- Elle ne l’a même pas touché ! gronda Rethal. Elle a juste… pincé ses doigts devant elle. Hé, Bintou !
Elle se tourna vers lui.
- Tu ne veux pas me faire la même chose, à moi ?
- J’aimerais bien, mais je ne peux pas. Ton moi intérieur est inaccessible, répondit Bintou.
Devant eux, Mamou gambadait, courant, tournoyant, débordant d’énergie.
- Il n’est pas un peu petit pour un tel traitement ? murmura Aera. Je veux dire… Il a l’air… Enfin… ce n’est pas normal d’agir comme ça. Les enfants sont agités, d’accord, mais là, ça dépasse l’entendement !
Bintou grimaça. Au foyer, les enfants n’arrivaient qu’après l’âge de raison. Mamou n’y était pas encore. Avait-elle eu tort de lui montrer la voie ?
- Comment l’arrêter ? grogna Aera. Comment le fatiguer ?
Bintou connaissait une solution. Elle-même avait choisi la voie de la régénération naturelle parce que manier le shen la vidait de ses forces. Par nécessité, pas par goût.
Elle pensa à Sylenn et Syphry. Eux n’avaient jamais senti leur moi intérieur, et pourtant, ils avaient validé tout le cursus. Leur volonté les avait portés.
Chassant la nostalgie du foyer - à jamais perdu - Bintou se concentra. Si Mamou maniait le shen, cela le fatiguerait. Aera et elle pourraient enfin souffler.
Le problème, c’est qu’elle ignorait comment lui faire ressentir le shen. Une simple démonstration lui avait suffi à l’époque. Elle décida de tenter la même approche.
À partir de ce moment-là, une pierre lévita près de Mamou, juste hors de portée. L’enfant tenta de l’attraper… en vain.
Aucune réaction. Il paraissait indifférent à cet objet défiant les lois de la nature.
Ils poursuivirent leur route. Le soir, ils s’arrêtaient pour laisser les shamans dormir. Bintou en profitait pour enseigner les plantes à Mamou. Il écoutait en souriant, participait au ramassage, au mixage, au broyage, au nettoyage.
Elle aurait pu soutenir les shamans, supprimer leur faim, leur soif, leur fatigue. Mais pour l’avoir subi de la part de son maître, elle savait combien cette sensation était désagréable.
Et puis, elle n’était pas pressée.
Ainsi, elle formait Mamou. L’enfant apprenait vite. Très vite. Au point de dépasser rapidement les deux shamans en connaissance. Rethal ne parvenait pas à maquer la jalousie le rongeant.
- Aera ? Rethal ? Que faites-vous là ? demanda un homme en s’approchant.
Encore un. De l’âge de Rethal. Le regard plus doux. Une mâchoire arrondie. Bintou soupira. Ce genre de rencontre n’avait rien de spontané. Lequel des deux l’avait organisée ?
- Karim ! s’exclama Rethal. En balade ou bien…
- Je ne peux plus rien faire. Il a perdu une jambe. J’ai posé des emplâtres. On verra s’il tient, répondit Karim.
- Mène-moi à lui, demanda Bintou.
- C’est qui, elle ? demanda Karim en la dévisageant.
Rethal écarta la main, agacé. Bintou secoua la tête. Quand ils atteignirent la hutte, l’homme était déjà mort. Rethal se tourna vers elle, le regard lourd.
- Non, je ne peux pas ressusciter les morts, dit-elle.
Mais cette mort-là aurait pu être évitée. Les emplâtres n’avaient pas aggravé les choses, certes, mais ils n’avaient rien sauvé non plus. Avec un meilleur savoir, Karim aurait peut-être pu gagner du temps. Assez pour que Bintou arrive.
Mais elle ne pouvait pas être partout. Si elle voulait empêcher que ça se reproduise, il lui faudrait des soigneurs. Beaucoup de soigneurs.
Son regard glissa vers Mamou, qui grimaçait en observant les emplâtres. Lui aussi constatait leur inutilité. Il ne dit rien. Détourna le regard.
Un doute envahit Bintou. Tout le monde pouvait-il devenir eoshen ? Mamou en avait-il seulement le potentiel ? Et si elle lui faisait miroiter un avenir impossible ?
- La pauvre… Je ne voudrais pas être à sa place.
Bintou se tourna. Une femme venait de parler. Elle suivit son regard et aperçut une adolescente en larmes.
- C’était son père, expliqua la femme en désignant le mort. Sa mère est morte en la mettant au monde. La nouvelle épouse de son père n’a aucun lien avec elle. Maintenant qu’il est mort…
- …elle perdra tout. Elle tombera au rang le plus bas, acheva Bintou.
L’adolescente s’éloigna. Bintou la suivit, attentive à ses pensées, cherchant une faille, un point d’appui. Elle activa le shen. L’assemblage apparut.
