Marlène leva les yeux au ciel en entendant la sonnette retentir. Sans même détourner son regard de l’écran, elle se contenta de hausser les épaules.
- Ils s’en occuperont, marmonna-t-elle pour elle-même avant d’appuyer frénétiquement sur les boutons de sa manette.
En bas, des bruits de pas et des voix retentirent, mais Marlène n’y prêta aucune attention.
- Allez, c’est moi la boss ici ! s’exclama-t-elle en esquissant un sourire satisfait.
Elle ignora le bruit de pas en bas, trop occupée à planifier sa prochaine attaque. La tension monta : le boss final apparaissait. Tout le reste disparut de son esprit. Même lorsque Henriette, sa mère, l’appela, elle laissa passer quelques secondes, exaspérée.
- Mais qu’est-ce qu’ils veulent encore ? souffla Marlène. J’arrive ! hurla-t-elle, en mettant avec irritation le jeu sur pause.
En arrivant dans le salon, elle faillit trébucher en découvrant un inconnu. Son regard se posa sur les coutures impeccables de son costume. Ce gars-là n’avait rien à faire ici. Elle plissa les yeux. Ils se sont fait avoir, pensa-t-elle, un sourire en coin. Ou alors, c’est lui qui n’a pas compris qu’il n’avait rien à espérer d’eux. Aucun commercial un peu intelligent n’irait se perdre au milieu de cette zone résidentielle pauvre de banlieue parisienne.
Henriette papillonnait des yeux, une mèche de cheveux mal attachée s’échappant de son chignon. Marlène roula des yeux. Ridicule, pensa-t-elle. Marlène étudia les intentions de l’homme, se demandant ce qu’il voulait et surtout, combien de temps il allait rester.
Marlène sentit une tension lui nouer la gorge tandis qu’elle fixait l’homme. Ses paupières se plissèrent instinctivement, et ses sourcils se rapprochèrent en une expression méfiante.
L’intrus proposait un visage bien structuré, avec une mâchoire carrée et des pommettes hautes. Il affichait un regard lumineux transperçant sous des cheveux courts poivre et sel. Ses sourcils épais bien dessinés renforçaient son expression que Marlène ne parvint à déchiffrer : bonheur, angoisse, euphorie contenue, stress. Qui pouvait-il bien être ? Que voulait-il ?
Rien dans son attitude ne le désignait comme malveillant, bien au contraire. Sa silhouette athlétique sans muscle excessif sur un port droit inspirait confiance. Henriette dévorait des yeux cet homme à la peau hâlée, à l’apparence parfaite vu son âge.
Henriette proposa le canapé mais l’homme refusa d’un geste poli. Marlène comprit que cet échange n’était pas le premier.
Henriette, nerveuse, se précipita vers la cuisine, sa jupe plissée s’envolant derrière elle tandis qu’elle remettait en place une boucle mal peignée.
- Peut-être un café, alors ? lança-t-elle depuis l’autre pièce.
Sa voix tremblait. Maître Gilain se contenta d’un sourire poli en levant la main en signe de refus.
- Laisse-le ! s’agaça Didier, le père de Marlène. Il a déjà dit qu’il ne voulait rien.
Marlène l’observa du coin de l’œil. Comme toujours, il grognait mais n’agirait pas. Henriette réapparut, le visage honteux.
- Monsieur Gilain, voici… commença Henriette en papillonnant des yeux comme une adolescente.
- Maître Gilain, se présenta l’homme lui-même en tendant la main vers Marlène. Je suis ravi de faire ta connaissance.
Il lui tendit une main manucurée portant une montre rutilante. Marlène serra la main, tout en se demandant s’il allait rester longtemps. Elle ne rêvait que de remonter à l’étage pour finir sa partie. Ses parents venaient-ils de se faire embobiner par un commercial ? Marlène fronça les sourcils. Ils étaient si naïfs et faciles à berner. Cela ne l’étonnerait pas. Elle se promit de se montrer prudente.
- Maître Gilain est magicien ! s’extasia Henriette, un sourire béat aux lèvres.
Marlène plissa les paupières et détailla l’intrus. Magicien ? Rien dans son allure ne l’aurait laissé deviner. En même temps, ce n’était pas marqué sur leur front. Cela dit, c’était étrange qu’il se dévoile aussi facilement. La plupart des magiciens préféraient garder ça pour eux. Ce n’était pas une honte, non, mais ça relevait du personnel, comme les préférences sexuelles ou le solde bancaire.
