1 mois plus tard
Sur la petite table bancale de la cuisine, Sélène s’appliquait à écrire un mot d’adieu à sa mère. Cela faisait des jours qu’elle réfléchissait à la formulation la plus appropriée mais en existait-il vraiment une ? Quoiqu’il arrive, sa mère serait furieuse. Elle avait beau avoir souvent honte de ses enfants, elle ne prendrait sûrement pas leur disparition comme une bonne nouvelle.
La jeune fille se décida au final pour ceci :
Ma chère Maman,
J’ai reçu une proposition incroyable de la part de quelqu’un d’important et riche sur l’Archipel. Je ne peux pas t’en dire plus mais j’aurais eu tort de refuser alors je suis partie avec Héliodore vivre cette aventure. Tout ira bien pour nous, ne t’inquiète pas. Héliodore est super content et on va même pouvoir voler à dos de dragon !
Sélène
PS : Pour t’aider à payer le loyer je te fais don de mon trésor. (Tu le trouveras caché sous le plancher de la commode.)
C’était la vérité à quelques arrangements près. Il lui avait semblé plus judicieux d’omettre le fait qu’ils partaient à l’autre bout du monde affronter le danger. Rester vague éviterait des tourments inutiles au sujet de difficultés auxquelles ils n’auraient peut-être même pas à faire face.
Quoi qu’il en soit, elle était certaine d’avoir prit la bonne décision. Elle ne pouvait pas laisser sa mère enfermer éternellement son frère dans la maison sous prétexte que les voisins le regardaient de travers. Ce n’était pas parce qu’il était infirme qu’il n’avait pas le droit à une vie décente !
La jeune fille jeta un coup d’œil au petit garçon. Celui-ci était assis par terre et jouait à faire tourner une toupie, son regard comme hypnotisé par le mouvement circulaire. Sélène s’accroupit devant lui et attrapa la toupie, mettant fin au jeu. Héliodore paru contrarié mais ne réagit pas.
— C’est l’heure de partir, annonça Sélène avec calme. Tu te rappelles de ce que je t’ai dit ? On part tous les deux pour un grand voyage et là on va aller voir notre dragon pour rejoindre Luna sur une autre île. Je vais rester tout le temps avec toi pour que tu n’aies pas peur, d’accord ?
Comme d’habitude, le petit garçon resta silencieux, et elle n’eut aucun moyen de déterminer son niveau de compréhension de la situation. Mais dans le doute, elle préférait tout lui expliquer. Elle rangea donc la toupie à l’intérieur du sac où elle avait rassemblé leurs affaires, serra la main d’Héliodore dans la sienne et quitta définitivement ce qui avait été leur habitation depuis toujours.
Après avoir refermé doucement la porte derrière elle, Sélène jeta un dernier coup d’œil à la maison d’en face, dont elle ne pourrait plus admirer sortir tous les matins la jolie fille de la voisine qu’elle rêvait d’embrasser. Elle ne croiserait plus non plus le garçon qui avait été son amoureux quelques années plus tôt, avant qu’il ne la rejette pour préserver sa réputation auprès des autres enfants qui ne l’appréciaient guère. Finies aussi les matinées à chercher sans succès du travail et les longs après-midi passés à veiller sur son frère ou traîner dans les rues en regrettant d’avoir terminé l’école. La main d’Héliodore serrée dans la sienne, Sélène avançait maintenant pleine d’espoir vers la toute nouvelle vie qui s’offrait à elle.
***
Sur les terres appartenant à sa famille sur l’Île de l’Étoile, assise en tailleur devant la tombe de son père, Luna réfléchissait. Sa sœur installée sur l’herbe à sa droite ne disait pas un mot pour troubler ce moment. C’était leur habitude de se réunir toutes les deux ici chaque année à la même date dans le plus grand silence. Repenser aux moments heureux vécus avec le défunt. Espérer que son âme ait trouvé la paix où qu’elle soit à présent.
Conformément à la tradition, un arbrisseau avait été planté par-dessus le corps enseveli, et il avait bien poussé depuis. Son feuillage verdoyant resplendissait sous la lumière du soleil. Symbole de la renaissance, de la vie qui continue après la mort.
