Dana brodait. Une succession concentrique de plumes noires et dorées qu’elle destinait à Dame Perdelle, en remerciement pour ses cadeaux - et ses conseils : lors de mes escapades dans le jardin d’été, elle avait passé du temps auprès de l’ancienne Reine et sa vieille Compagne. Elle ne m’en avait pas touché mot avant ce trajet retour en calèche.
Je contemplais le paysage, heureuse de me sentir en pleine forme, mais néanmoins soucieuse. Je dérivai sur un trou dans une tenture. Après ce royal séjour, l’aspect fané de la cabine sautait aux yeux : les couleurs passées des tissus, les coussins élimés, les banquettes rapiécées. Cela mis à part, tout était propre et fonctionnel. Le plafond était même serti d’un galet-lumière autour duquel s’enroulait une décorative spirale en fer noir.
Un bruit me ramena vers la fenêtre où Cazelain passa au grand galop, débraillé, l’air sauvage, les dents prêtes à mordre le vent…
En quittant le Temple des Portes, une seule calèche nous avait menés au Palais, mais Cazelain avait partagé ce voyage avec des connaissances qu’il avait qualifiées de bons amis qu’il préférait ne point contrarier. Pour ce retour où nous étions isolés, il avait refusé de se joindre à nous, arguant un furieux besoin d’évacuer quelques tentions.
Qui est-il vraiment ? Un dandy qui joue au loup ou un loup déguisé en dandy ?
Désireuse d’échapper à mes pensées, je me raclai la gorge avant de briser le silence de l’étroite cabine :
— Dana, peux-tu m’éclairer à présent sur ces Gardiens qui sont plus que des animaux ? Me préciser en quoi ce sujet est délicat ? Qui y a droit et dans quelles conditions ?
Ma Compagne posa son tambour sur ses genoux, aiguille au repos. Elle sembla surprise, puis soucieuse.
— Il y a tant de connaissance à t’apporter… Ce sujet ne me semblait pas le plus important à ton arrivée, il est pourtant majeur. Je ne sais pas toujours où placer mes priorités.
— Il n’y a pas un guide pour cela ? m’amusai-je. Après tout, nous apparaissons dans vos quotidiens avec une certaine régularité…
— Tous les deux-cents ans seulement, répondit-elle avec sérieux, et nombre d’écrits que nos ancêtres ont tenté de nous laisser sont partis en combustion spontanée. Seuls l’Univers, Dame Nature et le passé savent pourquoi il ne nous est pas permis de laisser certaines traces à nos postérités. Les ouvrages évoquant Étrangères, Étrangers, vos Épreuves et votre raison d’être sont rares et toujours nébuleux : il suffit d’un mot en trop et tout part en flammes.
Je mesurai soudain l’importance du recueil de Sieur Lionel Jos que Wolf Storm m’avait offert.
Dire que j’y ai imprimé la trace de mes ongles et corné plusieurs pages…
Dana reprit sa broderie.
— Je vais tenter de te présenter au mieux ce que sont les Gardiens, dit-elle en tirant son fil doré.
J’étais tout ouïe, penché vers l’avant.
— Ces êtres sont emprunts de la magie du monde, plus proches de Dame Nature que nous ne pourrons jamais l’être. Ils sont liés aux Clans et ceux-ci portent leurs noms en reconnaissance. Ainsi, les Gardiens des Loups sont des loups, ceux des Corbeaux, des corbeaux, et ainsi de suite.
— Il faut appartenir à un Clan pour obtenir un Gardien ? coupai-je.
J’eus droit à un froncement de nez.
— Oui, mais un Gardien ne s’obtient pas ; cet être est conscient de lui-même, il est le seul maitre de son libre arbitre. Il choisit ou non de se lier avec la personne qui se présente à lui.
— Vivent-ils dans la forêt ? tentai-je.
Ma Compagne perdit son sérieux une demi-seconde.
— Non, Luce. Quand on appartient à un Clan, on a le droit d’aller à leur rencontre au sein du Temple de ce Clan. Je n’ai jamais vécu cette expérience moi-même… On dit que c’est… particulier. Intense. Ça nous bouscule l’âme.
