side_navigation keyboard_arrow_up

♪ Peur stellaire ♪

visibility 6
article 3,5k
Par Syanelys

Les marchands d’Esteval traînaient derrière eux une réputation taillée dans les terres lointaines de Tarrys. Plutôt que de percer les secrets des civilisations disparues, ils revendaient ce qu’ils dénichaient sur leurs routes : denrées rares, artefacts improbables, trésors dont personne ne connaissait vraiment l’origine. Leurs étals mêlaient tissus soyeux, bijoux aux formes étranges ou autres objets auréolés de mystère. Leur arrivée à la capitale s’était répandue comme une traînée d’Étoiles filantes.

Leur marché nocturne, dressé dans la pure tradition des fêtes d’autrefois, avait quelque chose d’irréel. Spectacles fascinants, mets aux saveurs insaisissables, créatures paisibles couvertes de soieries chatoyantes… mille curiosités défilaient sous les lanternes vacillantes. Le lieu disparaîtrait au matin, mais pour quelques heures, il offrait une brèche parfaite vers l’ailleurs.

Kayla, Faerya et Lyphan s’y engagèrent, portés par l’odeur des épices et la lumière mouvante des lampions. Kayla, les yeux grands ouverts, se pencha vers ses amis, un sourire flottant au coin des lèvres. Elle partageait des fruits aux teintes d’un coucher de soleil tandis que leurs pas les poussaient d’une ruelle scintillante à l’autre, sans direction, juste happés par la magie du moment.

— Regardez-moi ça, souffla Kayla. Je n’ai jamais vu une place respirer autant de vie !

Elle tournoyait sur elle-même, captivée par les éclats de couleur et les voix qui se mêlaient en un murmure continu. Autour d’eux, les lanternes oscillaient sous une brise tiède, répandant des parfums d’épices et de fruits confits qui flottaient plus qu’ils ne se dissipaient.

Faerya, égale à elle-même, observait les étals avec un calme stratégique. Mains croisées dans le dos, elle évaluait chaque bijou, chaque étoffe. Chaque détail pouvait trahir un secret caché.

— Voyons si quelque chose d’unique se cache ici, dit-elle en fixant une pierre dont les reflets ondulaient d’eux-mêmes. Avec un peu de chance, on repartira avec autre chose qu’un souvenir banal.

Lyphan, lui, se fondait dans l’atmosphère. Les mains dans les poches, un sourire tranquille, il avançait au rythme de la flûte d’un musicien posté à l’ombre d’un stand.

— La meilleure trouvaille, c’est peut-être la soirée en elle-même, souffla-t-il. Certains choses ne s'achètent pas… et elles valent souvent plus que tout le reste.

Le trio s’enfonça plus loin dans le cœur vivant du marché, glissant entre des étals chargés de soies iridescentes et de bijoux aux formes venues d’un autre âge. Ils goûtèrent cette fois un fruit à la chair bleutée, sucrée et acide en même temps. Plus loin, ils s’arrêtèrent devant un artisan qui martelait l’argent avec une précision rituelle, faisant naître des arabesques si fines qu’elles semblaient respirer.

Puis, au détour d’un passage étroit, Kayla s’immobilisa net. Son regard venait de se poser sur une boutique discrète, coincée entre deux échoppes trop bruyantes. Une robe y était drapée autour d’un mannequin de bois usé. Elle captait toute la lumière sans jamais la renvoyer de la même manière. Le tissu vert ondulait légèrement. Ainsi, il suivait une musique que personne n’entendait. Kayla s’avança, fascinée, et effleura la soie dont les reflets rappelaient la teinte de ses propres yeux.

— Magnifique, n’est-ce pas ? murmura une voix derrière elle.

Elle se retourna. Une femme se tenait là, entourée d’une douceur et d’une voix chaleureuse. Ses longs cheveux gris, pareils à des fils d’argent fondus, encadraient un visage paisible. Son regard portait une compréhension entendue. Elle connaissait déjà le futur de cette robe.

