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Chapitre 9 - Sombres pensées

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— Est-ce que l’un d’entre vous sait parler allemand ?

Ils avaient décollé depuis une petite heure et ni Jiyu ni Yashuu n’avaient pensé à cette question, pourtant légitime.

— J’ai quelques bases, répondit Jiyu, je pense que ça suffira pour ce que nous avons à faire sur place. Et j’apprends vite, je pourrais toujours m’améliorer si besoin.

— J’ai un dictionnaire, déclara fièrement Boran en sortant le petit pavé de son sac. Et toi Yashuu ?

— Je parle couramment allemand.

— Sérieux ?

Boran lui lança un regard surpris et son dictionnaire glissa de ses doigts pour s’écraser sur le plancher de l’avion.

— Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? Tu penses que je suis un idiot qui ne sait que se battre ?

— Oh ! Non non, excuse-moi ! se défendit Boran avec un air gêné en ramassant son livre. C’est juste que c’est plutôt… surprenant. Je ne te vois pas comme un idiot, mais pas non plus comme un intellectuel, c’est ce que je voulais dire, enfin euh…

Yashuu s’amusait de l’embarras du jeune homme et le laissa s’empêtrer dedans pendant de longues minutes, un sourire moqueur au coin des lèvres.

Jiyu ne fit aucune remarque, il est vrai que Yashuu avait parfaitement parlé français en débarquant dans sa ville, pour ensuite enchaîner sur l’anglais avec Kaku et Boran. Il n’y avait pas prêté attention sur le coup, mais après réflexion c’était plutôt surprenant. Yashuu serait une sorte de génie des études ?

— Mon cerveau a une capacité d’apprentissage extraordinaire, expliqua Yashuu pour sortir Boran de son pétrin. Il me suffit d’étudier un peu quelque chose pour le retenir. Et comme je voulais voyager à travers le monde, j’ai appris plusieurs langues pour ne pas passer pour un abruti. Même si je ne comptais pas avoir de grandes conversations avec les locaux.

L’admiration remplaça la surprise dans les yeux de Boran, avec une petite pointe de jalousie. Qui ne voudrait pas avoir une capacité d’assimilation aussi folle ?

— Tu maîtrises quelles langues ? demanda-t-il en tapotant joyeusement la couverture de son dictionnaire.

—Français, anglais, japonais, allemand, espagnol, arabe et russe.

Boran afficha un nouveau visage ébahi, qui balbutia des mots incompréhensibles, avant de finalement plonger son nez entre les pages manuscrites pour apprendre quelques rudiments d’allemand.

— Tu es surprenant, sourit Jiyu alors que Yashuu se posait à côté de lui en tailleur. Tu parles plus de langues que moi alors que je considère ne pas être trop mauvais dans le domaine des études.

— Je suis génial, je sais.

— Hum ce n’est pas ce que j’ai dit, mais je ne vais pas entrer dans le débat, rigola légèrement Jiyu. En tout cas, tu pourras être notre interprète officiel quand on sera sur place.

Une grimace déforma le visage de Yashuu, pourquoi fallait-il que ce soit le moins sociable de tous qui soit capable de parler une majorité de langue ? Le monde était parfois mal fait.

— À ton avis, qui pourrait être en Allemagne ? demanda Jiyu pour changer de sujet. Tu es celui qui a le plus de chance de le deviner, vu que tu les as beaucoup côtoyés.

— Je n’en sais rien du tout. On était pas vraiment copains, si tu vois ce que je veux dire. Je passais mon temps à leur faire du mal, les entraîner jusqu’au sang… ils n’allaient pas venir se confier à moi sur leurs perspectives d’avenir. Et franchement, même s’ils avaient essayé, je les aurais renvoyé balader à cette époque.

Vu comme ça, difficile d’imaginer les autres Numéros venir à lui pour des discussions légères. Ce serait donc la surprise pour tout le monde.

— Et tu penses qu’ils vont vouloir venir avec nous, les autres ? Je crains que la majorité n’ait une pensée similaire à la mienne. Et ce serait bien d’éviter un mort à chaque fois pour les motiver à rejoindre le même chemin que nous.

