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Chap 18 Sacrée peau de vache

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Par Anna.Lyse

ELENA

Je nous entraîne dans un coin éloigné et tranquille afin de ne pas attirer l’attention sur nous et surtout pour pouvoir m’occuper d’Alec dont l’état me préoccupe. Il s’est adossé à une voiture. Son regard dans le vide, empreint de souffrance. Il est ailleurs, loin d’ici, loin de moi et je m’en veux. Si je n’avais pas réagis comme je l’ai fait face à ces deux types, Alec n’aurait pas eu besoin d’intervenir, il ne serait pas dans cet état. Qu’a-t-il pu lui arriver pour qu’il devienne comme ça. Mon cœur se comprime en voyant le voyant ainsi souffrir. On dirait qu’il a traversé l’enfer, comme moi.

— Alec ? Alec ? Tu m’entends ?

Il ne répond pas. Je me mord les lèvres réfléchissant à un moyen de le faire revenir à lui. J’ai l’impression qu’il est en train de se noyer dans ses souvenirs, qu’il s’est emmuré loin de la réalité et de ce qu’elle lui rappelle sans doute. Je ne suis pas psy, mais ce mécanisme de défense je connais alors j’use d’humour. Après-tout, on se ressemble tellement. Peut-être que ce qui m’aide peut l’aider aussi.

— Tu t'es pris pour mon chevalier servant, hein "niño"? Qui t'a dit que j'avais besoin d'aide, au juste ? Tu sais pourtant que je suis du genre imbattable. D’ailleurs, j’ai trouvé que ton crochet droit manquait un peu de punch.

C’est faux, même moi il m’aurait mis une misère s’il m’avait attaqué ainsi mais quelque chose me dit que son refus de se battre vraiment avec une femme n’est pas sans lien avec ce passé qui l’englouti. J’entends les sanglots de Suzanne dans mon dos. Elle doit être sous le choc elle-aussi.

— J’suis tellement désolée Elena. J’pensais bien faire. J’avais peur pour toi et j’ai pensé qu’Alec pourrait aider. J’suis désolée... C'est de ma faute.

— Tu n’as pas à t’excuser Suzanne. Je t'en veux pas, t'inquiète. Tu as fait exactement ce qu'il fallait faire dans ces cas là. Tu as aussi vu mon frère là-bas?

— Non. Juste Alec. Mais, il était avec une blonde quand je lui ai dit que tu avais des ennuis avec des mecs. J'imagine qu'elle a dû prévenir les autres.

J’entends des pas derrière nous. Une blonde, inquiète se dirige droit vers Alec.

— Alec, bébé, ça va ?

Sa façon de parler à "niño" m’agace sans que je ne comprenne trop pourquoi. Je me recule avec réticence et quand je relâche sa main je sens le froid me surprendre.

D'un pas vif, Harry nous rejoind, une inquiétude perceptible dans son regard. Il est accompagné d’une autre jeune femme et de Lucas.

— Elena ! Mais qu'est-ce que tu fous ici ? C'était toi, la nana qui se battait avec deux mecs ?

J’hausse les épaules. Le moment est assez mal choisi pour m’expliquer et tout ce qui m’importe là maintenant c’est Alec. Au moins Harry devrait réussir là où j’ai échoué.

— Pas la peine de t'inquiéter pour moi. J'avais la situation en main et je vais bien. Par contre, je pense qu’Alec a besoin de toi.

Becky se tourne vers moi et Harry, la voix tremblante, inquiète.

— Il ne répond pas et il a les mains en sang… Il a prit un coup à la tête ?

Bien que la simple présence de Becky m’agace au plus haut point, je fais l’effort de répondre.

— Non, il n’a prit aucun coup. Le sang est celui du gars qu’il a mis à terre.

— Alors comment expliques-tu son état ? demande Becky clairement hostile à mon encontre. Il ne fait aucun doute qu’elle m’estime responsable de toute cette situation. Et quelque part, elle n’a pas tout à fait tord. Quoi que je fasse, je provoque toujours la merde autour de moi. Je ravale ma culpabilité et la colère grandissante, ce n’est pas le moment pour m’apitoyer sur moi. Alec a besoin d’aide.

— Ce qui compte à présent c’est Alec et la façon dont on peut le sortir de cet état. Elle soutien mon regard puis très vite se retourne vers Alec pour lui caresser le visage, essayant de le ramener à elle par la douceur.

Harry observe la scène, lui aussi inquiet, puis il s’avance à son tour vers Alec, ses gestes maladroits trahissant son anxiété grandissante. Je suis surprise de voir mon frère ainsi impuissant face à la détresse d’Alec. J’avais espéré qu’il sache comment agir lui au moins.

Je l’entends murmurer d’une voix qui se veut rassurante à l’oreille d’Alec.

— Hey, Alec, mon pote. Tout va bien. Elena va bien. On va rentrer tous ensemble, maintenant, ok ?