Quelques nœuds, déjà. De petites pousses de ronces. Rien d’irrémédiable, pas encore. Mais il faudrait agir vite.
Elle chercha le fil principal. Minuscule. Un fil fragile, à peine visible, émergeant du poumon gauche. Comme ceux de Sylenn et Syphry. Trop ténu pour une intervention brutale. Si elle tentait la force, elle y laisserait la vie. Et cette fois, pas de maître pour la sauver.
À moins que Mamou… Non. Il ne savait toujours pas projeter. Pour l’instant, elle devrait improviser. Dire des phrases absurdes, faire diversion.
Commencer par l’essentiel : l’aider à passer ce cap. Bintou pénétra son esprit avec douceur, se concentrant sur les pensées les plus fortes, les plus urgentes.
« Partir. »
« À quoi bon rester là. »
« Mourir. »
« Rejoindre papa. »
« Personne ne me regrettera. »
Les pensées tournaient en boucle, sombres et collantes.
- Faïza ?
L’adolescente sursauta. Elle se retourna, stupéfaite de ne pas être seule.
- Bonjour. Je m’appelle Bintou. Je suis shaman.
Elle marqua une pause, planta son regard dans le sien.
- Tu voudrais devenir mon apprentie ?
À côté, Mamou en resta bouche bée.
- Le Mtawala va péter un câble, souffla-t-il. Les shamans n’ont droit qu’à un seul apprenti. C’est la règle.
- Je m’en fous, répondit Bintou sans détour.
M’Sumbiji avait besoin de vrais soigneurs. Pas de pseudo-médecins incapables de faire la différence entre une infection et une nécrose. Les eoshen du foyer formaient des groupes entiers, enseignaient en cascade, déléguaient aux élèves les plus avancés. C’était plus rapide, plus efficace. Elle allait faire pareil.
- Shaman ? répéta Faïza, incertaine. Mais… je suis une fille.
- Moi aussi, répondit Bintou avec un demi-sourire.
Silence. Faïza hésitait. Elle ne baissait plus les yeux, mais son visage restait tendu, partagé. Finalement, elle haussa les épaules, bouche pincée.
- Bon… d’accord, je crois.
Bintou grimaça. Pas l’enthousiasme qu’elle espérait. Mais c’était un début. Elle avait besoin qu’elle soit sûre. Bintou choisit de prendre son temps.
- On va rester ici quelque temps, dit-elle.
- Aera et Rethal vont être ravis, lança Mamou avec un large sourire. Une nuit au village, un vrai repas… ils vont pleurer de joie.
Ils rejoignirent le centre du village. Le repas venait de commencer. Bintou et Mamou refusèrent poliment. Aera et Rethal se jetèrent sur la nourriture, ravis d’échapper aux fruits secs et au manioc bouilli sans sel.
- Comment t’es devenue shaman ? demanda Faïza entre deux bouchées de boulettes au mouton.
- J’ai été trouvée par un shaman, répondit Bintou.
Mentir par omission. Dosé avec soin. Juste assez pour construire la confiance, jamais trop.
Les elfes noirs, le foyer, les eoshen, L’Jor… tout devait rester secret.
Elle sentit les regards d’Aera et Rethal glisser vers elle. Ils écoutaient. Curieux. Peut-être méfiants.
Il fallait verrouiller. Elle ferma les yeux un instant, rassembla ses souvenirs liés au foyer, à L’Jor, à lui. Puis les rangea dans un coin de son esprit. Derrière une porte qu’elle imagina massive et rouillée, cadenassée à double tour.
Personne ne devait jamais l’ouvrir.
- Un shaman qui a bien voulu me former, reprit-elle, la gorge un peu serrée.
Ses yeux piquaient.
- Tu aimais beaucoup ton maître, comprit Faïza. Où est-il maintenant ?
Son maître. Le mot glissa sur Bintou. Son maître, il l’était. Pas dans le sens où Faïza utilisait ce terme. Bintou ne la corrigea pas. Qu’elle croit ce qu’elle veut. Cela lui allait très bien.
- Loin.
Le shen s’effaçait. Il s’éloignait encore. « Pour devenir shale, il faut contrôler ses émotions. »avait-il dit.Elle le savait. Mais elle n’y arrivait pas.
- Vous vous êtes fâchés ? tenta Faïza.
- Non. Nos routes se sont séparées. J’ai choisi de rentrer.
- Il n’est pas à M’Sumbiji ?
- Non, répondit-elle, sans en dire davantage.
Faïza n’insista pas. Elle sentait que c’était un territoire interdit.
- C’est le Mtawala qui t’a nommée shaman ?
- Je ne l’ai jamais vu, répondit Bintou. On va justement lui rendre visite.