— J’en sais rien. Je ne peux être dans la tête des gens qu’une fois face à eux, pas avant. Mais vu ma connaissance de la nature humaine, tu as certainement raison. En règle générale, personne n’a envie de se jeter dans une vie de combat, de stress et de vengeance alors qu’il possède un quotidien calme et tranquille.

Il se tut et ramena une jambe contre lui avant d’y poser son menton, le regard fixé dans le vide. Une ombre s’y installa. Yashuu était sûrement l’un des seuls à ne pas désirer une vie calme et posée. Cette notion lui échappait, le plongeait dans l’incompréhension.

— Tu sais, ce n’est pas un mal de ne pas vouloir se poser quelque part. C’est plutôt cool de voyager à travers le monde, d’apprendre plusieurs langues, de voir des paysages qui te font du bien. Et même parmi les gens non modifiés, certains n’aiment pas rester en place et bougent un peu partout. Tout le monde n’a pas envie d’une vie stable.

Les yeux de Yashuu pivotèrent légèrement vers lui, il se demandait pourquoi il essayait de le rassurer. Jiyu ne savait pas non plus, c’était un instinct qui lui avait soufflé que Numéro 1 se sentait mal, étrange, différent.

— Merci.

L’ombre se dissipa et Boran redressa la tête de son dictionnaire, un sentiment de ne pas être à sa place lui prenait étrangement le ventre.

— Je te vois comme une personne libre, exempt de toutes les règles, et je trouve ça incroyable de réussir à se défaire de toutes les chaînes de la société, sourit doucement l’assistant. Et une fois cette histoire terminée, tu pourras de nouveau retourner à cette vie, personne ne sera en mesure de t’en empêcher.

— Oui, c’est sûr, je tuerais quiconque voudra me priver de ce que je désire, ricana-t-il.

Et ce n’étaient pas des paroles en l’air, il le ferait à coup sûr. Telle une créature enragée, il défendrait crocs et griffes ce qu’il voulait.

— Bon, je vais voir si tout se passe bien pour Kaku. Il a peut-être besoin de ma compagnie, déclara Boran en se levant de son siège pour se diriger vers l’avant. Et il parle plusieurs langues, il doit avoir des petits tips à me donner !

Les deux Numéros se retrouvèrent donc seuls et Jiyu glissa son regard vers l’extérieur, pour observer les nuages à travers le hublot.

— Tu penses qu’on va croiser des nazis ? demanda subitement Yashuu.

La question surprit Jiyu qui pouffa avant de pivoter sa tête vers Numéro 1.

— Question surprenante. Tu t’intéresses à l’histoire en plus des langues ?

— Je n'ai pas passé mon temps à courir partout non plus, fit-il très sérieusement. Je me suis parfois posé dans des bibliothèques pour lire pendant des heures.

Cette fois, c’était Jiyu qui eut un air éberlué, Yashuu était capable de se poser dans un endroit pendant des heures sans bouger ? Voilà qui était des plus surprenants. Pour lire en plus, l’activité la moins stimulante physiquement parlant.

— Quand j’ai provoqué la Destruction, mon unique but était de fuir, d’être libre. Mais finalement, je n’avais pas de but précis en tête, et je me suis retrouvé comme un idiot à traverser le monde sans raison. Alors oui, c’était magnifique, ça m’a apaisé, mais ce n’était pas suffisant. J’ai donc voulu agir pour quelque chose qui me semblait bien, au nom de la soi-disant justice que prônent les honnêtes gens. Mais qu’est-ce que la justice ? C’était la grande question que je me posais. Après tout, selon le point de vue, elle change, varie, se distord et prend diverses formes. Comment, dans un monde que je vois avec un filtre de ténèbres, puis-je discerner la justice ? Comment puis-je discerner le bien du mal ? Moi qui ne vois que le pire chez chaque personne sur qui je pose mon regard.

