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Chapitre 38 : Séquelles

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Par Nathalie

Marlène grimaça en se levant, la main droite s’agrippant au lit avec fermeté.

- Hé ! Reste couchée ! s’exclama Nicolas en la voyant se dresser. Du repos, ont dit les guérisseurs ! Tu as frôlé la mort deux jours de suite. Ça suffit !

Il la remit au lit avec fermeté. Marlène soupira mais se résigna. Chaque muscle de son corps, chaque organe, chaque nerf semblait à vif. Les guérisseurs lui avaient sauvé la vie, certes, mais le chemin vers une guérison complète prendrait du temps.

- Lycronus, murmura-t-elle d’un ton plaintif.

- La justice se penche sur son cas. Démêler le vrai du faux des mensonges et de la corruption de Gilain est un véritable casse-tête. Tout le monde cherche à se dédouaner, montre son voisin du doigt. C’est que ça remonte haut. Chacun tente de se protéger.

Marlène fronça les sourcils.

- Tu y es allée fort, c’est sûr ! Ta prestation a été vue par des centaines de millions de téléspectateurs. Difficile de masquer le tout sous le tapis. Le coup de pied dans la fourmilière a entraîné une réaction en chaîne difficilement contrôlable. Les gouvernements essayent d’éviter la panique et les émeutes. Les témoignages affluent mais certains tentent de profiter de la situation pour soutirer de l’argent.

Marlène baissa le regard.

- Bref, c’est le bazar, conclut Nicolas et la phrase parvint à arracher un sourire à la néomage.

- Lycronus, répéta Marlène.

- Toujours en prison, répondit Nicolas en haussant les épaules. Bien traité, il semblerait. Après tout, il a risqué sa vie pour qu’un meurtrier de policier soit puni.

Marlène sourit. Elle imagina Lycronus, en prison, mais dormant dans des draps de soie, son repas livré chaud par le directeur de la prison en personne sur un plateau où trônait une rose fraîche.

- C’est le bordel au Mistral, précisa Nicolas. Tout le monde a retiré ses élèves.

- Quel dommage ! s’exclama Marlène. C’est une excellente école. Les professeurs sont fantastiques. Ce n’est pas de leur faute si Gilain agissait de la sorte ! Ils sont tout autant victimes que Lycronus, moi, et tous les autres.

Nicolas haussa les épaules.

- En attendant que la vérité soit faite, le Mistral a été fermé.

L’annonce peina Marlène qui imaginait sans peine les professeurs, errant sans but, dégoûtés de ne plus pouvoir transmettre leur savoir, action qui leur tenait pourtant à cœur. Elle espéra qu’ils avaient été recrutés ailleurs.

- J’ai tenu une dizaine de conférences de presse depuis ton hospitalisation. Tu ne m’en veux pas ? interrogea Nicolas, le visage marqué par l’inquiétude.

- Non, assura Marlène, bien sûr que non.

- Je n’ai pas tes compétences alors je n’en ai pas profité pour dénoncer une corruption internationale.

Marlène explosa de rire, le geste lui déclenchant une douleur fulgurante dans le torse.

- Tu es méchant de me faire rire. Ça fait mal !

Il sourit avant de reprendre d’un ton sérieux :

- Les journalistes ont enfin posé des questions sur le PBM.

Marlène pencha la tête, très attentive.

- Je n’ai pas dévoilé la stratégie que tu as mise en place pour permettre notre victoire. Ils réclament de savoir à quoi tu servais… Peter aussi d’ailleurs.

Marlène sourit.

- Aucune chance que je dévoile ta brillante idée pour gagner à nos adversaires.

Marlène lui lança un regard amusé.

- Au fait, poursuivit Nicolas, j’ai démissionné des Tuniques Rouges. J’ai décidé d’accepter ma brique élémentaire et de devenir guérisseur.

La nouvelle ne surprit pas la jeune femme.

- Je veux démissionner aussi, précisa Marlène.

- Quoi ? s’exclama Nicolas. Mais non ! Tu es parfaite dans ton rôle !

- Non, le contra Marlène. D’abord, c’est de la triche. Si je joue entourée de Séverine, Peter, Anaëlle et Antoine, les Tuniques Rouges deviennent imbattables.

- Justement ! s’écrit Nicolas.

- Le sport doit rester équitable, proféra Marlène. Et puis, mon énergie magique serait bien plus utile ailleurs.