Sur la pierre placée devant, on pouvait lire :
Phébus du Clan de l’Étoile
Éleveur de dragons
1568 - 1603
L’homme était mort neuf ans plus tôt en tombant d’une échelle. Un accident ridicule qui aurait pu être drôle s’il ne lui avait pas été fatal. Luna en avait pleuré pendant des jours. Maintenant, elle se disait simplement qu’elle aurait aimé pouvoir bénéficier encore un peu de ses conseils avisés. Elle était terrifiée à l’idée d’échouer, de faire un erreur et ne pas pouvoir aller au bout de son projet.
La jeune femme jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et ne vit personne. Comme d’habitude, Stella ne viendrait pas. Cela raviva une vieille frustration chez Luna qui en pinça les lèvres. Elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi sa mère se faisait aucun effort à ce sujet. Déjà que depuis des années son comportement lui avait valu d’être surnommée parmi toutes les habitantes de leur île « la Vipère » et « la Sans-cœur », ce n’était pas la peine d’en rajouter. Elle aurait pu au moins un jour par an montrer un minimum de respect à son défunt mari devant ses enfants. Mais non, rien. Elle agissait comme s’il n’avait jamais existé, qu’ils n’avaient pas passés ensemble dix ans de mariage à vivre dans la même maison et à travailler au même endroit. C’était incompréhensible et à cause de cela Luna ne pouvait pas se confier à elle sur ce qui la tracassait, sachant d’avance qu’elle n’obtiendrait pas le soutien espéré.
Cassiopée, percevant son trouble, posa une main réconfortante sur l’épaule de sa jumelle. Celle-ci la remercia du regard, puis elles restèrent encore quelques minutes silencieuses avant de se décider à rentrer.
À l’intérieur de la maison à l’élégante façade, les deux sœurs retrouvèrent leur mère en compagnie d’Œil d’Argent et d’Éole, tout juste arrivés de l’Île du Dragon. Ils se saluèrent et Stella leur proposa avec joie de boire de la molka, comme il était coutume de le faire sur l’Archipel lorsqu’on reçoit des invités.
Ils s’approchèrent donc tous de la longue table sculptée où trônait une corbeille remplie de moks, et les deux hommes s’assirent d’un côté, les jumelles en face, pendant que Stella s’empressait d’apporter des tasses, des filtres, de l’eau chaude et une jolie boîte pleine de feuilles séchées de mokarier. Luna croqua dans un des fruits jaunes en attendant que les feuilles infusent, et un délicieux goût sucré envahit sa langue.
— Tu comptes vraiment t’en aller tout à l’heure ? demanda Cassiopée.
Luna lança un regard un peu inquiet à Œil d’Argent et Éole, espérant qu’ils ne souhaitent pas s’attarder, ignorant qu’elle avait donné rendez-vous à Sélène et son frère le jour même. Heureusement, ils ne semblaient pas avoir changé d’avis, et être prêts à la déposer sur l’Île du Souffle dans la journée. Elle ne pouvait rien faire sans eux puisqu’ils étaient censés rapatrier Natsume sur l’Île du Dragon juste après, pour qu’elle puisse partir en voyage l’esprit tranquille.
Elle répondit avec le plus de calme possible :
— Tu sais bien que je ne peux pas rester éternellement, et je viens quand même de passer un mois entier ici.
Sa sœur eut un sourire triste.
— Je sais mais tes départs sont toujours difficiles, j’ai l’impression que je ne m’y habituerais jamais.
Luna ne su quoi répondre. Elle aussi vivait mal ces séparations, mais elle n’y pouvait rien si son rôle de Marcheuse de Rêve était incompatible avec une vie sédentaire auprès de sa famille. Elle avait choisi cette voie longtemps auparavant, et maintenant c’était trop tard pour revenir en arrière.
Ne laissant pas le silence s’installer, Stella qui s’était assise en bout de table prit à son tour la parole :
— Et donc, ce voyage, tu comptes nous expliquer un peu en quoi il consiste ? C’est le premier que tu fais seule il me semble, c’est donc une nouvelle étape importante de ta vie.