Jiyu ne l’interrompit pas, intéressé d’en savoir plus sur le pouvoir de Numéro 1. Il trouvait ça agréable d’en apprendre plus sur Yashuu en lui-même, de voir au-delà du Numéro qu’il fut. C’était comme un lien solide qui se tissait entre eux. Numéro 1 ne mourrait pas, c’était sa seule certitude, et ça lui donnait envie de s’ouvrir à lui, d’en faire une ancre à laquelle se rattacher pour ne pas couler sous les émotions.

— J’étais perdu, submergé par ce que je voyais et ressentais. Mon pouvoir ne faisait que me montrer les pires horreurs de l’être humain. J’ai vu des gens mentir sans remords, des mensonges être prononcés dans des buts immondes. J’ai vu des femmes tromper leur mari, un père violer ses enfants, des enfants maltraiter des camarades et prendre ça pour un jeu. J’ai vu toutes les facettes sombres et dégoulinantes de noirceur que porte l’Homme. J’ai fini par me sentir couler, me dire que personne ne méritait la justice, qu’ils pouvaient tous mourir, le monde ne s’en porterait que mieux, et moi aussi. Parce que je ne vaux pas mieux que toutes ces créatures ignobles qui peuplent ce monde.

Les ombres s’étirèrent dans l’avion, l’obscurité les recouvrit alors que le soleil brillait de mille feux à l’extérieur.

— Personne ne méritait la justice, la justice n’est qu’un mot sans aucune signification pour faire croire à une sombre illusion. Elle est là pour donner un quelconque espoir aux gens qui se pensent bons et dépourvus de noirceur. Mais personne ne mérite cette justice.

Sa voix se faisait lourde, profonde. Ses yeux grondaient de la colère et du dégoût qu’il avait ressentis tout au long de ses voyages. L’étincelle de folie de son regard s’anima, brilla comme un démon qui prenait vie au contact des ténèbres. La même lueur que Jiyu avait vue il y a cinq ans.

— Je voulais tout détruire, tout raser, pour faire renaître un monde nouveau, dépourvu de ténèbres et de défauts humains. Je voulais hurler à l’humanité à quel point elle était répugnante et invivable.

Son sang battait dans ses veines avec force, les ombres gagnaient en noirceur et Jiyu ferma les yeux un court instant, oppressé par ce sentiment qui tordait son cœur. Puis, il leva sa main et la posa doucement sur l’épaule de Yashuu.

— Alors, pourquoi tu ne l’as pas fait ?

Yashuu tressaillit à ce contact, la flamme folle vacilla dans ses iris et les ombres se figèrent.

— Je suis allé au Japon un jour, juste pour voir. J’étais curieux de voir ces fameux cerisiers en fleurs. Là-bas, j’ai vu quelque chose que je n’avais encore jamais pu observer de toute ma vie. J’ai vu un humain que je ne pouvais pas contrôler, dont l’âme était totalement dénuée de ténèbres…

Il se figea un instant, ses doigts s’agitèrent dans le vide alors, avant de reprendre.

— C’était un adolescent tout ce qu’il y a de plus normal, mais il n’avait pas de pensées sombres ou perverses comme la plupart de ceux de son âge. Il était uniquement obnubilé par son sport, et par rien d’autre. À ce moment-là, j’ai eu un déclic, et le filtre autour de mes yeux s’est dissipé. C’était comme si j’étais de nouveau capable de voir normalement, capable de passer outre les ténèbres des gens. J’ai pu voir qu’une femme qui trompe son mari peut le faire car elle est malheureuse mais ne peut pas le quitter pour raisons financières. J’ai vu que la peur n’était pas un défaut, mais un réflexe de protection humain. J’ai vu que la vengeance pouvait être fondée, même si elle reste le plus grand poison de l’âme. Et surtout, j’ai compris que le bien ne va pas sans le mal, et inversement. Là où se trouve la lumière, il y aura toujours une part de ténèbres. Personne ne peut être tout blanc ou tout noir. Certains vont pencher plus d’un côté que de l’autre, mais l’humain est ce qu’il est : imparfait.