- Où ça ? demanda Nicolas, aussi curieux qu’un journaliste en quête de buzz.

Marlène sourit avant de détourner la conversation afin de lui faire oublier sa question, technique apprise en cours de communication.

- Je veux postuler pour être entraîneuse, indiqua Marlène.

Nicolas ouvrit et ferma plusieurs fois la bouche puis il hocha la tête.

- Ce poste-là t’ira comme un gant ! assura-t-il avant d’exploser de rire. Sauf que maintenant, tout le monde le veut !

Marlène haussa les épaules.

- Vu ta notoriété, tu l’obtiendras, comprit Nicolas.

- Je voudrais voir Lycronus, annonça Marlène.

- En théorie, ce n’est pas compliqué, indiqua Nicolas.

Marlène leva un sourcil interrogateur.

- Lycronus est détenu, ici, en Amérique. Les lois de ce pays obligent à fixer une caution. Afin de l’empêcher de sortir, elle a été fixée à cent milliards de dollars, payables en um.

Marlène sourit tandis que Nicolas terminait :

- Une somme insurmontable pour tout le monde… sauf Marlène Norris.

La néomage se redressa avant de grimacer de douleur. Nicolas, d’une main ferme sur le torse, la remit en place.

- Pas bouger ! ordonna-t-il sèchement. Je vais aller me renseigner sur la manière de payer une caution et comment t’obtenir un fauteuil roulant. En attendant, tu restes couchée et tu te reposes !

- Oui, chef, répondit Marlène tout en soupirant d’aise.

Il s’en chargeait. Elle se sentait soulagée. Elle avait tellement mal ! Et la fatigue… incommensurable. Ses yeux se fermèrent tout seul.

Une vibration la sortit de ses songes agités. Elle attrapa son téléphone et décrocha.

- Humf ? bougonna-t-elle, les cordes vocales douloureuses et la langue pâteuse.

- Marlène ! s’écria une voix au ton soulagé. Personne n’acceptait de me donner de tes nouvelles. J’ai vu la conférence de presse.

- Tout le monde l’a vue, Amanda, répliqua Marlène. C’était le but.

- Certes, accepta l’italienne. Tu as eu tellement de courage et je me sens honteuse.

Marlène n’eut pas la force de répondre. Mettant le haut parleur, elle ferma les yeux pour se reposer tout en discutant. Ses bras reposèrent lourdement sur le matelas de l’hôpital. Ils semblaient être en plomb.

- Je n’ai jamais cru aux dires sur monsieur Stoffer mais je n’ai rien fait, rien dit. Je n’ignorais pas les manières atroces de ce connard de Gilain mais je me suis tu. Toi, tu as osé. Tu as parlé. Tu as accusé. Je t’admire tellement ! Que s’est-il passé après que les images aient été coupées ?

- Où te trouves-tu ? demanda Marlène, la douleur ne l’empêchant pas de se rappeler de se méfier des oreilles indiscrètes.

L’hôpital militaire où elle se trouvait était très sécurisé. Elle ressentait les protections l’entourant, la traversant.

- Dans la chambre de Miraël aux arènes italiennes, indiqua Amanda.

- C’est toujours ton petit-ami ? la titilla Marlène.

L’inverse l’aurait peiné.

- Non, répondit Amanda. Maintenant, c’est mon fiancé. Il m’a demandée en mariage hier. Ce qui t’est arrivé lui a fait prendre conscience qu’il faut profiter des gens qu’on aime tant qu’ils sont toujours là. Tu m’en veux ?

- Pas le moins du monde, assura Marlène en esquissant un sourire. Ce que Miraël a fait… ce que j’ai fait en retour… tout ça s’est passé dans une arène de PBM, en demi-finale de coupe du monde… tout ça restera dans l’arène.

- Il est à côté de moi, précisa Amanda. Tu es sur haut parleur. Il t’entend.

- Tant mieux, répondit Marlène. Je vous souhaite tout le bonheur possible.

- Tu veux bien être mon témoin de mariage ? demanda Amanda.

- Avec grand plaisir, assura Marlène en gardant pour elle le « si j’arrive un jour à remarcher ».

S’imaginer faire quelques pas lui arrachait des grimaces de déplaisir. Elle souffrait tellement. Chaque muscle tirait. Chaque organe pulsait. Elle rêvait d’un bon mois de sommeil.

- Tu faisais quoi dans l’arène contre les américains ? intervint Miraël.