Luna n’osa pas trop regarder sa mère et bu une gorgée brûlante de molka, dont le goût était aussi agréable que l’odeur. Elle pouvait difficilement lui répondre autre chose que la version évasive et un poil mensongère qu’elle avait servit à Œil d’Argent, mais avec encore plus d’imprécisions. Elle craignait que cela ne lui suffise pas et de gâcher leur bonne entente de ces dernières semaines, ce pourquoi elle avait refusé d’aborder le sujet jusque-là.
— Je me rends juste sur le Continent pour aider des amis en difficulté et me rendre sur la tombe de quelqu’un que j’ai connu. J’en aurais sûrement pour quelques mois puis je rentrerai ici.
Elle n’avait jamais voulu parler de sa vie sentimentale à sa mère et ce n’était pas maintenant qu’elle allait commencer. Elle espérait donc que cette dernière n’insisterait pas, poussée par sa curiosité et son désir de tout contrôler, pour connaître l’identité du mort et tout ce qui allait avec.
— Mais puisque ce n’est pas une mission officielle de Marcheur de Rêve, tu peux nous dire ce que tu vas faire précisément, pour une fois ?
— Ce sont encore des histoires de magie, rétorqua Luna de façon un peu sèche. Tu ne comprendrais pas même si je t’expliquais en détail.
Stella fronça les sourcils et croisa les bras, se tenant encore plus droite sur sa chaise que d’habitude. Son corps changeait peu à peu avec la vieillesse, qui imprimait de nouvelles rides sur son visage et lui colorait quelques mèches de cheveux en gris, mais son caractère, lui, restait fidèle à lui-même quoi qu’il arrive.
— Du calme, intervint Cassiopée en reposant sa tasse. Vous ne voulez quand même pas vous quitter sur une dispute ?
Sa mère redressa le menton.
— Et à quoi cela sert-il d’être de la famille d’une Marcheuse de Rêve si on ne peut jamais rien savoir la concernant ?
Alors que Cassiopée cherchait ses mots, ce fût Œil d’Argent qui répondit :
— C’est un grand honneur que vous ne devriez pas prendre si mal. Luna reste avant tout votre fille et vous pouvez continuez de partager des moments ensemble comme vous l’avez fait ce mois-ci.
— En effet, admit-elle à contre-cœur et la tension retomba peu à peu.
Luna restait néanmoins un peu déçue de la tournure qu’avait prit la conversation. Elle ne savait jamais à quoi s’attendre avec sa mère. Tout s’était très bien passé entre elles pendant un mois, mais il en fallait peu pour que les choses dérapent. Il lui semblait que depuis l’enfance elle avait toujours éprouvée à son égard un mélange d’amour, d’admiration et de contrariété. Un peu comme ce que ressentaient les autres habitants de l’Île en réalité, mais avec plus d’amour et moins d’adversité. Pour elle il s’agissait de sa mère après tout, pas d’une simple figure emblématique de sa ville.
— En tout cas cette molka était un délice, commenta Éole. Vos feuilles de mokarier sont de très bonne qualité.
Tout le monde approuva et les tasses vides de chacun témoignaient de leur sincérité.
— Merci, s’adoucit Stella. C’est vrai que je ne les achète pas n’importe où, j’aime disposer de ce qui se fait de mieux.
Luna pouvait confirmer. Elle avait suffisamment vu sa mère s’acharner à essayer d’avoir un élevage de dragons qui fonctionne parfaitement, dans une maison parfaite, en essayant de maintenir l’image d’une famille toute aussi parfaite et en offrant à ses enfants de beaux cadeaux venus des quatre coins de l’Archipel du Dragon pour se racheter après ses frasques avec les hommes de l’Île, le seul véritable point noir chez elle, mais qui était tout sauf négligeable et détruisait tout.
Le résultat en était que toutes les femmes alentour la haïssaient autant qu’elles la jalousaient, surveillaient étroitement leurs maris, incitaient leurs enfants à se méfier des siens et propageaient des ragots suspects à son sujet à travers toute l’Île de l’Étoile, bien qu’elles veillaient également à ce que cela ne parvienne pas aux oreilles du reste de l’Archipel, pour éviter de ternir la réputation du Clan de l’Étoile tout entier.
Mais Stella avait aussi sérieusement compliqué sa relation avec ses filles par la même occasion. En ignorant lequel de ses amants était à l’origine de sa grossesse et refusant au départ de se marier, elle avait rendu délicat leur intégration sociale à leur propre clan et sa tentative de se rattraper en épousant Phébus quelques années plus tard n’avait marché qu’en partie. Ce qui avait pesé dans la décision de sa fille de démarrer sa formation de Marcheuse de Rêve et de passer plus de temps loin de là.
