— Tu avais promis.
— Je sais, je suis vraiment désolé, ma puce. Tu me passes maman ?
Zoé te tend ton téléphone portable, l’air abattu. La voir ainsi te serre le cœur. Tu reprends la conversation avec Maxence :
— Tu ne peux pas te défiler à chaque fois !
— Je ne loupe pas le spectacle de danse de Zoé par plaisir, se justifie-t-il. Crois-moi, je préférerais être avec vous plutôt qu’avec mes clients, mais je n’ai pas le choix.
Et c’est reparti… Depuis qu’il a repris la direction de l’entreprise familiale, Maxence cumule les heures supplémentaires, week-ends compris, et ne passe plus qu’en pointillé dans vos vies. Tu as l’impression d’être une mère célibataire, alors que tu es toujours mariée et que vous partagez le même toit. En théorie.
— Ces années-là ne reviendront jamais, tu sais ?
— Il faut bien que l’un de nous ramène un salaire.
Tu serres les dents, les mains crispées sur le téléphone.
— C’est bas, même pour toi. Et si je reprends le mannequinat, qui va s’occuper de Zoé ? Surtout que je ne te demande pas d’arrêter de travailler, mais de ralentir. Nous n’avons pas besoin d’autant d’argent.
— Mais qu’est-ce que tu crois ? Que si je bosse moins, nos revenus baisseront juste un petit peu ? Je ne suis pas payé à l’heure ! Une occasion manquée peut faire la différence entre le succès et l’échec. La concurrence ne dort pas, elle, et je refuse d’être celui qui coulera la boîte.
Tu retiens un soupir exaspéré. Les mêmes arguments, les mêmes discussions, semaine après semaine. Maxence s’est montré étonnamment doué pour les affaires, bien plus que Louis. L’entreprise n’a jamais été aussi florissante. Si tu ne peux nier qu’il en est en partie responsable, tu restes persuadée qu’il pourrait lâcher du lest, ou tout du moins déléguer une partie de ses tâches. Si son fichu ego ne l’en empêchait pas.
— Au risque de te froisser, tu n’es pas l’unique gestionnaire compétent de France. En revanche, Zoé n’a qu’un seul papa.
— Et c’est moi qui fais des coups bas ? Cette discussion ne mène à rien. Nous en reparlerons à tête reposée, là, je dois y aller. Embrasse Zoé.
Tu raccroches, la mâchoire contractée à t’en faire mal. Tu te recomposes un visage affable, avant de te tourner vers ta fille. Cette dernière regarde le bout de ses chaussons. Tu n’aurais pas dû t’emporter au téléphone, pas avec elle à tes côtés. Elle souffre déjà suffisamment de l’absence de son père sans avoir besoin d’entendre ses parents se disputer.
— Je filmerai le spectacle pour papa, dis-tu avec un sourire que tu espères convaincant.
Elle hausse les épaules.
Tu te penches à sa hauteur et encadres son visage de tes mains.
— Allez ma puce ! J’ai hâte de te voir sur scène. Et surtout, n’oublie pas le plus important : profite à fond de ce moment et amuse-toi.
Elle relève la tête et s’autorise un léger sourire. Tu prends ça pour une victoire. Tu cherches une nouvelle réplique encourageante, lorsque sa professeure vient l’emmener. Elle t’adresse un petit signe de la main en s’éloignant et tu lèves les deux pouces. Une fois disparue de ton champ de vision, tu attrapes ton téléphone, hésites, puis tapes Comment divorcer à l’amiable ? dans ton moteur de recherche, le cœur battant.