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3: Rien que des mots dans le vent

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article 258

— Que fais-tu là ?

Je ne pus retenir un pouffement.

— Je devrais te retourner la question, plutôt.

— Moi, j’erre, au hasard, où le vent me porte. Il était donc logique, et prévisible, que je finisse un jour devant chez toi. Mais toi, Noé, pourquoi restes-tu sur ce balcon, bien confortable, tranquille ?

Sa voix était sereine, posée, moelleuse. Mais j’y sentais poindre une flèche acide, un arrière-goût accusateur. Je restai sans voix un instant. Je relançai :

— Qui es-tu, au fond ?

— Tu esquives mes questions, Noé Solian.

L’intonation s’était faite dure. Sans être rude ni agressive, elle ne me laissait plus de porte de sortie.

— J’écris. Simplement. Je me laisse inspirer par ce monde qui accélère sans cesse, qui tourne autour de moi. Je me laisse me perdre, rêver.

L’écharpe claque au vent, danse.

— Alors oui, je suis peut-être lâche, je ne me mouille pas, au fond. Mais est-ce vraiment important ?

Une moue sceptique se dessine sur le visage ridé de l’homme. Je choisis mes mots, soigneusement.

— J’écris pour me trouver moi-même, au creux de mes mots. M’inspecter. Être franc, presque nu. Mais pudique tout de même.

Une bourrasque siffle, ma girouette accélère. Un léger sourire se dessine sur ses lèvres.

— Pour transcrire ce vent, aussi. Ses sautes d’humeur, ses caprices, ses étreintes. Le vent est le plus vieux des enfants, je crois. Je le raconte jour après jour et le découvre au fur et à mesure. On le sent mieux, d’en haut...

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