À sa connaissance, Marlène n’en avait jamais croisé, bien qu’elle soupçonnât qu’une caissière ou un livreur, au hasard, ait pu en être un. La plupart des magiciens n’étaient pas très puissants et vivaient comme tout le monde. Mais les grands magiciens, eux, c’était autre chose. Ils vivaient isolés, accomplissaient des miracles... enfin, c’était ce qu’elle supposait. En vérité, elle ne s’y était jamais vraiment intéressée.
Henriette balançait son poids d’un pied sur l’autre, ses joues rosies. Didier, lui, secouait la tête.
Marlène reporta son attention sur l’homme, mal à l’aise sous son regard perçant. Pourquoi la fixait-il comme ça ? Ses yeux clairs semblaient chercher quelque chose en elle, quelque chose qu’elle ignorait avoir. Elle détourna le regard.
Que peut-il bien me vouloir, celui-là ? pensa-t-elle en le détaillant à nouveau. Tout en lui transpirait la richesse et l’assurance, de sa montre rutilante à son costume impeccable. Ce n’était sûrement pas un magicien ordinaire.
- Je suis le directeur de l’école du Mistral, indiqua maître Gilain d’un ton posé. C’est une école privée, la meilleure au monde.
Prétentieux, pensa Marlène en haussant un sourcil.
- Nous avons vérifié, précisa Didier, papa poule toujours prêt à se sacrifier pour son unique progéniture. C’est vrai. Que des commentaires élogieux. Les meilleurs magiciens sortent de son école.
- Et alors ? Ça me regarde en quoi ? répliqua Marlène en croisant les bras, un sourire narquois au coin des lèvres.
Que son école de magie soit exceptionnelle, grand bien lui fasse ! Marlène s’en fichait. Sa console l’appelait. Elle pouvait presque entendre le bruit du boss final attendant qu’elle revienne. Ne pourrait-on pas en finir ?
- Tu es magicienne ! hurla Henriette en battant des mains comme une enfant découvrant un feu d’artifice.
Marlène la fixa un instant avant de détourner les yeux, gênée. Ses joues chauffèrent. Pourquoi maman devait-elle toujours en faire trop ? Elle planta son regard dans celui de Maître Gilain, espérant qu’il mette fin à cette mascarade.
- Néomage, précisa maître Gilain en articulant avec soin.
Ridicule, pensa Marlène. Personne n’a jamais été magicien dans la famille.
Elle avait déjà entendu ce mot, néomage, aux infos. Des histoires qui faisaient la une pendant des jours. Ces magiciens improbables, surgissant de nulle part dans des familles sans aucune magie. Rares, très rares, une, parfois deux fois par an, sans plus, mais à chaque fois, ils devenaient le centre d’une frénésie médiatique.
Marlène frémit. Elle détestait cette idée. Elle, sous le feu des caméras, entourée de fans avides ? Elle secoua la tête. Impossible.
– Vous vous êtes trompé, lâcha-t-elle. Je ne suis pas magicienne.
Ses parents ne semblaient pas partager son scepticisme. Henriette s’agitait, prête à bondir. Didier, en retrait, fronçait les sourcils comme s’il analysait encore les propos du magicien. Et Maître Gilain... Il continuait de la fixer, un sourire presque imperceptible sur les lèvres.
Marlène détourna les yeux. Elle n’avait rien fait de magique dans sa vie. Ni objet qui vole, ni tante gonflée comme un ballon, aussi chiante soit-elle. Elle aimait sa vie normale et comptait bien la garder.
- Si j’étais une néomage, il y aurait des milliers de journalistes devant la porte, répliqua Marlène, bien décidée à avoir le dernier mot.
Un regard rapide dehors lui dévoila la rue vide et calme, en dehors d’un groupe de jeunes fumant des joints sur un muret, à côté de poubelles malodorantes.
- Le CIM protège les néomages.
- Le quoi ? grogna Marlène, exaspérée que son interlocuteur utilise un sigle, manière qu’elle estimait être l’apanage de ceux voulant se faire plus grand qu’ils ne sont.