— On dit que ces étoffes viennent des terres du Levant, confia-t-elle. Elles porteraient la magie des dunes, tissées par des mains qui ont appris à écouter le vent et le silence. Cette robe… elle respire le même vert que vos yeux.

Kayla hocha la tête, absorbée. Aucune parole n’était nécessaire : le coup de cœur avait déjà scellé son sort.

— Je crois que je n’ai jamais rien vu d’aussi beau, souffla-t-elle.

Non loin, Faerya s’était éclipsée dans l’ombre d’un étal discret, éclairé par des lanternes déjà à moitié éteintes. Un vieil homme au regard tanné par les années y présentait des objets à l’origine introuvable : boîtes gravées de signes oubliés, colliers sertis de pierres au clair éclat, talismans animés d'un souffle imperceptible, souvenirs d’une existence éphémère.

Elle saisit l’un d’eux : un pendentif étrange, entre alchimie et orfèvrerie, dont la pierre centrale pulsait doucement sous ses doigts.

— Combien pour celui-ci ? demanda-t-elle, calme et prête au combat de la négociation.

Pendant ce temps, Lyphan avait déjà conquis un cercle de marchands. Sa voix souple, ses gestes fluides, sa facilité à tisser mensonge et légende… tout cela formait un charme auquel personne ne résistait. Il parlait de mondes effacés, de héros jamais nés, d’histoires qui voyageaient de Tarrys à Tekoya. Les rires fusaient, et même les marchands les plus coriaces semblaient oublier qu’ils étaient venus pour vendre. Lui, n’était pas venu pour les achats non plus, ses regards discrets uniquement dédiés à celle pour l'attention de laquelle il aurait volontiers troqué son assemblée.

Lorsque la nuit gagna en profondeur, les trois amis se retrouvèrent autour d’une table de bois ciselé, au centre d’une placette illuminée par un millier de lanternes flottantes. Le marché bourdonnait toujours d'activité encore autour d’eux, et leur table baignait dans une lumière douce. Kayla, rayonnante, ne cherchait même plus à dissimuler son bonheur.

— Je l’ai trouvée du premier coup ! s’exclama-t-elle, les yeux brillants, touchant sans relâche la robe qu’elle portait sur elle comme un trésor inestimable.

Faerya, accoudée, leva un sourcil avec son éternelle ironie.

— Charmant. La destinée textile, vraiment… Tu es sûre que trois pas plus loin, il n’y avait pas un chef-d’œuvre encore plus vert ?

Ils éclatèrent de rire. Les verres tintèrent. Ils trinquèrent au Kujo, aux retrouvailles, à ce moment suspendu. Au-dessus d’eux, le ciel de Lumisa déroulait ses plus belles Étoiles, sûrement présentes pour bénir leur soirée.

Rien ne semblait pouvoir fissurer cette parenthèse enchantée.

Et pourtant…

Dans cette clarté douce, quelque chose s’était justement fissuré. Des regards glissaient vers eux, discrets. Trop nombreux pour passer inaperçus. Des murmures s’insinuèrent entre leurs rires, apportant une fraîcheur glacée qui fit vaciller l’ambiance.

— Que fait cette Asteria ici… ?

— Elle ne devrait pas se montrer ainsi…

— La pauvre. Elle ne sait même pas.

Un frisson remonta l’échine de Kayla, battant jusqu’à ses tempes. Ses yeux cherchèrent des visages dans la multitude, la tête se levant avec prudence. Le marché, scintillant un instant plus tôt, venait de perdre de ses couleurs. La musique, elle, s’étouffait, couverte par le voile invisible des commentaires désobligés.

— Vous avez entendu ? murmura-t-elle, la voix tendue.

Faerya haussa les épaules, pragmatique.

— Oui. Mais, ici, les gens inventent des mythes plus vite qu’ils boivent du thé épicé. Tu es belle, énigmatique, tu portes LA robe qui te rend divine… Ils brodent, comme toujours.

