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Chapitre 8 : Partir ? Vraiment ?

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Par LogistiX

Il y eut un frémissement reconnaissable parmi tous. Ce moment de flottement que Maggy connaissait tellement bien dans les tavernes. Elle ignorait que cela pouvait se produire dans les mariages aussi, sans quoi elle aurait répondu plus fréquemment aux rares invitations qu’elle avait reçu. Maggy adorait ce moment où l’orage était à deux doigts de craquer, emportant tout l’univers dans un déluge de cris et de coups. Un sourire goguenard se peignit sur ses traits, car elle était au beau milieu de la tempête. Son endroit préféré. Elle fit craquer ses poings d’anticipation. Si tout n’avait pas été aussi silencieux et immobile, elle aurait fait de grands moulinets pour échauffer ses bras et ses épaules. Car, même si elle était en pleine digestion, il était temps de distribuer des mandales.

— Allons nous-en, murmura Léopold derrière elle.

Elle écarquilla les yeux, choquée. Comment pouvait-il proférer de telles paroles, alors que là, c’était certain, il allait y avoir du sang. Elle regarda autour d’elle, cherchant une excuse pour ne pas laisser cette occasion passer. L’excuse fut toute trouvée, alors qu’elle pointait du doigt Isilda, le regard extatique.

— On ne peut pas partir sans elle, fit-elle d’une voix qu’elle tenta de dénuer de toute forme d’exaltation.

Léopold prononça un juron à mi-voix. Maggy n’en distingua que des bribes, mais aux sonorités qu’elle perçut elle comprit que si le mage maîtrisait probablement plusieurs langues, il n’y connaissait rien en langue des tavernes. Mais cette pensée recula bien vite au fond de son esprit alors que, des étoiles dans les yeux, elle vit plusieurs membres sortir de sous leur cape bien taillées des épées et des fleurets. Elle se retint de trépigner alors qu’elle comprit qu’elle allait avoir le droit d’utiliser son épée, et porta la main à son baudrier.

Il n’était pas question de dégainer avant que les hostilités ne soient vraiment lancées, car elle ne voulait pas être à l’origine du bain de sang. Ça ferait une tâche à sa réputation. Mais une fois la bataille engagée, le nombre d’adversaires qu’elle trancherait ferait à la fois une bonne histoire à raconter et une bonne ligne sur son CV. En plus, ces nobles ne savaient pas vraiment se battre, avec leurs techniques toute en finesse. Elle ne risquait rien du tout. C’était vraiment de la gloire gratuite. Elle n’en revenait pas d’avoir une telle chance.

Les deux factions se regardaient, toutes armes dehors. La guerrière commença à trouver le temps long. Il manquait un petit quelque chose pour enflammer la scène. Et elle bénit le prêtre du Grand Ulm alors qu’il craqua l’allumette qui embrasa la situation :

— Allons, ce n’est sûrement qu’un malentendu ! Ce bracelet a dû tomber !

— Dans le sac de cette morue ? déclara la femme qui avait crié au vol un peu plus tôt.

— Comment osez-vous ! Je m’en vais purifier cette ville d’une bande de voleurs honteux ! Aux armes !

La mêlée s’engagea férocement entre les deux camps. Habits bleus et verts entrèrent en contact, et leur rencontre créa un magnifique flot carmin. Maggy, elle ne savait plus où donner de la tête. N’étant affiliée à aucune faction, personne ne se méfiait d’elle. Mais elle avait déclaré à Léopold qu’elle allait récupérer Isilda, elle traça donc tout droit, tailladant dans tout ce qui passait à sa portée. Certains eurent la bonne idée de se défendre en la voyant arriver, mais les plus malins se contentaient de s’écarter. Cependant, comme personne n’arrivait à déterminer à quel camp elle était associée, pendant près d’une minute, elle put impunément taillader les deux couleurs. Elle arriva sur l’estrade, monta d’un bond souffle, et, le regard carnassier, déclara :

— Léopold a dit qu’on devait y aller !

Elle regarda derrière elle, et s’aperçut que les autres avaient reculé sur un coin de la place au lieu d’avancer. Les pleutres. Elle prit la main d’Isilda, et se prépara à retourner dans la mêlée.