Je le regarde faire sans déceler aucune évolution. Le seul moment où j’ai réussi à l’atteindre est quand je lui ai parlé sèchement… J’hésite, peut-être n’était-ce qu’une coïncidence. Je laisse en core un peu de temps à Harry et à la blondasse. Je sais, je ne suis pas sympa, cette fille n’a rien fait qui puisse justifier une telle antipathie.

— Il faut qu’on appelle les secours ! Baragouine-t-elle.

— Ça va pas la tête ? M’offusquais-je.

Tous me regarde avec surprise. Seul la conquête éphémère d’Alec semble éprouver du mépris pour moi. Grand bien lui fasse, c’est réciproque.

— Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, explique Suzanne calmement. Vu l’état du type à l’intérieur, Alec aurait des problèmes.

Alors que Becky s’apprête encore une fois à cracher son venin, Lucas intervient.

— Je crois qu’il faut déjà qu’on se calme tous ici. Becky, je sais que tu t’inquiète pour Alec mais toi aussi tu dois te calmer. On doit trouver un moyen d’aider Alec et de partir d’ici rapidement. Si ce que dit Suzanne est exacte, ils pourraient chercher les coupables et s’ils nous trouvent ici ce sera compliqué.

Je prend mon courage à deux mains parce que je sais que ce que je m’apprête à faire va m’attirer la colère Becky et aussi celle de mon frère et de nos amis.

— Bon, niño, quand t'auras fini de jouer au roi du silence, on pourrait peut-être rentrer. C’est pas que j’apprécie pas quand enfin tu arrête de dire des conneries mais là tu vois, il caille et puis, j'ai faim. Je compte pas t'attendre toute la nuit. Si notre princesse daigne bouger son p’tit cul, peut-être que dans ma grande générosité je pourrais éventuellement songer à lui faire un chocolat chaud. Et si t’es très gentil, peut-être même que je pourrais ajouter des guimauves, enfin ça...

Harry m’observe perplexe tandis que je continue à lui parler sans pincettes.

Becky, choquée se lève et me pousse brutalement pour m’éloigner d’Alec, mais je ne me laisse pas faire.

— Mais t'es qui pour lui parler comme ça ? Tu vois pas qu'il va pas bien ? Casses toi si t'as envie et fous-nous la paix, c'est de ta faute s'il est dans cet état j'te rappelle ! C’est pour toi qu’il est intervenu.

— Hey ! Calme-toi, c'est ma sœur, alors fais attention à la façon dont tu lui parles, intervient Harry.

Il se tourne toutefois vers moi et je vois toute la désapprobation dans son regard malgré sa tendresse fraternelle.

— Mais... peut-être que t'y vas un peu fort avec Alec aussi.

Je soupire et m’interpose entre eux et Alec. Ils croient quoi ? Que je me moque de son état ? Que je ne comprend rien à la situation ? Ils ne me connaissent pas, pas même Harry. Personne ne semble comprendre ce que je vois.

— J'suis pas idiote, Harry! Je sais peut-être pas ce qui se passe exactement mais, j'en ai tout de même une vague idée. J'ai peut-être pas vu Alec durant un paquet d'années mais, j'me rappelle très bien comment ça se passait à l'époque. Arrête de vouloir toujours protéger tout le monde!

— Elena, essaie-t-il de me tempérer.

— Non! Alec est fort, il a pas besoin qu'on s'apitoie sur lui. De toute façon, tu vois bien que ça marche pas. La pitié ? C'est pas ce qu'il voudrait, j'en suis sûr ! Il a juste besoin qu'on soit là et qu'on le traite comme d'habitude ! Comme le gros connard prétentieux qu'il peut-être parfois et qui est capable de tout encaisser, notre connard à nous, notre pote! C'est pas en le berçant comme tu le fais que tu vas le réveiller, faut le secouer si tu veux le sortir de son cauchemar. C’est ce qu’il ferait pour nous !

Le ton était monté. C’est la première fois que je m’adresse ainsi à Harry mais je ne regrette rien.

Je sens Alec se redresser derrière moi puis je l’entend rire. Il est là, de nouveau à mes côtés . J’ai l’impression de sentir mon cœur battre à nouveau. Avant que je n’ai le temps de me retourner, il m’enlace, me serrant fort dans ses bras. Je sens son visage s’enfouir dans mon cou et je ferme les yeux rassurée en entremêlant nos doigts.

— Toi, t'es une sacrée peau de vache, déclara-t-il avec humour, — Je t'aide, et voilà comment tu me remercies, en m'insultant... J'suis peut-être un connard prétentieux, mais t'es une sacrée pétasse avec une putain de grande gueule. Impossible d’avoir la paix avec toi.

Harry, d’abord surpris, sourit franchement et se met à rire. Tout le monde semble pris d’un fou rire sauf Becky et sa copine. Alec et moi retrouvons notre relation habituelle. Elle ne peut pas comprendre, elle ne nous connaît pas.