Lyphan conserva son sourire, léger et faussement naïf.

— Ou alors, on brille un peu trop pour eux, dit-il en riant. Mais, je garde un œil ouvert. Juste au cas où.

Kayla n’y arrivait plus. Son sourire refusait de revenir. Ce n’était pas de la peur, pas réellement. Plutôt un pressentiment profond, un fil invisible qu’on venait de tirer en elle. Elle posa une main sur sa poitrine, sentant son cœur battre trop vite.

— Peut-être que certains me reconnaissent… Et, peut-être que je devrais les reconnaître aussi. Madame Qity disait que seuls les éveillés percevaient ce que les autres ignoraient encore. Et si… ils voyaient quelque chose en moi ?

Faerya releva la tête, soudain plus grave.

— Kayla… Ce n’est peut-être pas anodin, en effet. Si cela te gêne de penser que des inconnus peuvent en savoir plus sur toi, c’est le moment de chercher tes réponses. Ton passé n’est peut-être qu’à quelques pas.

Lyphan se permit de poser une main légère sur son épaule.

— On est avec toi, si tu veux te lancer. Tu n’es pas seule pour cela. Que ces regards annoncent un danger ou une révélation, on te suit ! Peut-être même que cette nuit ouvre quelque chose que les Étoiles n’ont pas encore osé écrire.

Ses mots la rassurèrent. Malgré le trouble encore vif en elle, une douceur s’installa, timide et bien concrète. Ses yeux scrutaient deux personnes qui ne la laissaient jamais indifférente. Ce lien, solide et lumineux dans les ténèbres de son amnésie, n’était pas voué à s’éteindre. Son esprit tremblait encore… mais son cœur, lui, commençait à croire que rien ne pourrait rompre la connexion qui les unissait.

La fête décida alors de redoubler d’intensité et de reprendre là où Kayla pensait qu’elle s’était arrêtée. Les lampions traçaient dans la nuit des rivières de lumière, rendant jaloux le ciel et ses Étoiles moins scintillantes. Les rires, les accords des musiciens ambulants, tout renvoyait à une joie insolente.

Pourtant, autour de leur table, quelque chose continuait de basculer. Les ombres se faisaient plus épaisses. Les regards, plus lourds. L’air lui-même se chargeait. Pour certains, la chaleur festive annonçait un orage qui ne se voyait pas encore, mais qui se sentait déjà dans les os.

C’est alors qu’un vieil homme sortit des ténèbres mouvantes. Sa tunique bleue délavée avait perdu sa couleur avec les années, comme ses yeux, où flottaient des souvenirs qui rendaient son regard errant. Il s’approcha du trio qui l’intriguait quelques mètres plus loin, attiré tel un papillon vers une lueur. Ses lèvres s’ouvrirent, prêtes à formuler sa pensée à voix haute.

Puis, il s’interrompit, figé. Pas par eux. Par quelque chose d’autre. Son regard dériva, chercha, et trouva.

Un chat noir se tenait devant lui. Silencieux. Immobile. Son pelage absorbait la lumière ambiante des lampions. Ses yeux, d’un bleu profond, transpercèrent le vieil homme jusque dans son souffle. Ce chat portait le sceau du sacré. Celui que même les Zascios pouvaient souffler dans les temps révolus.

— Es-tu bien l’ancien Céleste des Elsan ? demanda le vieillard, la voix à peine soufflée.

La question n'avait pas encore cessé d'exister que le chat noir répondit. Sans surprise. Le vieil homme savait que ces êtres pouvaient converser.

— En effet. Je veille sur elle. Une enfant que le monde Astral a tenté d’effacer. Je la protège. Tu sais très bien que même les plus anciennes Étoiles, comme toi, n’ont pas le droit d’interférer ici-bas.

Le marchand sentit le poids de cette vérité l’écraser un peu plus.