- Petit malin, s’amusa Marlène. Bien tenté.

- Il fallait que j’essaye, répliqua Miraël, le ton léger et insouciant.

- Ce n’est pas gentil de profiter de mon état de faiblesse, répliqua Marlène.

- Faiblesse ? Comment ça ? s’inquiéta Amanda.

Marlène fronça les sourcils. L’image avait été coupée avant l’attaque de Gilain. Ils ne savaient pas. Marlène ne put retenir ses larmes ni ses sanglots.

- Marlène ? s’étrangla Amanda.

- Tu es en communication avec qui ? interrogea Nicolas en réapparaissant.

- Ma meilleure amie, Amanda Monty, indiqua Marlène. Tu te souviens ? Tu l’as amenée dans les vestiaires italiens.

- La fiancée de Miraël, comprit Nicolas.

Il est au courant, s’étonna Marlène avant de supposer que les journalistes avaient dû s’emparer d’un sujet aussi croustillant et le diffuser sur toutes les ondes.

- Madame Monty, pardonnez-moi d’intervenir dans votre conversation avec Marlène mais elle a besoin de se reposer, lança Nicolas vers le combiné.

- Se reposer ? Où est-elle ? Que se passe-t-il ? s’inquiéta Amanda.

- Je vais devoir couper la communication. Pardonnez-moi pour mon impolitesse mais je fais cela pour protéger Marlène. Elle a besoin de dormir.

Amanda répondit quelque chose, des mots auxquels l’esprit de Marlène ne parvint pas à donner du sens. Elle s’enfonça dans le néant, perdant connaissance.

Elle s’éveilla reposée. Ses bras et ses jambes flottaient sur du coton. Son torse restait transpercé de milliers d’aiguilles de feu. Elle parvint à sourire à Nicolas qui se tenait à son chevet.

- Tu n’as pas à me surveiller, souffla-t-elle bien qu’emplie de reconnaissance. Tu ne me dois rien.

- Si, grogna Nicolas. Si je m’étais concentré sur ma brique élémentaire au lieu de chercher la gloire…

- Tu n’aurais pas été à mes côtés et je serais morte, rétorqua Marlène.

Nicolas lui envoya un regard complice.

- Ta demande a été acceptée… probablement parce que monsieur Stoffer se trouve à moins de trois cents mètres d’ici. La prison centrale se trouve de l’autre côté de la cour. Difficile de dire si tu es ici pour ta sécurité ou si tu y es retenue contre ton gré.

- Je ne peux pas bouger, de toute façon.

- Sens-tu une amélioration ?

- Mes bras et mes jambes ne sont plus douloureux mais j’ai l’impression qu’ils sont en coton.

- Je transmettrai aux guérisseurs, promit Nicolas.

Deux femmes policiers entrèrent, l’une d’elles poussant un fauteuil roulant. Nicolas porta Marlène dedans. Il se chargea de la déplacer, escorté par les deux femmes. Marlène apprécia l’air frais et la chaleur du soleil sur sa peau. Elle dut sombrer car elle se trouvait à l’intérieur lorsqu’elle ouvrit de nouveaux les yeux.

- Excuse-moi de t’avoir réveillée mais c’est notre tour, indiqua Nicolas.

- Pas de souci, assura Marlène qui ne se souvenait pas s’être endormie.

Cela ne l’étonna cependant pas. Elle avait l’impression que son corps pourrait dormir des siècles si elle le laissait faire. Nicolas poussa le fauteuil jusqu’au bureau adéquat.

Le policier, un homme à l’air sévère derrière des lunettes en demi-cercle, leva les yeux vers Marlène avant de lancer une tirade en anglais.

- Je ne parle pas anglais, indiqua Marlène.

Il acquiesça. Une vibration dans l’air indiqua qu’il utilisait sa magie personnelle pour permettre une traduction directe.

- Vous souhaitez payer la caution de monsieur Lycronus Stoffer ? interrogea le policier dans un français parfait.

Il n’avait pas demandé la langue à sélectionner. Nul doute qu’il savait très bien qui se trouvait devant lui : la joueuse de PBM des Tuniques Rouges qui avait botté le cul à leur équipe nationale.

- Oui, monsieur, confirma Marlène.

- Vous comprenez que si monsieur Stoffer cherche à se soustraire à la justice, nous garderons le montant.

- Lycronus s’est rendu. Pourquoi fuirais-tu ?

