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OSS-2

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article 535
Par Rimeko

Le soleil, d’autres iront le chercher, d’autres iront s’y brûler. Vous, vous en avez assez des ténèbres, du sel et de la peur. Au fond, le secrétaire de l’Amirauté a bien raison : vous méritez une pause, et Atlante ne s’y prête pas plus mal que n’importe quel autre port. Mieux, en tous cas, que Nouvelle Knoss, puisque cette île-ci n’est pas celle où vous avez grandi. Il n’y a rien de pire que de revenir sur les lieux de son enfance.

Depuis l'une des banquettes fatiguées du troquet du port, vous ignorez votre verre et frottez du pouce les cales que la barre a imprimé dans vos paumes. Vos doigts saignent aux jointures quand vous formez un poing.

Quand vous avez annoncé à votre équipage que vous ne reprendrez pas la mer de sitôt, nombre murmures se sont élevés. Vous allez perdre de la main-d’œuvre, vous le savez : certains embarqueront sur un autre bâtiment, d’autres s’habitueront à la sûreté de la terre ferme et ne souhaiteront plus repartir. Vous ne vous attendiez pas, malgré tout, à ce que votre contremaître et votre navigateur vous annoncent qu’eux aussi quittent le navire. Vous leur aviez promis d’accéder à leur requête insensée de chercher une étoile, ont-ils argué, puis quand s’est enfin présentée l’opportunité de vous lancer dans cette folle entreprise, vous avez tourné les talons.

Vous comprenez leur décision. Vous leur en voulez quand même.

À votre prochain passage sur les quais, vous ne trouverez pas l’Orphée. Une garde en poste vous assurera que votre navire se languissait des flots et s’est brisé de lui-même, comme un cœur délaissé. Peut-être dira-t-elle vrai. Elle vous tendra une missive pliée, mais, quand vous la sortirez de son enveloppe, vous n’y trouverez qu’une poignée de mots racornis et des cendres.

Aura-t-on détruit l’Orphée pour vous nuire ? Sera-ce l’œuvre du couturier, persuadé que des flammes se dessinaient pour vous sur la trame du destin, ou bien une erreur de votre maître-artilleur ? Ou peut-être avez-vous négligé d’aider l’ingénieure à débarquer ? En désespoir de cause, elle aurait rallumé les infernales chaudières, même en sachant que rien sinon la voracité de vos moteurs ne peut en maîtriser les flammes ?

Vous contemplerez l’endroit où, la veille encore, se dressait votre croiseur. À moins que votre dernier passage ne remontât déjà à la semaine précédente... Cela ne changerait rien. Peu importe l’identité du coupable, au fond ; peut-être bien, même, que vous leur devriez plutôt une fière chandelle. Votre ambition aurait fini par vous précipiter tout droit dans la gueule des ténèbres.

Vous avez fait vos adieux à l’océan sans soleil. Désormais, vous vous contenterez de l’éclat vacillant d’une lampe à pétrole, et jamais plus vous ne tiendrez la barre, le visage fouetté par les vagues et les vents, à sentir chaque battement de votre cœur en écho des moteurs grondant sous vos pieds, bien en vie, pour un moment encore. Jamais plus vous ne serez Capitaine.

Rappelez-vous : vous ne pouvez pas mourir...

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