— Alors explique-moi… Pourquoi est-elle ici ? Exposée, vulnérable ? Tu sens son aura. Par ailleurs, elle est instable. Et, d'une puissance que même nous avons du mal à soutenir.

Le chat inclina la tête avec lenteur.

— Peu comprennent la totalité de sa destinée. Vous, Étoiles incarnées, cherchez encore à comprendre son existence, sa place parmi les Asteriae. Mais, elle n’y appartient plus.

— Et la laisses-tu répandre cette aura sur Tarrys ? Acceptes-tu que tous la sentent, la remarquent ? Cette fille est dangereuse. Beaucoup trop dangereuse !

Le vieillard tremblait désormais d’une inquiétude sincère. Ce n’était plus un simple témoin : un gardien de l’équilibre lui parlait à travers lui. Et, Kayla… Kayla brillait à peine, mais déjà trop pour ce monde.

— Ce que je permets, répondit le félin, je le permets parce que je n’ai plus droit à l’erreur. Elle doit se souvenir seule. Recommencer son éveil. Retrouver sa Constellation. Ne plus se perdre dans la Voie des Étoiles.

Le vieil homme gronda d’indignation.

— Nous savons toutes qui est Kayla Elsan. Aucune n’a accepté de la reconnaître. Certes, notre rôle est d’observer… mais aucune n’a oublié ce que Nyfia a osé provoquer. L’autre Elsan !

Le chat s’attarda avec sa langue sur sa patte veloutée.

— Nyfia nous a offert une chance contre la fatalité. Que ce soit elle ou cette enfant qui vous dérange, souvenez-vous : nous nous battons pour vous toutes.

— Une malédiction, oui ! Nyfia Elsan a plongé nos deux mondes dans un cauchemar ! Autrefois, nous écrivions les destinées, nous guidions jusqu’à la fin des temps ! Nous rendre aveugles, nous arracher ce rôle primordial… c’est une aberration ! Comme le danger qui habite cette Kayla !

— Alors… qu’est-ce que cela vous fait ?

— Pardon ?

— Que ressentez-vous en goûtant, vous aussi, à ce qui a conduit Nyfia à se révolter ? Cette peur qu’elle a domptée pour retrouver notre Prophétie ? Vous découvrez enfin la peur de l’inconnu. Rien de plus. Personne ne peut prévoir l’avenir qu’elle nous a rendu.

Le vieillard gronda, la voix tremblante.

— L’équilibre entre Tekoya et Tarrys ne tiendra plus longtemps. Le cycle est brisé. La prochaine Guerre sera la dernière. Et, pour quelle raison ? Dis-nous, petit être Astral.

Le chat plissa les yeux.

— Nous étions condamnés. Une extinction totale, écrite depuis des ères. Cet inconnu… nous donne une nouvelle trajectoire. L’espoir. Regardez-la mieux. Regardez ce qui se joue sous vos yeux.

Le vieil homme, bouleversé, posa enfin un regard plus attentif sur Kayla. Puis, sur ses deux compagnons. Des visages qu’il connaissait — ou plutôt, que les Étoiles avaient toutes reconnus. Il inspira brusquement, frappé de plein fouet par ce constat.

— Je… vois… Trois Clans Astraux. Trois qui ne s’étaient jamais unis jusqu’ici.

Le chat s’assit, devenant statue d’ombre.

— Vous resterez libres de juger ce qui viendra. Mais, retenez une dernière chose : nous affrontons la même ennemie. Et, n'insultez plus la mémoire de Nyfia. Elle a payé de son existence la vérité qu’elle cherchait.

Le vieil homme baissa les yeux, humble. Ce qu’il venait d’entendre dépassait les serments de ses sœurs. Il en savait trop, désormais. Et, cette connaissance portait un prix qu’il devrait assumer jusqu’à la fin : la peur.