Elle ajouta, plus doucement :
- Avant de rencontrer mon maître, j’étais protectrice. Comme toi. Et puis… la vie m’a arrachée à ça. À peu près au même moment que toi, je pense.
Faïza cessa de mâcher. Elle la fixait, interdite, troublée par cette étrange résonance.
- Tu me ressembles, dit-elle.
Bintou hocha la tête. Si seulement… Elle espérait bien avoir trouvé une apprentie capable de manipuler le shen.
Cette nuit-là, Bintou prépara deux huiles de massage : l’une pour Faïza, l’autre pour Mamou. Elle savait pourtant qu’elles ne serviraient à rien. Le massage permettait d’entrer en méditation profonde, mais ni Faïza ni Mamou ne savaient s’y abandonner.
Mamou communiquait avec son moi intérieur, pas avec le shen. Et Faïza… n’avait encore accès ni à l’un, ni à l’autre.
En massant, Bintou activait les ancragesce qu’aucun des deux ne possédait. Elle pouvait améliorer un réseau déjà tracé, pas dessiner sur une page blanche.
Mamou, curieux comme toujours, l’inonda de questions toute la nuit. Il s’enthousiasma pour les odeurs, les textures, mais ses sens d’enfant ne captaient pas les nuances subtiles. Cette leçon-là glissa sur lui.
À l’aube, une vieille femme s’approcha de Bintou.
- Bonjour, dit-elle.
- Bonjour, répondit Bintou, heureuse d’être saluée, pour une fois.
- Ma mâchoire me lance. Rethal m’a dit que tu pourrais peut-être faire quelque chose ?
Bintou lui fit signe d’approcher. La bouche était dans un sale état. Bintou projeta. Elle soigna les gencives déchirées, referma les ulcérations, soulagea les racines enflammées. Les dents déjà perdues, en revanche, ne reviendraient jamais. Quand elle eut fini, Bintou était vidée.
- À manger, Mamou… souffla-t-elle, chancelante.
L’enfant bondit. Grâce à lui, elle resta consciente. Une bouchée plus tard, elle respirait à nouveau. La vieille s’approcha, un sourire aux lèvres.
- Merci. Je vais enfin pouvoir remanger du solide !
- De rien, murmura Bintou.
Elle voulait méditer, rassembler ses forces, se refermer. Son corps lui envoyait des signaux clairs : si quelqu’un l’attaquait maintenant, elle n’aurait plus rien pour se défendre. Pas même de quoi refermer une plaie. Elle se sentait à découvert. Fragile.
- C’est vrai que tu as pris Faïza comme apprentie ? demanda la vieille.
- Oui.
- Le Mtawala ne validera jamais ce choix.
- Nous verrons, répondit Bintou en plissant les yeux.
Un silence. Puis la vieille ajouta, plus douce :
- Merci pour elle.
Bintou lui rendit son sourire. La femme s’éloigna. Alors seulement, elle ferma les yeux. Sous la garde de Mamou, de Rethal et d’Aera, elle plongea dans la méditation.
Quand Bintou rouvrit les yeux, ce fut pour recevoir les critiques sèches de Rethal.
- Le Mtawala n’acceptera jamais que tu prennes deux apprentis. Pourquoi donner de faux espoirs à l’un d’eux ? Un enfant, et une femme ? C’est absurde !
Elle resta impassible.
- Et si tu cessais de penser à la place du Mtawala ? gronda Aera.
- Quoi ? s’étrangla Rethal.
- Ferme-la. T’as vu ce qu’elle fait ? Rien ici n’est normal, alors arrête de faire chier.
Rethal, pris de court, recula en ronchonnant.
- On peut repartir ? demanda Aera.
- Pas encore. Faïza ?
La jeune femme tourna les yeux vers elle.
- Je veux être sûre que tu ne me suis pas par défaut. Tu n’as pas l’air convaincue.
Faïza pinça les lèvres.
- Je ne le suis pas. Mais je n’ai plus d’avenir ici…
- Tu en auras toujours un. C’est ta tribu, ton village, ta famille. Tu peux encore y être utile… autrement.
- Justement. Je préfère être utile autrement. Loin d’ici. Cet endroit me brûle. Trop de souvenirs.
- La douleur passe. Le deuil se fait. Partir ne l’effacera pas. Je veux que tu me suives par désir, pas par fuite.
Un silence.
- Je ne te connais pas, dit Faïza. Aucune femme n’a jamais été shaman. Et toi… t’es étrange.
Elle la scruta. Les habits eoshen de Bintou juraient avec le décor.
- Tu dis avoir été protectrice ? Prouve-le.
- Je te le confirme, intervint Aera. J’ai vu son clan, sa mère a…
Bintou leva la main. Faïza ne voulait pas un témoignage, mais une preuve. Elle hocha la tête, se leva et invita la jeune femme à la suivre.