Ça correspondait au retour de Lionel Jos…
— Je n’ai pas vu le Temple des Loups qui semble pourtant être un bâtiment important, fis-je remarquer. Pourquoi n’a-t-il pas fait partie de tes visites intensives - quoique très instructives - du Château Lune ?
— Car il ne s’y trouve pas. Il se situe à l’écart, dans le parc. Et de toute façon, tu n’aurais pu le voir que de l’extérieur.
— Pourquoi cela ? m’étonnai-je.
— Il faut appartenir au Clan pour y entrer.
— N’ai-je pas les droits d’une Dame de Château ? la taquinai-je.
— Mais tu n’es pas une Louve. C’est une frontière magique, Luce, elle ne saurait être dupée.
L’humour fonctionnait rarement avec Dana. Elle me demanda un instant pour changer son fil. Je la regardai avec impatience passer un crin doré dans le chas de son aiguille ; je trouvais ce sujet captivant, j’en voulais plus. Une fois son fil lancé, je la relançai sur cette rencontre avec les Gardiens, à l’abri de ces Temples VIP.
— Lors de cette expérience, on ressort marqué ou non du symbole du Clan. Posséder ce symbole apporte des privilèges, précisa-t-elle. Par exemple, on ne peut prétendre à la place de cheffe ou chef de village si l’on en est dépourvu. Parfois, un Gardien peut choisir de se lier à celle ou celui qui obtient ce symbole.
— Que gagne cette personne ?
— Des capacités décuplées. Dame Perdelle est réputée pour son ouïe fine qui ne s’émousse pas avec l’âge. Les Faucons, parmi lesquels tu m’as dit avoir une relation, ont une vue surnaturelle ; il n’y a pas meilleures archères ni meilleurs archers.
Je songeai à l’arc d’Adam…
— Ensuite, lorsqu’un Gardien se lie à toi, tu gagnes ta place dans le noyau familial du Clan.
— Et celles et ceux qui composent le noyau ont tout pouvoir décisionnel…, complétai-je. Protectrices et Protecteurs en possédant plus que les autres.
— C’est à peu près cela, convint Dana. Je nuancerais qu’un bon noyau veillera toujours à rester à l’écoute du peuple de ses terres, sous peine d’une migration massive qui ne manquerait pas de l’appauvrir. La politique est un jeu d’équilibre qui se renforce lorsqu’elle est menée avec bienveillance sur le long terme.
Je méditai un instant ses paroles.
— Tient, m’exclamai-je, si l’on ressort de ce passage au Temple sans être marqué du symbole du Clan, que nous arrive-t-il ?
— On peut continuer à rester vivre sur les terres du Clan dans l’acceptation des privilèges qui nous sont alors refusés. Ce peut être un signe que les valeurs du Clan ne correspondent pas ou plus à qui nous sommes et on peut le prendre comme une invitation à tenter le quotidien sur d’autres terres. Cette crainte amène certaines personnes à éviter l’expérience… Il est aussi possible d’essayer une vie de Sans-Clan dans la capitale ou dans de petits villages qui se sont construits sans la protection d’un Clan.
— Comme celui dont tu es originaire ?
— Cette vie reculée ne me convenait pas. Mais je comprends en quoi elle convient au reste de ma famille. Lorsque je suis partie en ville, la Guilde des Compagnes et Compagnons m’a ouvert ses portes et la formation que j’y ai reçue m’a déjà beaucoup apporté.
Je lui souris.
— Donc tu n’es plus une Sans-Clan.
— Je le suis toujours, me détrompa-t-elle en enfonçant son aiguille.
— Mais… tu travailles pour les Loups, et tu vis sur leurs terres.
— Pour appartenir à un Clan, il faut soit y avoir séjourné dix ans, soit…
— Et bien ? l’invitai-je à poursuivre.
Dana se trémoussa sur sa banquette.
— Soit t’unir intimement avec un membre du Clan issu du sexe opposé.
J’écarquillai des yeux.