Je me dégage des bras d'Alec pour lui faire face tout en m’éloignant de quelques pas. Cette proximité soudaine me met un peu mal à l’aise. Bizarre sachant que je m’endors régulièrement dans ses bras depuis mon arrivée. Sans doute parce que habituellement personne n’est témoin de ce rapprochement.

— Peau de vache, c'est mon deuxième prénom, figure-toi. Et puis, fallait pas jouer aux héros ! J'avais la situation en main j'te signal.

— Y'en a pas un pour rattraper l'autre, s’amuse Harry.

Becky, visiblement déroutée par cette complicité qui lui échappe, s'avance vers Alec l’air de rien, m’ignorant totalement. Elle pose sa main sur l'épaule d'Alec, comme pour se réapproprier son attention.

— Alec, ça va mieux mon cœur ?

Il regarde sur son épaule puis relève la tête vers Becky. Elle ne semble pas se rentre compte du malaise. Alec exprime clairement son rejet, ce qu’elle ne perçoit absolument pas.

— Viens avec moi, je te ramène chez moi et je te chouchouterai toute la soirée.

Il se racle la gorge en s’éloignant d’elle comme si son contacte le dérangeait.

— C'est sympa, Becky, mais ça va pas être possible en fait.

Il se tourne vers moi et je sens une douce chaleur parcourir mon corps. Son regard est appuyé et il me sourit avec tendresse. Est-ce de ce sourire dont me parlait Suzanne. Je dois bien avouer qu’il n’est pas pour me déplaire.

— J'ai très envie d'un chocolat chaud à la guimauve ce soir, un truc que tu peux pas faire pour moi malheureusement. J’ai des exigences un peu particulière.

Je comprends le sens de l’expression « regard revolver » en rencontrant l’œillade courroucée de Becky. Je pourrais presque ressentir de la pitié si elle ne m’agaçait pas autant. Alec se fiche royalement d’elle. Il vient de lui dire qu’il préfère prendre un chocolat chaud avec moi plutôt que de s’envoyer en l’air avec elle.

Becky est à présent vexée et adresse un regard noir à Alec qui ne paraît pas du tout concerné.

— Becky, on devrait peut-être y aller nous aussi, lui lance son amie.

Elle je l’aime bien. Elle sais quand c’est le moment de laisser les gens entre eux.

Harry lui adresse un regard reconnaissant tandis que Sacha conduit Becky un peu plus loin.

— Je vais les raccompagner, dit Axel en lançant un regard compatissant à Becky.

Le con, je suis sûre qu’il va essayer d’en profiter pour se rapprocher d’elle. Bon, bien qu’elle ne le sache pas encore, elle y gagne au change. Alec lui aurait briser le cœur tôt ou tard et Axel derrière ses airs désinvoltes est plutôt du genre sérieux, enfin je crois. Quoi qu’il en soit, elle n’est clairement pas faite pour Alec et ça me va très bien de voir repartir Ce dernier avec nous.

Harry se tourne vers nos amis resté en retrait jusqu’alors.

— Bon, allez, je crois qu'il est temps de rentrer pour nous aussi. Lucas, tu penses pouvoir raccompagner Suzanne ?

Il acquiesce, jetant un dernier coup d'œil à Alec, encore un peu incertain.

— Ça va aller pour toi Alec ?

— T'inquiète, mon pote.

Alec m’enlace à nouveau par surprise.

— Maintenant, ça va. Mon cerveau a reconnecté grâce aux répliques insupportables d'une certaine personne.

— Insupportable toi-même d'abord !

Alec éclate de rire, et ce son semble dissiper les derniers résidus de tension. Je me tourne vers Suzanne, la prenant brièvement dans ses bras.

— Je suis désolée pour la soirée. Tu es sûre que ça va aller si je te laisse rentrer avec Lucas ?

— C'est bon, on habite à côté l'un de l'autre, c'est comme si on était coloc quelque part. On se voit lundi à la fac, comme d'hab'.

Je me détache tandis qu'Alec se rapproche. Il sourit à Suzanne en la regardant de haut en bas.

— J’ai pas eu le temps de te le dire jusqu’à présent mais, tu es absolument splendide ce soir Suzanne ! Je suis désolé d'avoir gâché votre soirée. Je suis sûr que tu aurais fait craquer tous les mecs dans cette boîte.

Suzanne rougit, flattée par ce compliment qui dans la bouche d'Alec vaut de l'or. Il m’adresse un clin d’œil complice. Il faudra que je pense à le remercier pour ça aussi plus tard. Je sais qu’il agit comme ça pour l’aider à reprendre confiance en lui. Il repositionne son bras autour de mes épaules pour me traîner avec lui et se tourna vers Harry.

— Qu'est-ce tu fous? On va pas t'attendre toute la nuit.

— C'est l'hôpital qui se fout de la charité, ma parole! maugrée Harry.

J’éclate de rire. Tout est revenu à la normal, entre Alec et Harry nous rentrons à la colocation, chez nous.

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