- Centre International Magique, expliqua volontiers maître Gilain sans s’offusquer du ton méprisant pris par l’adolescente. J’ai sécurisé la maison une fois entré et j’ai évité de me téléporter directement dans le salon. Ma venue est passée inaperçue. Tu disposes encore de quelques semaines de tranquillité.
Semaines ? pensa Marlène en blêmissant. Elle sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale. Son regard se posa instinctivement sur l’escalier, comme une échappatoire.
- Nous pourrons élaborer un subterfuge, reprit Maître Gilain d’un ton toujours mesuré. Je peux faire modifier ton dossier et te faire passer pour une magicienne de fortune. Cela te laissera un peu de répit.
- Magicienne de fortune ? intervint Didier, ses sourcils se fronçant.
Inutile de compter sur Henriette. Elle se pâmait devant le bellâtre. Pour une fois, elle était presque reconnaissante à son père de poser une question pertinente. Presque… Elle sentait la colère monter en elle et ne savait pas combien de temps elle la contiendrait. Marlène ouvrit la bouche, prête à déverser une nouvelle tirade, mais quelque chose dans le regard perçant de Maître Gilain la fit hésiter. Ses poings se serrèrent, son cœur battait plus vite.
- La magie s’étiole, même dans les meilleures lignées, expliqua maître Gilain d’un ton un peu condescendant. Elle finit par disparaître mais parfois, alors qu’on la croyait perdue, elle reparaît dans un descendant dont les parents n’ont aucun don. Ils sont nommés magicien de fortune car n’ont que peu de pouvoirs.
Marlène ouvrit la bouche, prête à répondre, mais Didier la devança :
- Faites ce qu’il faut pour que Marlène soit épargnée et qu’elle puisse suivre sa scolarité sereinement, annonça Didier.
Marlène sentit une bouffée de colère lui brûler la gorge. Une décision prise sans même la consulter, comme si elle n’existait pas. Ses mains tremblèrent un instant avant de se crisper en poings serrés. Elle inspira profondément, prête à se révolter. Mais le regard calme et inébranlable de Maître Gilain l’arrêta net. Son père avait peut-être raison… Marlène serra les dents. Cela n’apaisait en rien sa colère.
- Vous êtes le directeur d’une école privée, reprit Didier après une pause.
– En effet, confirma Maître Gilain avec un mince sourire.
Marlène leva les yeux au ciel. Bravo, papa. Tu veux une médaille pour ta perspicacité ?
- Cela signifie qu’elle est payante, termina Didier d’un ton prudent.
Maître Gilain hocha la tête avec une élégance froide, comme si le détail des frais était insignifiant.
Marlène sentit son estomac se nouer. Elle baissa les yeux, une pensée amère lui traversant l’esprit. Ce type avait fait tout ce chemin… pour rien. Il aurait dû remarquer leur vieille télé bancale ou les meubles usés du salon. Tout ici criait leur manque de moyens. Ses parents ne pourraient jamais payer une école de ce calibre.
- Nous n’avons pas de quoi payer, maugréa Didier, croisant les bras comme s’il espérait fermer la discussion d’un geste.
- Votre fille remboursera les frais une fois sa scolarité dans mon établissement achevée, indiqua maître Gilain avec une assurance implacable.
Marlène sentit sa gorge se nouer. C’était donc ça, le deal ? Une dette à vie en échange d’une éducation magique dont elle ne voulait même pas ?
- Elle jouera au PBM, lança Henriette, les yeux brillants d’excitation.
Super, maman. Merci pour ton intervention inutile et mal venue, pensa Marlène en roulant des yeux. L’agacement la fit tapoter du pied.
Malgré son irritation, la remarque de sa mère fit son chemin dans son esprit. Jouer au PBM… Elle ? Marlène fronça les sourcils, piquée par une étrange curiosité. Elle tourna un regard distrait vers le magazine posé sur la table basse, dont la couverture montrait Nicolas Patriol, capitaine des Tuniques Rouges, l’équipe de France de PBM. Son sourire était éblouissant. Ses cheveux bruns flottaient sur sa tête. Ses yeux marrons semblaient prêts à dévorer le monde. Sa mère collectionnait ces articles, fascinée par ce néomage devenu une légende vivante.
