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Révélations

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Par Renarde

Je me réveille dans le brouillard le plus complet. La lumière m’agresse, amplifiant la migraine qui me bat les tempes. De l’eau coule. Je mets plusieurs secondes à réaliser que je suis couchée à même le sol, attachée et bâillonnée. Je me débats mollement, tant mon corps ne répond pas. Où suis-je ? Qu’est-ce qui se passe ?

La voix de Lombard me fige :

— Tu es sûre de toi ? Je n’aime pas ça.

— T’inquiète, les conclusions de l’enquête seront identiques aux précédentes, réplique Léa.

Sa réponse accélère les battements de mon cœur. Je me souviens. La photo. Les brownies. Léa qui se penche vers moi, un sourire mauvais aux lèvres. Cette garce m’a droguée. La brume qui m’enveloppe le cerveau s’éloigne peu à peu.

Je suis dans ma salle de bain.

Ne pas s’affoler. Réfléchir.

J’ouvre un œil et redresse légèrement la tête, en essayant d’être le plus discrète possible. Léa et Lombard se tiennent tous deux à proximité, vêtus d’une combinaison jetable, gantés, les cheveux retenus par une charlotte. Des flashs de Dexter, la série américaine mettant en scène un expert en médecine légale qui est en réalité un tueur en série, me reviennent, augmentant ma panique d’un cran.

— Je n’aime pas ça, répète Lombard.

Léa lâche un soupire d’exaspération :

— Tu veux qu’il nous arrive quoi ? On vire tout ce qui pourrait nous incriminer et de toute manière, l’enquête sera minimale. Sa mort fera la une des journaux quelques jours, puis les gens passeront à autre chose.

À ces mots, tout mon corps tremble. Je veux hurler, mais seul un son étouffé, qui me brûle la gorge, filtre à travers le bâillon.

Léa se retourne et me toise, l’air satisfait.

— La belle au bois dormant se réveille, on dirait.

Elle me redresse et me cale contre le mur. Je peine à rester droite, tellement je suis faible. Lombard, lui, secoue la tête :

— Elle est trop shootée.

— Fais-moi confiance. D’ici quelques minutes, elle sera suffisamment d’aplomb pour tenir dans la baignoire sans se noyer. Enfin, sans se noyer de suite, ajoute-t-elle avec un petit rire.

Je tente de crier à nouveau, tout en cherchant à défaire mes liens. Déséquilibrée par ma vaine tentative, je bascule. Ma tête heurte le carrelage avec force et je ne peux retenir mes larmes. Je dois me réveiller. Cela ne peut pas être vrai. Je suis coincée dans une de mes hallucinations. Cela ne peut pas m’arriver.

Léa soupire. Elle me relève et me tapote la joue.

— Orbona… Ne rends pas les choses plus compliquées. Tu vas mourir, quoi que tu fasses. Et franchement, vu la vie de merde que tu te tapes, je comprends pas pourquoi tu te débats. Prends ça comme un service.

— C’est surtout un beau gâchis, râle Lombard, on y était presque.

Léa fait la moue.

— On ne peut pas gagner à tous les coups. Tu enlèves l’installation ?

Lombard hoche la tête. Il attrape un escabeau, un tournevis, et retire la grille de ventilation. De là, il sort un petit boîtier.

Léa m’observe, amusée.

— Tu te demandes ce que c’est ? Oh, c’est vrai, tu ne peux pas me répondre ! Marcel, une démo ?

Lombard extirpe une télécommande de sa poche. Un chuintement familier résonne dans la pièce :

Shhhhahhééééshhhha

— Le son de la psychose ! s’exclame Léa en tapant des mains. Et il en a une autre pour la lumière. Effet stroboscopique flippant garanti. Avoue que c’est du génie, hein ?

Ma respiration s’accélère. J’hyperventile. La tête me tourne et si Léa ne m’avait pas rattrapée à la dernière minute, je me serai à nouveau éclatée au sol.

