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OSS-4

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article 715
Par Rimeko

Un distant orage gronde à tribord. L’équipage bruisse dans votre dos, inquiet et fervent.

Vous vous tournez vers votre contremaître – pour vous rendre compte qu’elle n’est plus là. Vous l’apercevez perchée sur une caisse de rations, les mains sur le bastingage et tout son corps tendu comme un arc, tremblant. Jouets du vent, ses tresses lui fouettent le visage, mais elle ne bronche pas, son regard braqué sur l’horizon, comme hypnotisée.

L’espace d’une seconde vous vous demandez si c’est la fin, pour elle ; si vous feriez mieux de la pousser par-dessus bord avant qu’elle n’embarque quelqu’un d’autre dans cet élan de folie – puis, à votre tour, vous remarquez qu’à un bout du ciel, une à une, les étoiles s’éteignent.

Votre navigateur s’approche pour relayer nerveusement ses conclusions : de l’horizon où meurent les étoiles, nul n’est jamais revenu. D’aucuns murmurent même que la mort s’y trouve. Et puisque toutes les cartes s’arrêtent là, à leur places seules fleurissent les légendes. Droit devant se trouverait le bord du monde et ceux qui s’y risquent disparaissent corps et âme.

Vous laissez la barre à votre navigateur pour, après une dernière goulée d’air frais, descendre dans l’étuve des entrailles de l’Orphée.

« Si on continue tout droit, vous informe votre ingénieure sans lever le nez du joint qu’elle resserre, on risque de plus avoir assez de fioul pour rendre le bord. »

Elle ne semble pas avoir une opinion sur le cap à fixer au-delà de cette considération pratique. Vous lui demandez s’il faut faire demi-tour maintenant. Vous tournant toujours le dos, elle fait claquer sa langue. Vous hésitez, essuyez la sueur qui vous pique les yeux, puis vous insistez : n’a-t-elle donc pas envie de retrouver la terre ferme ?

Une fois ces mots prononcés, il n’est plus possible de les reprendre. Votre ingénieure rit comme quelque chose qui se brise. Elle actionne une commande pour faire pivoter son fauteuil, rajuste ses lunettes du bout d’un doigt cerclé de fer et, enfin, vous regarde.

« Vous connaissez ma réponse, Capitaine. »

Son sourire accroche l’éclat des chaudières. Ses dents sont de verre, ses os réduits en cendre et refondus dans la fournaise de la salle des machines. En ce moment encore, l’océan est calme, les moteurs repus, pourtant déjà chaque inspiration vous brûle la gorge. Ici, la température peut grimper jusqu’à ce que le métal devienne aussi rouge que la sclère de votre ingénieure, un feu intérieur léchant ses iris noir d’ivoire.

Même si vous ordonniez à des matelots de porter son fauteuil par-delà la volée de marches plongeant dans cet enfer, vous savez qu’elle ne supporterait pas la fraîcheur de la nuit perpétuelle. Dans la face sombre du monde, il n’y a de chaleur que de ce qui brûle. Votre ingénieure a enchaîné son éternité à une fournaise.

« J’ai à faire, vous congédie-t-elle. Mais, Capitaine ? revenez me voir si vous trouvez un soleil. »

Vous retrouvez le pont avec soulagement. Le navigateur s’empresse de vous redonner la barre, expliquant que ses paumes moites glissent sur les poignées et qu’il craint de les laisser échapper. Vous hochez la tête en ne l’écoutant qu’à moitié. En image rémanente devant vos yeux, par-dessus ce pan de ciel vide à l’horizon, dansent les soleils jumeaux des chaudières de l’Orphée et les derniers mots de votre ingénieure résonnent à vos oreilles, contrepoint de son sourire de verre. Devant, est-ce le bord du monde qui se profile, ou la naissance d’un nouveau ?

Après tout, avant que le monde ne se fige, l’aurore naissait à l’Est. Serait-ce là que vous la trouverez ? La caravelle de légende... la lumière, la chaleur...

Un roulement de tonnerre, bien réel, et plus proche sur votre droite que vous ne vous y attendiez, vous sort de votre contemplation. Votre navigateur, toujours à vos côtés, se tord les mains, n’attendant que votre décision pour fixer le cap.

Continuer, droit vers là où meurent les étoiles

Virer à tribord en se préparant à affronter l’orage

Préserver votre équipage et rentrer au port

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