L’Étoile incarnée ne fut pas surprise de voir une aura fine tournoyer autour du petit chat noir. Quand le félin leva sa patte fraîchement toilettée, l’intensité du marché se suspendit, l’espace d’une respiration. Une onde subtile se propagea, silencieuse. Des filaments d’éther argenté surgirent dans l’air, dansant comme des lucioles perdues entre deux mondes. Ils se rassemblèrent en une rune mouvante, oscillant entre le réel et la magie stellaire.

Une marque mystique s’imprima dans le sol, invisible aux profanes. Le chat souffla dessus, et l’enchantement se déploya. Un voile discret tomba sur Kayla, étouffant son éclat, brouillant son essence, noyant sa lumière dans une brume illusoire. À présent, seuls ceux qui devaient la voir la verraient. Sa soirée, enfin, ne serait plus menacée par les regards accusateurs.

Un peu plus loin, la principale concernée frissonna. Son cœur se serra sans raison, pincé par une mémoire subitement accessible. Elle se retourna par réflexe. Et, ne vit qu’une scène anodine : un vieillard à la barbe blanche, penché, luttant pour caresser le ventre d’un petit chat noir.

Cette vision réveilla un souvenir enfoui. Kayla se frotta les yeux, incertaine. Puis, portée par un élan qui la dépassait :

— Kamye ! Nous sommes ici !

Faerya et Lyphan écarquillèrent les yeux. C’était la première fois qu’ils entendaient Kayla redonner son nom à ce chat qui la suivait partout. Jusqu’ici, il n’avait été qu’une présence discrète, un simple félin trop collant dans son quotidien.

— Le petit matou s’appelle Kamye ? releva Lyphan, intrigué. Ce nom t’est venu comme cela ? Il veut dire quelque chose ?

— Aucune idée ! répondit Kayla avec un rire nerveux. Je n’ai jamais réfléchi. C’est… juste un chat.

— Un chat dont tu retrouves le nom par magie, fit remarquer Faerya. Tu comprends que c’est peut-être un souvenir qui remonte ?

Kayla grogna, plus gênée qu’agacée.

— Vous allez m’applaudir dès que je me souviens d’un fragment de mon passé ? Ma mémoire me fait la guerre, alors laissez-moi savourer cette petite victoire.

L'effervescence du marché d'esteval était à son apogée. La fête tournoyait, braillarde et lumineuse, sans craindre de s’éteindre au matin. Des enfants zigzaguaient entre les étals, les musiciens entraînaient les passants dans des danses improvisées. Sur la table, Kamye s’était allongé de tout son long, ronronnant sous les caresses affectives de Kayla.

La discussion reprit, bien plus légère. Faerya examinait son collier avec suspicion : la pierre refusait obstinément de refléter la lumière, contrairement aux promesses du marchand. Lyphan rejouait ses pérégrinations dans le marché nocturne avec toute la bravoure d’un conteur, mimant chaque réplique comme s’il avait affronté des dragons au lieu de vendeurs audacieux.

Kayla, elle, restait un peu en retrait. Elle souriait, elle écoutait… mais son regard revenait toujours vers Kamye, ou se perdait dans le ciel nocturne.

Lyphan finit par s’en apercevoir. Sa voix s’adoucit.

— Kayla… Il y a quelque chose, non ? Avec ce chat. Pas juste parce qu’il te suit partout. Mais… autre chose.

Elle leva les yeux vers lui, puis vers Kamye. Le félin ouvrit un œil. Il attendait la réponse lui aussi. Kayla inspira, plus émotive qu’elle ne pouvait se l’admettre.

— Il a toujours été là. Même quand j’étais seule, même quand je ne savais plus qui j’étais. Il me retrouvait. Et, quand je le regarde… j’ai l’impression de récupérer un rêve. Ou… une promesse oubliée.

Faerya s’adossa, plus confortablement, pour apaiser la tension montante.

— Ce n’est pas rien, Kayla. Tu ne te souviens presque de rien. Mais, tu connais son nom. Et, tu te sens liée à lui. Ça n’a rien d’un hasard.