— C’est…
Je ravalai un jugement brûlant pour mieux choisir mes mots ; le calme et la politesse sans faille de ma Compagne ne cadraient pas avec une accusation brute.
— Ce n’est pas un peu… exagéré… comme méthode ?
— Personne n’est obligé d’accepter, rationalisa-t-elle. Tu peux également vivre dix années sur place. Garde à l’esprit que lorsque tu portes la marque, tu peux endosser des rôles importants pour l’équilibre des terres : juge, cheffe, avocate, guide…
— Donc, une femme qui voudrait le rôle, disons, de cheffe de village… soit elle attend dix ans, soit elle couche ?
C’est quoi cette horrible promotion canapé ?
— Et si cette femme n’aime que les femmes ? m’insurgeai-je d’un cran supplémentaire. Ou si elle est incapable de concevoir l’acte charnel comme acceptable ?
Dana stoppa son aiguille à quelques centimètre du tambour.
— D’abord, il ne s’agit pas simplement de… coucher. Il est question d’une union ; les deux personnes concernées s’engagent par contrat sur divers points et celle issue du Clan endosse la responsabilité d’accueillir et d’initier l’autre. Mais les deux parties de cette union ne sont pas obligées d’être en couple ni même de vivre ensemble. Et je le répète, personne n’est obligé d’en passer par là, vivre dix ans sur les terres des Loups suffisent également pour rallier le Clan. Ensuite, cette voie permet simplement d’accéder tout de suite au Temple ; il n’est pas dit que tu seras digne d’y recevoir la marque. Enfin, cette règle a été mise en place lors des Temps Sombres, où le Peuple des Humains frôlait l’extinction. Associer l’accès à un Clan, gage de survie, à un rapport intime mélangeant les deux sexes était, à cette lointaine et incertaine époque, le meilleur moyen de maximiser les naissances. Ce choix de loi est certes critiquable, mais il n’est pas incompréhensible au regard de cet ancien contexte.
— Moui… Mais pourquoi la maintenir si aujourd’hui elle n’a plus raison d’être ?
— Juste réflexion. Maintenir cette loi est également une protection pour les enfants. Comme je te l’ai dit, cette expérience peut être bouleversante. Dix ans a été jugé un âge minimum pour la tenter.
— Et… pourquoi ne pas modifier la loi en conservant l’âge minimum pour un enfant mais en ôtant la partie liée à l’intimité ?
Dana changea le fil de son aiguille ; elle passait à une plume noire. Elle soupira avant de reprendre la parole :
— Je sais que cela a été débattu il y a deux-cents ans déjà, suite à la dernière moisson. Le conseil des Protectrices et Protecteurs de l’époque avait jugé les motifs insuffisants pour déranger l’Esprit de la Rivière et Dame Nature dans l’idée de modifier cette loi du Pacte.
— Qu’ont-ils à voir là-dedans ?
— Luce, ce sont eux qui ont créé le Pacte. Le bousculer n’est pas acte à prendre à la légère, il conviendrait de demander leur avis à tous les autres Peuples du monde… Tu ne te rends pas compte…
— Non. Effectivement.
— Cela viendra.
Je jugeai son ton condescendant. Elle sembla ne pas relever que je venais d’être blessée. Je la regardai tirer son fil noir… Je choisis de ramener le sujet vers les Gardiens.
— Les corbeaux de Dame Perdelle et du Roi Maguiar sont des Gardiens…
— C’est cela, confirma Dana.
— L’homme que je connais au sein des Faucons est entré dans leur Temple. Il m’a montré sa marque, elle est pleine. Il appartient au noyau.
J’y songe… ; alors il s’est lié à une fauconne ! De ça, il n’a rien dit.
— C’est un grand honneur, d’autant plus pour un Étranger, souligna Dana.
— C’est parce qu’il en est un, un Étranger, qu’il ne peut le… matérialiser ? Comme Orbe ?
— Et c’est ici que le sujet devient délicat quand il est abordé par une personne lié au Clan du Loup, révéla ma Compagne en abandonnant son tambour sur l’espace libre de sa banquette.