— Et si je vous racontais à quoi jouaient les bébés dragons quand je suis allée les voir tôt ce matin ? proposa Cassiopée. C’était vraiment très drôle !
— Avec plaisir, répondit Œil d’Argent.
La jeune éleveuse de dragons commença donc à raconter avec passion une série d’anecdotes, parfois émouvantes, d’autres hilarantes à propos de ses petits protégés. Cela mit tout le monde de bonne humeur et c’est à regret que le vieil homme finit par annoncer qu’il était temps de partir.
— Merci pour ce bon moment mais on ne va pas pouvoir rester plus longtemps si on veut arriver à destination avant la nuit.
Cassiopée reprit aussitôt son sérieux.
— Oui, bien sûr. Luna, tu veux que je t’aide à préparer tes affaires ?
— Non, c’est bon. Tout est déjà prêt.
La Marcheuse de Rêve alla simplement chercher la petite Amako qui dormait sur un coussin et la glissa à l’intérieur d’un de ses deux sacs, au creux d’une couverture.
Au moment de se quitter devant la maison, l’émotion était forte. Cassiopée ne pu retenir ses larmes en disant au revoir à sa sœur et quand Luna s’approcha de sa mère, celle-ci la prit dans ses bras pour lui glisser quelques mots à l’oreille :
— Bon courage, ma fille. Reviens-nous vite !
Alors qu’elle s’envolait en compagnie d’Œil d’Argent et d’Éole, la jeune femme eu un pincement au cœur en voyant la ville de Claire-Brume rapetisser jusqu’à ne plus être qu’un petit point derrière elle. Elle savait qu’à son retour, plus rien ne serait comme avant.
***
Sélène et Héliodore habitaient dans le quartier le plus pauvre de Volkiar, au sud de la ville. Là où s’entassaient d’étroites maisons aux murs crasseux sur des rues en pentes, le plus à l’écart possible des petits immeubles du centre-ville, avec leurs belles façades et leurs charmantes boutiques aux rez-de-chaussé. Des meilleurs points de vue on pouvait distinguer à l’est, près de la bibliothèque, la haute tour de la Grande Matriarche, et de l’autre côté, le dôme de l’arène de Volkiar. C’était près de cette dernière que les deux fugueurs se rendaient.
Luna avait donné à Sélène de quoi payer un passeur qui les conduiraient sur l’Ile du Souffle, où ils devaient se rejoindre. La jeune fille tourna un peu en rond dans les rues avant de trouver l’adresse. Elle serra fort la main d’Héliodore, prit une grande inspiration et sonna.
La porte s’ouvrit sur un grand barbu qui la dévisagea.
— Vous êtes en retard.
L’homme partit à grandes enjambées vers une petite porte à l’autre bout du bâtiment sans rien dire de plus. Sélène s’empressa donc de refermer derrière eux et d’entraîner son frère à la suite du passeur.
La petite porte donnait sur l’extérieur, où les attendaient deux Souffleurs prêts à partir. L’un deux avait les écailles d’un bleu sombre, et l’autre gris pâle.
— Vous monterez sur celui-ci, annonça le passeur en désignant le dragon bleu.
En s’approchant de lui, Sélène fût un peu impressionnée. Bien sûr, comme tous les habitants de l’Archipel elle avait toute sa vie entendu parler de ces magnifiques créatures et en avait croisé régulièrement, mais sa famille étant trop pauvre pour en posséder un, elle n’avait encore jamais eu l’occasion de voler sur l’un d’entre eux. Son rêve était sur le point de devenir réalité.
Elle approcha sa main du museau de l’animal qui huma son odeur.
— Aller, dépêchez-vous de grimper sur son dos, on n’a pas toute la journée ! J’ai d’autres clients à transporter moi ! l’interrompit le passeur, déjà monté sur son propre Souffleur.