Il tendit une main ouverte devant lui, paume vers le plafond, tandis que les ombres retournaient à leur place et que le soleil pénétrait de nouveau à l’intérieur de l'habitacle. L’air retrouva son chemin dans les poumons de Jiyu.

— Et le meilleur exemple n’est autre que moi-même. Je trouvais les humains horribles et emplis de noirceur, mais je suis le pire de tous. Alors, si je m’octroie le droit de vivre avec mes ténèbres, je ne peux pas priver les autres de ce droit. C’est ce que j’ai appris avec mon voyage à travers le monde.

Un petit sourire effleura ses lèvres, mais la tristesse brillait désormais au sein de son regard, ainsi qu’une lourde souffrance que Jiyu ne pouvait ni comprendre ni partager. Et égoïstement, il en était bien content, il n’avait pas envie de porter le poids de Numéro 1 sur ses épaules. Tout grand pouvoir réclamait de grands sacrifices. Il était puissant, mais en payait le prix avec son âme et sa stabilité mentale.

— Après ça, j’ai décidé de me documenter et d’en apprendre plus sur ce monde qui me répugnait. J’avais besoin de connaître l’être humain pour mieux le comprendre et le cerner. Donc là, je suis bien entendu tombé sur les révolutions, les guerres mondiales, l’invention de la bombe nucléaire, et tout ce qui va avec. Et chaque pays porte son lot de désastre, de douleur, car l’humain répète inlassablement les mêmes erreurs au fil du temps, sans jamais apprendre. C’est un éternel enfant insatisfait, qui veut toujours avoir un jouet mieux que celui du voisin. Sauf que ce jouet peut avoir des répercussions au niveau mondial.

— Tu es bien plus renseigné que ce que je pensais sur l’histoire du monde. Je croyais que tu avais juste couru partout sans réfléchir.

Yashuu éclata de rire, un rire sans joie, froid.

— Il est vrai que je ne donne pas l’impression d’être un érudit, mais j’ai beaucoup appris. Et notre situation actuelle m’a fait penser à toutes ces erreurs commises par l’Homme.

Il ferma son poing et le ramena contre sa poitrine.

— La bombe atomique fut créée pour arrêter la seconde guerre mondiale, elle devait être synonyme de paix. Et aujourd’hui, qu’est-ce donc ? Une arme de destruction massive qui sert à dissuader les autres pays d’entrer en guerre.

— Nous sommes la bombe atomique de ce temps, c’est ça ? comprit Jiyu qui suivait parfaitement son raisonnement. Kaku voulait à la base sauver des gens, permettre à l’humanité d’être plus résistante et de mieux vivre. Mais finalement, ça n’a fait que créer de nouvelles armes toujours plus monstrueuses. Avec une bonne idée, vient forcément une mauvaise manière de l’utiliser.

C’était la réalité, rien ne pourrait la changer. Les humains allaient continuer à vivre ainsi, à répéter encore et encore ce qu’ils avaient déjà fait, et le sang continuerait de couler. Jiyu médita ses paroles et ferma les yeux en laissant tout ça s’entrechoquer dans son esprit. Il avait sous-estimé Numéro 1 pour ça, il n’était pas si bête qu’il voulait le faire paraître.

— Pourquoi tu m’as raconté tout ça ? demanda t’il. Ce sont quand même des choses personnelles, des pensées sombres et chaotiques. Et on ne se connait pas tant que ça à bien y réfléchir. Enfin, ne va pas croire que ça me dérange, je suis simplement curieux. Tu ne donnes pas la sensation d’être du genre à te confier.

Et il ne donnait pas la sensation d’être un érudit non plus. L’habit ne faisait pas le moine.

Yashuu haussa lentement ses épaules, lui-même semblait se poser la question au même moment.

— Il y a encore beaucoup de choses que tu ignores de moi alors. Mais non, en effet, je ne suis pas du genre à me confier. Et ne me demande pas pourquoi je l’ai fait avec toi, je n’en sais rien.

Jiyu sentit une sensation âpre sur le bout de sa langue, sans pouvoir en expliquer l’origine. Un étrange malaise inexplicable.