J’ai encore posé une bonne question moi…
— Les membres d’un noyau familial ont une relation privilégiée avec leur Gardien, précisa Dana. Cette relation est plus ou moins forte selon les individus ; ne me demande pas pourquoi, je l’ignore. Un Gardien peut être invoqué en esprit, mais seul le Clan Royal peut lui permettre d’apparaître dans un corps d’os et de chair.
Elle se tourna à demi pour fixer le motif brodé sur son tambour.
— À une exception.
— L’ancien Clan Royal ? devinai-je.
— Oui. Le Clan du Loup a conservé cette faculté. Bien que chez l’actuelle génération, seul Sieur Wolf Storm en ait eu la faculté. Jusqu’à ce qu’il soit frappé par la malédiction. Sa tante et ses grand-parents l’avaient également du temps de leur vivant. Tout cela est un sujet tabou à la cour.
— Parce que ça pourrait être un signe que les Loups puissent encore avoir une légitimité à régner ?
Ma Compagne prit un air inquiet.
— Gare, Luce, chuchota-t-elle. Mettre en péril l’ordre établi est passible de jugement. Le Royaume est prospère et paisible sous la houlette du Corbeau depuis plusieurs siècles. Je t’enjoins à ne plus partager cette réflexion, on pourrait mal interpréter tes mots.
Je soupirai en m’abandonnant au dossier de ma banquette.
— Ëreis t’a proposé un échange de courriers ? m’interrogea Dana.
Habile manière de clore le sujet.
Je hochai du menton. À défaut de technologie moderne, les relations de ce monde s’entretenaient via des échanges épistolaires ; le réseau du transport des courriers était étonnement développé.
— Puis-je me permettre un conseil ? tâtonna ma Compagne.
— Rester sur mes gardes et en révéler le moins possible sur ma vie privée ou le quotidien des Loups dans nos échanges écrits ?
Dana parut surprise. Je lui relatai la double intervention de Cazelain ; la dernière datant du matin.
— Notre jeune Sieur nage dans ces eaux troubles depuis des années ; dans ce domaine, estimons ses conseils avisés pour ne point se heurter aux rochers.
Je ris pour l’image que sa réponse fit naitre en moi. Elle me rappela une phrase que m’avait dite Maguiar.
Vous avez l’art et la manière.
Songer au Roi me rappela d’autres mots qu’il m’avait murmurés… : qu’il y avait quelque chose en moi qu’un Corbeau saurait magnifier. Il parlait donc d’un Gardien… Avait-il raison ?
Pour le découvrir, dix ans dans cette cour ou partager son lit au moins une fois.
Je frissonnai d’horreur.
Mais cela, chez les Corbeaux ou ailleurs, c’est si je désire ce qu’Adam semble avoir gagné.
Le désirais-je ?
Je m’imaginai marcher dans une plaine… un loup à mes côtés. Soudain, nous courions ensemble. L’image me plut.
Toutes ces choses impossibles qui existent en ce monde…
— J’en veux plus…, murmurai-je en me perdant dans le paysage verdoyant et ensoleillé de l’autre côté de la vitre.
Dana ne réagit pas, mais je sentais qu’elle écoutait.
— Depuis que je suis ici… dans ton monde… je m’emploie à survivre. Mais ce n’est pas une vie… Je ne veux pas survivre… Je veux vivre. Et vivre, c’est… c’est découvrir. Je veux découvrir votre monde. Le comprendre. Alors je saurai. Si oui ou non je peux y vivre.
J’avais ouvert une porte d’où les mots s’échappèrent.
— Pardonne-moi Dana, mais je ne veux plus apprendre de codes de société ni de danses, j’en ai assez. Ce que je veux… Ce que je veux, c’est… Ce que je veux, c’est découvrir les terres de glace, c’est peindre vos mers avec une palette de toutes vos nuances de vert et de bleu, je veux musarder en sécurité sur l’un de vos grands marchés, je veux comprendre votre magie, découvrir qui sont les autres Peuples, savoir ce qu’il se passe dans vos Frontières et ce qu’il y a au-delà, comprendre pourquoi les Moissons ont commencé, découvrir d’autres merveilles tel que ce Temple des Portes… J’ai besoin de savoir, de voir. J’ai besoin de comprendre si oui ou non je peux et veux avoir ma place ici. Et pour ça, il m’en faut plus.
