! Pas le droit de ramener un mec à l'appart, pas le droit de m'amuser avec un de vos amis, et je parie que si vous me voyez avec un inconnu, vous le fixerez jusqu'à lui faire rebrousser chemin. Avant d'arriver ici, j’étais une fille épanouie, et si ça continue comme ça, je serais bonne pour intégrer un couvent !

— Un couvent, toi ? Laisse-moi deviner, tu ferais vœu de silence aussi ?

Ma boutade ne la fait pas rire et elle m’adresse un regard assassin. Je lui répond par un sourire et elle finit par rire avec moi ? Après quelques secondes, elle soupire, résignée.

— Bon, ok... Message reçu, pas touche à Noah. Mais c'est dommage, vraiment dommage, parce qu'il avait l'air... plutôt pas mal...

Elle s'installe dans le siège, croise les bras en signe de fausse déception. Tandis que nous nous éloignons du stand de tir, je ne peux m'empêcher de jeter des coups d'œil amusés à sa seule amie féminine, appréciant secrètement qu'elle ait accepté de prendre en compte mon avis, même si c'était à contrecœur.

— Allez, chaton, détends-toi. J'te promets de pas m'interposer avec tes mecs, hormis Noah. J'pourrais même te filer un coup de main et sortir ton frère pour pas qu'il te chaperonne

— Deal ! Et t’as intérêt à le tenir Alec.

J’acquiesce mais, dans le fond quelque chose me trouble sans que je ne parvienne à en identifier la cause.

Nous échangeons ensemble sur notre séance de tir, me promettant de la ramener ici dès que possible. Du moment que je peux emprunter la voiture d’Harry, ça ne devrait pas être trop difficile. Nous nous dépêchons d’aller chercher à manger et nous rentrons à la coloc.

Les deux menus bien emballés, nous remontons en toute hâte les escaliers vers l'appartement. Nous débattons du choix du film pour la soirée. Je plaide pour un thriller oppressant, tandis qu'Elena fait campagne pour un classique du cinéma d’action.

Une fois dans le salon, nous nous effondrons sur le canapé dans un mouvement coordonné, comme deux vieux complices. Je jette les burgers et les frites sur la table basse, puis je me penche pour déballer mon repas. Elena fait de même, impatiente de pouvoir enfin croquer dans son met favori.

Dès la première bouchée, un gémissement de satisfaction pure échappe à Elena. Elle ferme les yeux, se laissant aller, comme si ce burger valait à lui seul tous les plaisirs du monde.

— Mmh... soupire-t-elle, d'une voix langoureuse, c'est presque... orgasmique, tellement c'est bon.

Je la regarde légèrement perplexe.

— Ah ouais, sérieux ? À t'entendre, on dirait que t'as jamais rencontré un homme à la hauteur. Il faudrait très sérieusement penser à corriger ça...

Elena lève un sourcil, et son sourire devient soudainement aussi provocateur que charmeur. Elle prend un ton suave et m’adresse un regard séducteur.

— Un homme à la hauteur, hein ? Alors dis-moi, Alec O'Donnell... serait - ce une invitation ?

Je me fige un instant, les yeux rivés sur ces lèvres qui viennent de me lancer ce défi inattendu. Je sens mon entre-jambe se réveiller malgré. Et merde ! voilà qu'elle me refait le même coup... Je devrais peut-être pas jouer avec le feu en effet. J’attrape  une frite, comme si ce geste pouvait chasser de mon esprit cette proximité dangereuse. Je reste silencieux et chacun se remet à manger. Le repas terminé, nous nous laissons retomber contre le dossier du canapé, repus et heureux. Sans réfléchir, Elena s’appuie doucement contre moi, son épaule se calant contre mon torse, comme elle le fait régulièrement depuis son arrivée dans la colocation. Je pose mon bras autour d'elle, m’installe plus confortablement et je lance le film.

Après un long silence, je finis par parler, hésitant.

— Dis, j'imagine qu'Harry t'a parlé de... enfin, de tout ce qui s'est passé après ton départ, il y a dix ans ?

Je sens ma voix dérailler. C’est un sujet que je n’ai pas envie d’aborder, mais j’ai besoin de savoir si elle sait. Elle fixe l'écran,sans tourner la tête. Elle inspire profondément avant de prendre la parole.

— Il a voulu m'en parler, oui. Mais je l'ai coupé. Si tu veux me parler de tout ça, je serai là, mais c'est pas aux autres de me raconter ce qui te concerne. J'aimerais pas qu'on parle de moi sans que je sois là, alors, je voulais pas te faire ça non plus.

La tension dans mes muscles se relâche aussitôt. Je resserre affectueusement mon bras autour d'elle, pour lui transmettre toute ma reconnaissance.

— Merci, murmurais-je en embrassant le haut de sa tête. Je ne pouvais pas en dire plus et j’espère qu’elle comprendrait.

Nous nous sommes endormis peu de temps après, lovés dans les bras l’un de l’autre.

HARRY

En rentrant tard dans la nuit, je découvre Alec et Elena profondément endormis dans le canapé. Elena est nichée dans les bras d'Alec et semble paisible. Cela fait plusieurs fois que je tombe sur eux ainsi, et même si je me réjouie de voir ma sœur enfin apaisée, je ne peux m’empêcher de m'inquiéter malgré tout. Alec, je le connaissais mieux que personne. Je sais que sous l'humour et le détachement, mon ami reste un homme blessé, dont le passé a laissé de profondes plaies qui n'ont toujours pas cicatrisé aujourd’hui. Son passé, il ne l'a toujours pas réglé, il impacte encore sa vie et ses choix. Il n'est pas capable de s'engager. Il fuit systématiquement pour échapper à la douleur. Je me raccroche à la discussion que nous avons eu plus tôt pour me rassurer, me persuadant qu'Alec m’a promis qu'il n'y avait rien entre eux et donc qu’il n’y aurait rien entre eux. Alec est comme de la famille lui aussi et j’espère qu'entre eux, comme pour moi il s'agit d'une relation fraternelle également. Je dois croire en lui. Je soupire doucement, espérant que cette situation ne finirait pas par déraper. Parce qu'au fond, je crains qu'un jour, leurs liens complexes et les non-dits finissent par nous faire du mal à tous les trois.

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