— En tout cas, je suis bien content que tu n’aies pas détruit le monde. J’aime bien être vivant tu sais.

Yashuu sourit, un sourire plus franc et léger que le dernier.

— Et maintenant, est-ce que tu ressens encore les émotions négatives des gens ? J’ai remarqué que tu n’es pas à l’aise avec la foule, tu l’esquives en permanence, ça te rend anxieux…

— Disons que j’arrive à réguler plus facilement les émotions qui me frappent, comme une sorte de filtre. Je ne peux pas bloquer ce pouvoir, je ne peux que réduire l’impact que ça a sur moi. Mais je ne veux pas provoquer le diable, j’évite le monde pour garder enfoui le monstre qui est en moi. Malgré tout, quand je suis en présence d’une foule, mon corps réagit de lui-même et ça se traduit par de l’anxiété.

Sa langue claqua contre son palais avant qu’il ne se lève pour marcher en long et en large dans l’avion. Jiyu en conclut que la conversation était terminée et n’insista pas plus. Il en avait déjà appris beaucoup, bien plus qu’il ne l’aurait cru. Au fond, cela le ravissait de jouer ce rôle de confident et de pouvoir palper ce faible lien qui se tissait entre eux deux. Avec une personne de confiance qui ne mourrait pas. Parce que Yashuu n’était pas faible comme Yohel. Cette pensée le réconforta et il ferma les yeux pour se laisser bercer par le vol, jusqu’à ce qu’ils arrivent à destination.

Destination qu’ils atteignirent au bout de deux heures. Yashuu fut le premier à sauter de l’avion pour retrouver l’air extérieur et prendre des inspirations rapides et consécutives. Maintenant, il ne restait plus qu’à trouver le Numéro sur place. Grâce à la précision des données d’Okami, ce ne serait pas un problème, Yashuu était même partie devant sans attendre personne. Il fallait espérer qu’il ne fasse rien de stupide.

— Anwa ? Est-ce que tu peux aller réceptionner la dernière livraison s’il te plait ?

— J’y vais tout de suite !

La jeune femme quitta le comptoir et fila dans l’arrière-boutique, où un livreur était en train de déposer plusieurs cartons de grandes tailles. Il lui donna un bon de livraison qu’elle signa, avant de commencer à ouvrir les colis et s’assurer que tout avait été bien reçu.

— Parfait, normalement tout est bon, marmonna-t-elle. Il ne reste plus qu’à tout ranger.

Le transfert débuta. Elle effectua plusieurs allers-retours, prenant le temps de déposer chaque livre à sa place. Cette petite librairie de l’imaginaire contenait une belle quantité d’ouvrages et elle adorait l’odeur des livres neufs, le son des pages qui tournent. Tous ces petits détails lui apportaient du baume au cœur quotidien, lui faisaient encore plus apprécier son travail ici.

— N’hésite pas à prendre ta pause Anwa, tu travailles toujours trop.

— Ça va aller tatie Rosi, je suis en pleine forme ne t’en fais pas.

Sa patronne soupira doucement dans son dos, mais un petit sourire pouvait aisément se deviner sur son visage, accompagné d’un regard tendre et protecteur.

— Moi je vais en faire une petite, je te laisser la gestion de la boutique pendant dix minutes. Tu veux que je t’apporte un café ?

— D’accord, merci !     

Tatie Rosi quitta la librairie et laissa Anwa continuer le rangement, accueillir les clients et les conseiller sur les meilleures lectures pour eux. Elle arborait toujours un sourire aimable, commercial, afin de donner une bonne image à la boutique.

La clochette sonna une nouvelle fois et Anwa, derrière le comptoir, se prépara à recevoir ce nouveau client.

— Bonjour, bienvenue à vous, comment puis-je vous aider ?

Son sourire s’effaça aussi vite qu’il était venu quand elle reconnut la personne qui se tenait dans l’embrasure de la porte.

— Ça faisait longtemps, Numéro 333.

— Numéro 1… ? couina-t-elle la gorge nouée.

Qu’est-ce que c’était que ce bordel ?

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