Marlène se mordilla l’intérieur de la joue. Elle n’avait jamais envisagé une vie sous les projecteurs, encore moins une carrière dans ce sport réservé aux magiciens. Mais maintenant que l’idée était là… Elle ferma les yeux une seconde, imaginant ce que ce serait de maîtriser des pouvoirs incroyables, d’entendre des foules scander son nom. Elle secoua la tête. Non, c’était absurde. Elle n’était pas magicienne. Rien en elle ne criait "pouvoirs extraordinaires". Tout ça, c’était du vent.
- Ou pas, répliqua maître Gilain d’un ton tranchant.
Le silence tomba dans la pièce. Henriette se figea, comme si le magicien venait de lui asséner une gifle. Didier fronça les sourcils, mal à l’aise.
- Ce que Marlène fera de ses pouvoirs la regarde, siffla maître Gilain d’un ton glacial.
Marlène sentit un frisson parcourir son échine. Elle aurait presque sauté au cou du magicien pour ce soutien inattendu… si seulement son regard n’était pas aussi froid, aussi calculateur. Elle détourna les yeux, mal à l’aise.
- Je refuse que ma fille se retrouve à devoir payer toute sa vie, gronda Didier.
Marlène soupira. Encore une fois, son père se prenait pour un héros protecteur. Je saisme défendre toute seule, merci.
- Le législateur m’interdit de prendre un centime à mes élèves ou à leurs familles. Le paiement ne peut se faire qu’en um – unité magique, précisa sans attendre maître Gilain d’un sourire amusé vers Marlène.
Marlène sentit son cœur s’accélérer. La magie. Enfin, quelque chose de concret. Mais ce sourire… Il lui donnait envie de lui arracher son masque parfait. Sa suffisance lui donnait envie de le gifler. Son soutien face à ses parents la touchait au point de vouloir l’enlacer.
- Et si vous vous trompez et que Marlène n’est pas magicienne ? siffla Didier.
- Pourquoi remettre en question ce miracle ? s’exclama Henriette, outrée.
- Je ne recevrai jamais remboursement des frais engagés, indiqua maître Gilain sans accorder la moindre attention à la mère de famille. C’est à moi d’apporter le meilleur enseignement possible à Marlène pour m’assurer que je sois payé en unité magique.
Il marqua une pause et se tourna vers Marlène, comme pour lui parler directement.
- Vous pouvez bien sûr envoyer Marlène à l’EPMP, Établissement Public Magique de Paris…
Le murmure explicatif vers Marlène fit hérisser les cheveux sur la tête de la jeune femme. Sa condescendance lui retournait l’estomac et en même temps, elle était heureuse qu’il lui définisse les termes.
- Nicolas Patriol a étudié là-bas, indiqua Henriette qui connaissait tous les détails de la vie privée de son idole.
Marlène soupira. Elle s’en fichait du capitaine de l’équipe de France de PBM. Sa mère n’aurait-elle pas pu faire preuve d’un plus de retenue et s’intéresser à sa fille ?
- Génial, murmura Marlène. Maman va encore parler de son idole.
- Mais l’EPMP propose deux heures de magie par semaine, le reste des cours étant des matières classiques – mathématiques, français, anglais, histoire-géographie. Mon école n’enseigne que la magie, à longueur de journée, pour un résultat optimal.
Marlène ne put retenir un sourire. Exclusivement magique ? Enfin une idée brillante dans tout ce fatras.
- C’est vrai, confirma Didier qui pianotait sur son ordinateur. Deux heures de magie par semaine à l’EPMP. Par contre, au Mistral… Ouah ! T’as vu les photos, Marlène ? C’est magnifique !
Marlène ne daigna même pas répondre. Elle se pencha par-dessus l’épaule de son père pour jeter un coup d’œil. Des arbres, de grandes prairies fleuries, des petites maisons en brique se fondant dans la verdure, des terrains de sport…
- Je croyais que vous n’enseigniez que la magie. À quoi bon ces installations sportives ? interrogea Didier, méfiant.
- Le corps et l’esprit travaillent ensemble. Il me semble essentiel de fournir à mes élèves de quoi évacuer leur stress si besoin, indiqua maître Gilain.
Marlène plissa les yeux en entendant son père poser d’autres questions. Comme toujours, il cherchait des problèmes là où il n’y en avait pas.
- Combien y a-t-il d’heures de sport par semaine ? interrogea Henriette d’un ton laissant entendre qu’elle faisait semblant de s’intéresser.