— Reste derrière moi, et tout devrait bien se passer.

— Sinon, on pourrait simplement faire le tour, non ? A-t-on besoin de tant de violence ?

Maggy hocha les épaules.

— Fais ce que tu veux, c’est pas mon problème.

Elle repartit à travers la foule sans vérifier si Isilda la suivait. Mais cette fois, la foule s’écarta devant elle alors qu’elle avançait, chaque clan comprenant clairement que la guerrière ne reculerait devant rien pour traverser. Maggy tenta de trancher un ou deux individus pour le principe, mais ils préféraient reculer vers leur ennemi juré que de jouter avec la guerrière. C’est ainsi qu’un certain nombre d’entre eux finirent occis lâchement dans le dos par le camp adverse, au grand damn de la barbare, sous les paroles pleines de louanges d’Isilda :

— Oh, mais tu es un îlot de paix dans cet océan de comportements préhistoriques, c’est magnifique.

La guerrière passa à deux doigts d’évacuer sa frustration sur la prêtresse, mais son regard se verrouilla sur Léopold alors qu’elle avançait d’un air décidé vers le meneur du groupe. Il s’était installé sous un porche, et regardait le duo arriver avec calme. À côté, Duke agitait son doigt devant un Tobias déconfit, même si le rôdeur semblait parler d’une voix calme. Ils arrivèrent à portée de voix, et Maggy l’invectiva :

— Tu aurais quand pu faire l’effort de m’aider ! hurla-t-elle à l’intention du mage.

— Tu avais l’air de très bien te débrouiller, répondit-il calmement. En fait, je crois même que ce n’était pas la peine d’en faire autant. Il semblerait que tu aies tué le père de la mariée. En plus, je ne suis pas tellement un mage appliqué.

— Comment ça, pas un mage appliqué ?

Léopold prit un air gêné. Son regard se releva alors qu’il semblait étudier un détail très intéressant du porche.

— Comment. Ça. Pas. Un. Mage. Appliqué ? redemanda Maggy, se rapprochant en martelant les mots à chaque pas.

Léopold hésita.

— Et bien, ça veut dire que je m’intéresse surtout aux aspects théoriques de la magie. Je ne mets qu’assez peu en pratique.

— Quoi ? Pas de boule de feu ? Pas de prison de glace ? D’éclairs qui fendent le ciel ?

— Euh… Non.

— Mais à quoi tu sers, alors ?

— Et bien je possède toutes sortes de connaissances sur la magie qui nous permettront de mieux appréhender les phénomènes que nous allons rencontrer. Et je maîtrise quand même un certain nombre de sorts, ne va pas croire que je ne sais rien !

— Ah ouais ? Et quoi, par exemple ?

— Et bien… je sais… euh… tailler un crayon si la mine est émoussée. Et aussi enlever les tâches les plus tenaces sur les vêtements, pour qu’ils gardent leur blancheur.

À ces mots Maggy entendit Isilda applaudir frénétiquement. Mais déjà Léopold reprenait :

— Mais je sais aussi que les gardes des deux duchés sont en train d’arriver, et que ce qui était juste que là une rixe amicale va devenir une véritable boucherie. Il faut qu’on parte, maintenant ! On discutera plus tard !

Léopold esquiva la guerrière et se mit à avancer précipitamment vers la sortie de la ville. Tobias, la tête basse, le suivit immédiatement, suivit de Duke et d’Isilda. La guerrière réalisa que le mage avait raison : les escortes des deux contingents, probablement consignés aux abords de la ville pour l’événement, étaient en train de débouler sur la place. C’étaient des gardes aguerris, dans des armures solides, armées de vraies épées, pas ces espèces d’armes d’apparat de pacotille que transportaient les nobles. Il y avait un vrai risque de se faire blesser, surtout si un nobliau un peu observateur leur faisait remarquer combien des leurs elle avait occis. Elle décida donc, une fois n’est pas coutume, de suivre la voix de la raison, et suivit le groupe à la sortie méridionale de la ville.

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