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Chapitre 9 : l'entrée à Soif-Terre

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article 858
Par LogistiX

Le voyage entre Xélatul et la frontière se déroula dans un silence gêné, et Léopold ne savait pas comment détendre l'atmosphère. Après que Tobias ait fini par expliquer comment les noces à but pacifique avaient fini en bain de sang, le voleur avait gardé son regard fixé au sol. Duke était calme, comme à son habitude. Il observait les environs avec sérénité, mais le mage suprit plusieurs fois des regards réprobateurs – et quelque fois craintifs – vers la guerrière. Isilda passa la plus grande partie du trajet à déplorer le carnage qui avait pris place à Xélatul, et s'était lamenté sur les tâches carmin qui avaient maculé sa robe. Elle en avait évidemment changé, mais il avait fallu que Léopold fasse étalage de tout son talent pour qu'elle arrête de se plaindre. Plus personne ne pouvait maintenant douter de la qualité de sa magie ménagère, même si cela n'avait arraché qu'un sourire goguenard à la guerrière.

Ils dormirent dans une auberge miteuse d'un village austère, et il n'y eut, fait étonnant, aucun incident à déplorer. Le lendemain, l'atmosphère parut moins tendue, alors que le groupe tombait d'accord pour une des premières fois sur un élément : cette auberge était vraiment pourrie.

Les contrées qu'ils traversaient désormais étaient abandonnées par l'homme. Même s'ils n'avaient pas encore passé la Frontière, Xélatul était le dernier véritable bastion de la civilisation. Le paysage actuel était un désert à perte de vue, ce qui ne donnait pas envie de s'installer. Heureusement pour eux, ils étaient au début du printemps, et la température était supportable. Une rivière passait plus au Sud, et la civilisation reprenait ses droits dans les Steppes Sauvages, mais la zone qu'ils traversaient n'avait guère de ressource qui mérite qu'on s'inflige de telles souffrances, et les oasis étaient rares.

Soif-Terre en était une, et ils l'atteignirent en fin de journée avec un soulagement manifeste. La ville semblait tout aussi déserte que les ruines précédentes, mais Léopold ne put s'empêcher d'un moment culture :

— Ainsi, d'après les légendes, c'est ici que Razelgor a empoisonné l'eau du puits, la transformant en puissant somnifère avec ses talents d'alchimiste. Il a ainsi plongé l'ensemble de l'armée gobeline dans un sommeil éternel.

— Qu'est-ce que vous n'êtes pas prêts à imaginer, vous, les mages, pour vous faire mousser, trancha Maggy. T'es sûr qu'il a pas juste fait disparaître un gobelin égaré par erreur en voulant enlever une tâche de terre sur sa tunique ?

Léopold hésita à répondre que Razelgor ne pouvait pas connaître ce sortilège, puis que le jeune mage en était l'inventeur. Mais, d'une part, il n'était pas certain que cela suffise à clouer le bec de la guerrière. D'autre part, son attention fut attirée ailleurs alors qu'ils arrivaient sur la place centrale du village.

Ils étaient là. Une armée entière. Léopold s'immobilisa. C'était impossible. Devant lui, sur des pavés séculaire d'excellente facture de la place centrale du village, rassemblé autour du puits, des centaines de gobelins gisaient inanimés. Non, pas inanimés : endormis. Ils avaient l'air tranquille, bien qu'ils conservaient une once de sournoiserie caractéristique. Ils ne semblaient pas souffrir. Ils ne donnaient pas l'impression de respirer, mais le mage en vit certains avec la bouche ouverte. D'autres serraient leur épée dans leur sommeil avec un sourire carnassier. Quelques uns suçaient leur pouce. Il y en avait même un debout, les yeux fermés, comme s'il était somnambule.

— C'est étrange, lança Isilda. Au bout de quatre cents ans, ne devraient-ils pas être décomposés ?

Léopold ne sut que répondre. Il en était arrivé à la même conclusion. Quelque chose clochait. Il ne savait pas quoi, mais son instinct était en alerte. Du coin de l'oeil, il vit que Duke et Tobias semblaient mal à l'aise, eux aussi. En Almoria, il n'y avait que trois façons de survivre : en étant dans un environnement protégé et éduqué, ce qui était rare. En étant fort, stratégie de défense tout à fait raisonnable. Ou en ayant un instinct de préservation développé.

Isilda et lui appartenaient à la première catégorie. Il y avait de la magie là-dessous, donc pas de prise de risque inutile. Duke et Tobias appartenaient à la troisième catégorie. Quand à Maggy… Léopold réalisa trop tard que la guerrière ne voyait là qu'un tas d'ennemis à massacrer. Il n'eut aucun moyen de la prévenir, car un hurlement de rage jaillit de la guerrière alors que celle-ci s'élançait à toute vitesse vers le centre de la place, épée dégainée et brandie devant elle.

L'ébahissement du mage fut total quand la guerrière s'immobilisa soudain en pleine course, sans même toucher le sol. Ce n'était pas comme si elle s'était écrasée contre un mur. Non, elle s'était seulement arrêtée de bouger brutalement. Comme si le temps était suspendu. Et Léopold réalisa avec effroi que c'était exactement ce qu'il venait de se passer.

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