Combien d’heures de sport ? Vraiment, maman ? Marlène roula des yeux. Elle avait honte pour elle.
- Votre question n’a pas de sens, madame Norris, répondit maître Gilain tandis que Didier pianotait sur son ordinateur.
Marlène serra les dents de rage. Personne ne s’intéressait à elle. Elle aurait tout aussi bien pu jouer dans sa chambre. De toute façon, personne ne lui parlait. Les lèvres pincées, elle se força à se taire mais se retenir de hurler devenait difficile. Seule la présence imposante du directeur l’empêchait d’exploser.
- Les élèves du Mistral n’ont pas d’emploi du temps. Ils vont où ils veulent, quand ils veulent, expliqua maître Gilain.
L’indication calma Marlène dans l’instant. Elle se figea, bouche bée. Que venait-il de dire ?
- Ils vont faire du sport quand ça leur chante. Nos installations sont ouvertes jour et nuit, y compris notre arène de PBM.
- Vous possédez une arène privée de PBM ? exulta Henriette.
Maître Gilain confirma d’un geste.
- C’est écrit là ! indiqua Didier en désignant son écran.
- Il a une arène privée de PBM ! cria Henriette en sautillant sur place.
- Et les meilleurs professeurs, poursuivit maître Gilain. Notre professeur d’utilisation d’objets magiques est un ensorceleur. Nous sommes les seuls au monde à fournir de telles prestations.
- Les commentaires sur Internet sont dithyrambiques, annonça Didier.
- Ça veut dire « excellents », traduisit maître Gilain en direction de Marlène.
- Je sais ce que signifie « dithyrambique », cingla Marlène, agacée.
- Tu comprendras aisément que les places sont rares dans mon établissement. La rentrée n’est pas si éloignée. Il faut te décider vite si tu souhaites intégrer mon école, indiqua maître Gilain.
- Je préférerais que nous prenions le temps de… commença Didier.
- Marlène est néomage. C’est à elle de choisir. Vous pouvez donner votre avis, mais rien de plus, le contra maître Gilain.
Marlène esquissa un sourire triomphant. Enfin quelqu’un qui comprenait.
- Elle est mineure, bafouilla Didier, incapable de faire face à un homme aussi charismatique.
- Marlène est assez grande pour prendre une décision la concernant, répliqua maître Gilain d’un ton tranchant, ses yeux perçant Didier comme une lame.
Marlène sentit un frisson de bonheur. Enfin, quelqu’un reconnaissait qu’elle était capable de se gérer seule. Sans attendre, elle saisit le stylo que Maître Gilain lui tendait.
- Il te suffit de signer en bas pour rejoindre mon école, indiqua-t-il. Ma secrétaire t’enverra toutes les indications en temps utiles.
Didier leva une main, hésitant.
- Marlène, tu devrais peut-être… commença Didier.
Trop tard. Marlène avait déjà signé d’une main ferme, traçant son nom avec une fierté presque insolente. Elle tendit les documents à Maître Gilain avec un sourire satisfait. Ce geste, ce choix, c’était tout ce qu’elle voulait : montrer qu’elle contrôlait sa vie, qu’elle était aux commandes. Maître Gilain récupéra les papiers, les plia soigneusement, puis tendit son exemplaire à Marlène qui s’en saisit avec délectation.
- Nous nous reverrons à la rentrée, mademoiselle Norris. Profitez bien de vos vacances et, un conseil : si vous souhaitez éviter les ennuis, ne prononcez pas le mot « néomage » après mon départ.
Il salua les parents médusés sans leur accorder plus d’attention et sortit, le claquement de la porte laissant derrière lui un silence pesant. À travers la fenêtre, Marlène aperçut Maître Gilain s’éloigner dans la rue sombre. Sous la lumière vacillante d’un lampadaire, il ajusta son manteau d’un geste théâtral avant de disparaître dans l’ombre, comme s’il n’avait jamais été là.
- Marlène, murmura Didier, atterré. Tu as signé sans rien savoir de cette école.
- J’en sais assez, répliqua-t-elle. Là-bas, je pourrai développer mes pouvoirs auprès des meilleurs.
Elle allait surtout pouvoir glander, de quoi la ravir !
- Le Mistral est un internat en Italie, annonça Didier.