Le policier haussa les épaules. Il ouvrit un tiroir dont il sortit un bracelet de transfert. Marlène observa la main tendue du policier vers elle. Sa voix lui échappa. Elle ne put que fondre en larmes.

- Qu’y a-t-il ? demanda le policier.

- Auriez-vous autre chose qu’un bracelet ? demanda Nicolas.

- Non, le contra le policier. C’est la procédure. Le bracelet ne vous fera aucun mal, madame Norris. Ce n’est qu’un bracelet de transfert. Il fait le lien entre vos réserves et les nôtres. Il est passif et ne prend que ce que vous lui donnez.

- Elle le sait, assura Nicolas. Elle ne pourra pas passer ça. En es-tu capable, pour lui ?

Marlène secoua négativement la tête, le visage trempé de larmes. La cave sombre… « Miss stupide »… La douleur… Même pour Lycronus, elle ne pourrait pas. Plus jamais.

- Je vais le faire, proposa Nicolas en passant le bracelet.

- Vous possédez une telle somme ? s’étonna le policier.

Nicolas se tourna vers Marlène qui ouvrait des yeux ahuris. Ses larmes se tarirent tandis qu’elle souriait bêtement.

- Tu ferais cela ? murmura-t-elle, reconnaissante.

- Attendez ! dit le policier. Madame Norris, vous n’allez quand même pas donner cent milliards d’um à monsieur Patriol en échange de sa simple promesse qu’il va nous les transférer !

Marlène activa l’envoi. Le policier resta bouche bée devant son écran indiquant le transfert, jusqu’à atteindre la somme requise.

- Ça, c’est de la confiance, marmonna-t-il.

Il tamponna et signa un document que Marlène parapha à son tour.

- Vous pouvez retourner dans la salle principale, annonça le policier tandis que Nicolas pliait le document avant de le ranger. Monsieur Stoffer va vous y rejoindre. Rappelez-vous qu’il ne doit pas quitter l’état de New York.

Marlène hocha la tête. Elle retrouva la salle principale, lieu de passage de nombreuses personnes. Elle observa partout autour d’elle, luttant contre le sommeil.

- Tu n’étais pas restée éveillée autant depuis longtemps, remarqua Nicolas.

- Je ne veux pas rater son arrivée, précisa Marlène.

- Tu veux que je mette la télévision ? proposa Nicolas en désignant l’écran non loin.

Marlène acquiesça. Elle sursauta en reconnaissant le visage sur l’écran.

- Maman ?

- Ma fille a toujours été douée ! Dès petite déjà ! Pleine d’imagination et d’inventivité, disait Henriette devant les journalistes.

Marlène reconnut le jardin derrière la maison.

- Ta mère semble adorer cette soudaine notoriété. Elle gère les journalistes de main de maître, indiqua Nicolas.

- Ah bon ? s’étonna Marlène.

- Pour une non magicienne, elle connaît sacrément bien le PBM !

Marlène explosa de rire. Pas étonnant, avec tous les articles qu’elle lisait sur le sujet. Rien qui concernait le PBM ne lui échappait.

- Madame Norris, selon vous, comment votre fille a-t-elle réussi l’exploit de vaincre les Black Star ? demanda le journaliste.

- À ma connaissance, ma fille n’était pas seule dans l’arène new-yorkaise, rétorqua Henriette. Séverine Carmin et Anaëlle Mariel ont été brillantes. Antoine Pabary a su monter un bouclier exceptionnel.

- Certes, mais que faisaient Peter Fucci et votre fille ? Ils semblaient ne servir à rien. À quoi bon faire entrer des joueurs sur le terrain s’ils restent les bras ballants ?

- Les raisons peuvent être nombreuses. D’abord, ce n’est pas parce que vous avez la sensation qu’ils ne faisaient rien que c’était le cas. Ensuite, peut-être servaient-ils de diversion ? Les Black Star devaient se poser la même question. Peut-être cela a-t-il contribué à les déstabiliser.

- Elle s’en sort carrément bien ! admira Marlène, épatée. J’aurais aimé qu’on me pose ces questions-là.

- Ce Gilain orchestrait tout, si j’ai bien compris, maugréa Nicolas.

Marlène baissa les yeux. Il était mort. Elle espéra que son décès permettrait de passer à autre chose, d’avancer. Marlène se tourna vers la porte close, espérant à chaque instant la voir s’ouvrir, dévoilant Lycronus.

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