Kayla hocha la tête, absorbée par ses propres pensées.

— Je crois… qu’il est temps d’arrêter de fuir ces éclats du passé. Peut-être que je devrais vraiment chercher qui j’étais. Et, pourquoi tout ça me poursuit.

Lyphan prêta son épaule à celle qui cherchait du soutien. Kayla y déposa sa tête, les yeux collés à ce ciel constellé de secrets.

— On chassera ce passé avec toi. On est là. Ce marché, cette nuit… ce n’est sûrement pas un simple détour pour te reconstruire. C’est probablement le premier pas. Et, à trois, on saura ouvrir tous les mystères que Lumisa et ce chat étrange nous envoient.

La nuit tirait enfin sa révérence. Le marché nocturne s’éteignait telle une Étoile rassasiée d’avoir trop brillé. Les lanternes perdaient leur éclat, laissant place à la pâleur du matin. Une brise fraîche glissait sur les pavés, enveloppant les derniers visiteurs d’une douceur, d’une dernière chaleur.

Kayla avançait entre Faerya et Lyphan, portée par une nouvelle sérénité. Les dernières notes d’une flûte s’effilochaient au-dessus des rues de Lumisa, transformant la nuit en souvenir avant même qu’elle ne s’achève.

Plus loin, à la lisière du marché, là où la lumière disparaissait derrière des pans d’ombre plus lourds, Kayla s’arrêta net. Une sensation vive, soudaine, la traversa à l’image d’une décharge.

Elle baissa les yeux vers ses mains.

C'est là qu’elle le vit.

Une étincelle, timide d’abord, naquit au bout de ses doigts. Un éclat translucide, irisé. Puis, sans prévenir, la lumière enfla. Elle pulsa au même rythme que son cœur, que ses émotions. Une lueur qui respirait avec elle.

Ses amis s’arrêtèrent à leur tour.

— Kayla… tes mains, souffla Lyphan, stupéfait.

Elle leva doucement les paumes. C’était magnifique. Et terrifiant.

— Je… je ne comprends pas, murmura-t-elle, la voix aussi diaphane que la clarté en elle.

Faerya s’avança et posa délicatement ses mains derrière celles illuminées de Kayla.

— Ne panique pas. Regarde-la. Cet éclat, c’est toi. Pas une menace. Un rappel.

Lyphan scruta de près ce miracle lumineux, fasciné. L’aura formait des volutes douces, des pétales d’Étoiles qui se détachaient de ses mains pour flotter dans l’air.

— Tiens, et si nous assistions à la renaissance de la vraie Kayla ? Si c’était un aperçu de celle que tu as toujours été ? Une Liseuse des Étoiles… ou plus.

Kayla ferma les yeux. La brillance pénétra son être dans sa totalité Elle n’avait plus peur. Elle sentait la nuit mourante vibrer à travers cette énergie.

— Cette nuit-là devait arriver, dit-elle à voix basse. Peut-être que cette nuit… était une clef. Quelque chose pour me réveiller.

À ses pieds, Kamye l’observait. Dans ses yeux brûlait une autre lueur qu’elle ne vit pas : une inquiétude discrète, lourde de sens. Il comprenait. Il savait ce que cette manifestation annonçait. Il aurait pu intervenir et tout lui révéler. Le chat de la vérité n’en fit rien.

Ce chemin serait uniquement le sien, cette fois.

Les derniers lampions s’éteignirent derrière eux. La ville se refermait, hésitant entre sommeil et éveil. Kayla avança. Un pas. Puis un autre. Et, à chacun d’eux, les Étoiles au-dessus scintillaient un peu plus fort, pour chuchotter son nom entre deux prières.

Kayla domptait sa peur avec plus d’aisance qu’elle ne le pensait. Mais, une question naquit au creux de son cœur. Simple. Obsédante.

— Pourquoi maintenant ?


Commentaires

forum Fond et forme exigeant
Seuls les membres peuvent accéder aux commentaires.