Je me tus. Le cœur battant. Essoufflée.
— Ainsi l’Esprit de la Rivière a compris avant toi ce dont tu avais besoin, murmura Dana. La Nature est infinie dans sa sagesse…
Et elle se signa, une ligne droite partant du haut inscrite dans un cercle tracé dans le sens d’une horloge.
— Qu’est-ce que tu veux dire ? ronchonnai-je, exaspérée d’entendre parler d’un élément comme d’une personne et de ne pas réussir à y donner sens.
— On t’a offert le don de circuler à ta guise par les Ponts. Mais garde-toi d’en emprunter un avant d’avoir bien mis au point les détails avec moi en amont ! déclara-t-elle avec fermeté en me menaçant du doigt.
— Je… Tu…, bredouillai-je. Tu serais d’accord pour m’aider à voyager ?
— Évidemment. Tes réflexions sont saines et sensées. Mais j’ai besoin de ta promesse de suivre mes recommandations avant tout futur déplacement.
— Tu l’as !
— Et il faudra d’abord convaincre Sieur Wolf Storm ou Sieur Cazelain.
— Comment cela ?
— Navrée, Luce, mais actuellement tu n’as qu’un statut d’Invitée…
— Et pour ne plus l’être, grognai-je, je dois attendre dix ans ou…
Je piquai un fard en songeant aux frères Loup.
Vilaine pensée, ouste !
— Non, pour toi, une année sur les terres d’un Clan est suffisante.
Juste, ça m’évoquait quelque chose…
— Une année avant de recouvrer ma liberté…, râlai-je encore.
— Pas forcément. Compte sur moi pour tenter de les convaincre.
Ma Compagne souriait, ponctuée par les pointes de son carré symétrique de part et d’autre de ses lèvres fines. Mes joues rosirent de plaisir.
— Tu ne me reproches pas d’avoir fait plein de références à mon monde ? me déridai-je en faisant la moue.
Dana souleva innocemment ses épaules et ses sourcils.
— Une calèche en mouvement n’est pas un mauvais endroit pour se laisser aller à quelques intimes réflexions. Et puis, nous nous connaissons mieux, maintenant.
J’aimai la chaleur que m’offrirent ses yeux aigue-marine. Elle se pencha alors vers moi et m’attrapa une main.
— Luce, je nierai te l’avoir dit, mais sache que je réprouve ces Épreuves. Je sais qu’elles ont leur raison d’être, qu’elles auront toujours lieu, qu’elles sont le gage de l’Équilibre dans le Pacte qui a sauvé le monde de l’annihilation aux lointains Temps Sombres… Mais…
Elle abandonna ma main pour recouvrer sa posture droite.
— Je mettrai tout en œuvre pour que tu ressortes indemne de chaque Épreuve à venir, conclut-elle.
— Et bien on est deux, dis-je pince-sans-rire.
— Je t’invite à solliciter l’Univers en ce sens à l’occasion.
Elle avait l’air sérieux… J’opinai du chef.
Notre conservation s’acheva là ; la calèche s’arrêtait pour une halte dans une auberge. Cazelain y laissa son cheval fourbu et termina le voyage au côté de Clô sur la banquette extérieure du cocher avec qui il ne cessa de palabrer. Impossible de discerner ce qu’ils s’échangeaient, mais ce bruit de fond conjugué au cahots réguliers du véhicule… Je piquai du nez pour la suite du trajet. Quand Dana m’éveilla d’une timide secousse, la silhouette du Château Lune se découpait sur fond de crépuscule. Nous pûmes encore discerner l’épais tapis de neige qui recouvrait tout en dehors de quelques chemins bordés de congères. J’étais partie au Temple des Portes pour affronter la neige et celle-ci magnifiait mon retour sur les terres des Loups. J’y vis un signe encourageant.
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