Sélène lui jeta un regard agacé et entreprit d’aider Héliodore à s’installer. Le petit garçon n’était pas rassuré et elle le serra fort contre elle quand le dragon décolla. Elle-même en avait le souffle coupé. La sensation était absolument indescriptible. En jetant un coup d’œil vers le bas, elle constata qu’ils étaient déjà très loin au-dessus de sol, et bientôt il n’y eut même plus rien en dessous d’eux que des nuages, une mer interminable de nuages, constellée par endroit d’îlots rocheux que les dragons esquivaient avec agilité. Son Souffleur savait parfaitement où il allait et elle se laissa guidée avec émerveillement, les yeux grands ouverts. La vue était plus magnifique que tout ce qu’elle aurait pu imaginer.
Quand ils arrivèrent à Pointe-Ciel sur l’Île du Souffle, Sélène avait encore l’impression de rêver. Elle donna la gemme et les pépites que le passeur lui réclamait sans même s’offusquer du prix exorbitant, et partit avec Héliodore se promener sur cette île inconnue.
À un moment elle passa devant un vendeur de sandwichs alléchants et les grognements de son estomac la poussèrent à s’arrêter pour acheter de quoi manger. Elle regarda ce qu’il lui restait de pépites : suffisamment pour un bon repas. Elle examina les différents choix possibles et se décida pour un sandwich avec de la salade, des tomates et une tranche de gadrelle grillée avec de la sauce piquante pour elle, et un autre à la salade et au poulet pour Héliodore. Même si le petit garçon était difficile, elle se disait que comme il n’y avait dans le sien ni sauce ni aliment rouge, il accepterait sûrement de manger sans faire de crise.
Sélène lui tendit le sandwich qu’il observa un instant avant de croquer dedans.
***
À son arrivée à Pointe-Ciel, Luna dû à nouveau passer par l’étape des aux revoirs, cette fois avec Œil d’Argent et Éole.
— Bon voyage en République des Iles, lui dit le Marcheur de Rêve. Ça te fera du bien de revoir tes vieux amis Yara et Darshan. Essayez seulement de ne pas trop faire n’importe quoi tous les trois. On ne prend pas toujours les meilleures décisions sous le coup de la tristesse. N’allez pas provoquer Marou en duel !
— On sera sages, promit Luna, sans aucune intention de l’être.
Elle n’avait cependant pas perdu la tête au point de vouloir se mesurer seule à Marou.
Dès que les deux hommes furent repartis, elle se lança à la recherche de Sélène et de son frère, qu’elle finit par trouver assis sur un banc. Ils ne l’avaient pas encore vue, et elle eut à cet instant un moment de doute. N’était-elle pas en train de faire une terrible erreur en mettant son plan en marche ? Le sourire de la jeune fille à son approche la rassura aussitôt. Il y avait des gens comptaient sur elle, il ne fallait pas qu’elle l’oublie.
— Alors, prêts pour l’aventure ?
— Plus que prêts ! s’enthousiasma Sélène.
Luna sourit à son tour.
— Dans ce cas, rejoignons dès maintenant le Portail qui nous permettra d’accéder au Continent. Surtout restez bien derrière moi et ne faites pas un bruit, je devrais sans problème réussir à nous faire passer la frontière.
Le Portail était constitué de deux parties, l’Astraporte située à Pointe-Ciel sur l’Île du Souffle, et la Terraporte qui se trouvait au cœur d’un village fortifié situé entre les trois royaumes du Continent. C’était un passage magique très pratique pour passer d’un territoire à un autre, mais qui était aussi très surveillé. Seuls les Marcheurs de Rêves possédaient l’autorisation d’y accéder à n’importe quel moment et sans obligation de se justifier. Quand Luna arriva à l’Astraporte, les gardes positionnés devant la reconnurent et s’écartèrent aussitôt en inclinant la tête.
— Bonsoir, Marcheuse de Rêve. Vous avez besoin d’utiliser le Portail ?
Luna salua le garde qui avait parlé.
— Oui, s’il vous plaît. Je dois me rendre quelque temps sur le Continent avec ces jeunes gens, selon le bon vouloir des déesses.
— Passez un agréable voyage dans ce cas.
La Marcheuse de Rêve entraîna Sélène et Héliodore à travers le Portail et ils se retrouvèrent tous les trois à l’autre bout du monde sous une pluie battante.
— Venez, je vais nous trouver un endroit où passer la nuit, assura Luna.