— Tu es obligée de tout lui raconter ? s’énerve Lombard.

— Pour une fois qu’on a une spectatrice, je ne vais pas bouder mon plaisir, rétorque Léa.

Je nage en plein cauchemar. Je comprends chaque mot, individuellement, mais rien de ce que j’entends n’a de sens.

— D’habitude, on met quelques mois à obtenir un suicide, poursuit Léa. Marcel est fâché qu’on ait dû interrompre l’expérience, du coup, il est un peu bougon.

Elle sort des clés de sa poche, sans se départir de son sourire, et les fait danser devant mes yeux.

— C’est moi qui posais mes doigts gras sur ton miroir, les nuits où tu mangeais mes brownies spécial « je dors d’un sommeil de plomb » avant d’aller te coucher. Un peu de buée et hop, un message sympathique en sortant de la douche ! Ne t’en veux pas pour les brownies, personne ne fait jamais le lien. Le tout est de glisser quelques fournées sans poudre magique de temps à autre pour éteindre tout soupçon. Les fruits de mer dans la ventilation, par contre, c’est une idée de Marcel.

Elle se penche vers moi, un rictus aux lèvres.

— Les fruits de mer, ça te dit rien ? Tu n’imagines pas l’odeur dégueulasse que ça dégage quand ça pourrit. Enfin, si, tu imagines très bien, tu es même allée nous chercher pour qu’on puisse le constater. Je ne sais pas ce qui était le plus difficile : respirer par la bouche sans tourner de l’œil, ou ne pas éclater de rire lorsque tu semblais désespérée qu’on ne sente rien. Dire que ce cher Gus a failli tout faire foirer… J’espérais qu’en lui piquant un origami pour le mettre chez toi, vous vous fâcheriez mutuellement, pour éviter une nouvelle blague du genre, mais peu importe…

Elle se tapote le menton avec l’index, comme si elle faisait mine de réfléchir.

— Qu’est-ce que j’oublie… Ah, oui, le clodo ! Pour vingt euros et un pack de bière, il était prêt à balancer n’importe quoi à une inconnue. Non, parce qu’au bout d’un moment, tu aurais fini par capter que seuls Marcel et mon père te disaient des choses horribles.

Léa se tourne vers Lombard.

— Tu enlèves les caméras ? Je sais que c’est ta partie préférée, mais, avec cette fouineuse d’Aïcha, faut être prudents. Et puis bon, l’observer parler toute seule, c’est drôle les premières fois. Après, ça lasse.

Les caméras ? Ces ordures ont placé des caméras dans mon appartement ? À la peur et l’incompréhension s’ajoute le sentiment atroce d’avoir été violée dans mon intimité. Qu’ont-ils vu ? Qu’ont-ils entendu ? Depuis quand ?

— De toute manière, le test est fichu, rétorque Lombard avec colère.

— Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? s’agace Léa. Je sais qu’une occasion pareille ne risque pas de se représenter, mais mon père a raison : la garder en vie présente plus de risques que de bénéfices.

Elle s’accroupit pour m’observer de plus près.

— Tu comprends, Marcel et mon père font différentes expériences pour déterminer la manière la plus efficace de pousser quelqu’un au suicide. Et ils ne sont pas trop d’accord entre eux, d’où cette petite compétition. Et parfois, il faut prendre un contre-exemple pour confirmer une hypothèse.

Léa m’offre un sourire faussement peiné.

— Tu vois, Orbona, notre jeu comporte un certain nombre de règles. On peut user de psychotropes, d’hypnose, de différents gadgets, comme les télécommandes magiques de Marcel, de ce côté-là, on est large. En revanche, nos cobayes ont toujours été sains d’esprit. Fragile, isolé, abîmé par la vie, OK, mais sains d’esprit.

Là, son sourire se fait féroce :

— Sauf que toi, t’étais déjà complètement tarée avant d’arriver ici.

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