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4: Rien qu’un très vieil enfant

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article 281

Il était accoudé à la rambarde, les yeux se perdant dans la gigue joyeuse des feuilles mortes en bas. Leur teint délicieusement orangé, leur tournoiement mi-frivole mi-élégant leur donnaient un air de mannequins précieuses, insolentes. Sa tresse fouettait doucement son dos, rebondissant légèrement. Je n’osais pas m’approcher, de peur de déranger, de bousculer quelque chose de crucial.

— Le plus vieux des enfants… marmonna-t-il enfin, brisant le silence.

Il hochait la tête, d’un air grave. L’air semblait vibrer autour de lui, presque bourdonner. Je ne savais pas quoi dire…

Et l’homme le sentit. Il haussa un sourcil.

— Ne cherche pas à être quelqu’un d’autre, Noé. Jamais.

Il continua à fixer les feuilles dansant telles les étincelles d’un jeune feu de camp. J’esquissai un pas en avant.

— Mais alors… qui êtes-vous, vraiment ?

Il s’arrêta dans sa contemplation, se tourna vers moi, m’adressa un regard mi-satisfait mi-fatigué. Les mots qui suivirent furent lourds, retentissants dans leur calme apparent.

— Je ne suis qu’un errant. Qu’un hasardeux. Je ne suis que vague, flux et reflux. Marée. Je ne suis que tambour, qu’une onde de choc. Rien qu’une caresse. Je suis irrégulier, amoureux. Violent.

Il déglutit.

— Je ne suis qu’homme, aussi, finalement.

Ses cheveux s’étaient gorgés de vent. Sa voix s’était faite délicate, caressante. Seul ce « qu’homme » avait sonné nu, brut, vulnérable.

— Je m’éteins, Noé Solian. Lentement, mais je m’éteins. Je me disperse en volutes informes. Faibles. Bientôt, ne restera de moi que le souvenir fugace d’une écharpe. D’une écharpe claquant au vent.

Il se tut, longtemps.

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