Elles marchèrent à bonne distance du village, jusqu’à un terrain d’entraînement délimité de pierres. Trois protecteurs y enseignaient à de jeunes élèves.
- Tu n’as plus ta place ici, Faïza, dit une femme en la voyant approcher.
- Pourriez-vous nous céder ce terrain quelques instants ? demanda Bintou. Vous pouvez rester et observer. Je vous promets de belles leçons à en tirer.
Les enseignants s’écartèrent, intrigués. Tous avaient entendu parler d’elle. Aucun ne voulait lui barrer la route.
- Prends-en un, dit-elle à Faïza en saisissant un bâton. Touche-moi avec, et tu gagnes.
Faïza esquissa un sourire, pensant à une blague. Mais Bintou restait droite, détendue, le bâton pointé vers le sol.
Faïza attaqua.
Bintou esquiva d’un pas sur le côté. En retour, Faïza reçut un coup sec au mollet. Elle gronda et revint à la charge, pour encaisser un coup à l’épaule. Puis au bras. Le bâton lui échappa. Les hématomes se multipliaient.
- Assez ! lança la protectrice. Faïza, admets ta défaite. Elle te dépasse. Largement.
- Moi, je veux bien essayer, glissa un des protecteurs.
Le dernier enseignant avait disparu. Faïza grogna et jeta son arme, vexée. Bintou sourit.
Elle se revoyait essayer de frapper son maître. Il avait ri. Même aujourd’hui, elle savait qu’elle ne lui arrivait pas à la cheville.
Le souvenir lui fit perdre son accès au shen. Pas grave. Elle n’en avait pas besoin pour combattre.
Le protecteur adulte qui s’empara du bâton la ramena au présent. Elle hocha la tête pour s’annoncer prête. Malgré ses pensées tournées vers lui, et seulement lui, elle se joua de son adversaire. Il admit sa défaite en insultant tout ce qui lui passait par la tête.
- Tu pensais à lui, ton maître ? souffla Faïza à ses côtés.
Bintou se tourna vers elle, surprise. Elle n’était pas télépathe. Pourtant…
- Tu semblais ailleurs, reprit Faïza. T’as même pas capté que tout le village s’est pointé pendant le combat.
Bintou cligna des yeux. Elle ignorait le moment précis de leur arrivée. Elle ne pouvait pas nier avoir l’esprit dans les nuages.
- Ceci dit, une dague et un bâton, c’est pas le même usage, insista Faïza. Tu manges pas, donc ton couteau doit bien te servir à autre chose, non ?
- Couteau ? répéta Bintou, le regard noir.
Une lame elfique réduite à ça ? Faïza haussa les épaules, sans se démonter.
- Pas contre moi. J’ai compris. Contre lui, précisa-t-elle en désignant un homme qui approchait.
Il portait une dague à la ceinture. L’assurance tranquille.
- C’est le meilleur, souffla Faïza, les yeux brillants d’admiration.
- Attention, ironisa Bintou. Tu baves.
- Pas autant que toi quand tu penses à ton maître, répliqua Faïza du tac au tac.
- Couche avec lui avant qu’on parte. Après, tu risques de regretter.
- Déjà fait. Et je compte bien recommencer avant le départ.
- Tu acceptes de me suivre, alors ? Tu es vraiment intéressée ?
- Si tu promets de m’apprendre à me battre, ouais, répondit Faïza.
Bintou hocha la tête. L’accord était scellé. Faïza continua :
- Tu sais… lui aussi coucherait avec toi, si tu demandais. Ton maître est loin, non ? T’as pas à te priver.
Bintou secoua la tête. Elle n’en avait pas envie. Pas avec un autre. Ridicule ? Sans doute. Mais elle lui resterait fidèle. Pour toujours. Même s’il ne lui avait rien demandé. Même s’il l’avait repoussée. Même si rien ne s’était jamais passé.
- Tu devrais arrêter de penser à lui maintenant, glissa Faïza.
Nouveau regard acéré de Bintou.
- Tu vas devoir te concentrer. Lui, ce sera pas simple.
- Si, répliqua Bintou.
Elle attaqua. Feintes, esquives, fausses mises à mort : dague sous la gorge, dans les reins, sur le cœur, sous la nuque. À aucun moment, son adversaire ne réussit à l’approcher. Il ne rompit pas sa bulle. Ne la surprit pas. Ne trouva jamais l’ouverture.
Il finit par abandonner. Le public explosa. Applaudissements, cris, sifflements d’admiration.
Bintou ne sourit pas. Elle ne triomphait pas. Douée ? Non. Elle restait une fourmi face à un géant. Et eux… ils n’avaient vu qu’une ombre de ce qu’elle avait affronté.
- C’est à cause de tes sentiments pour lui que vous vous êtes séparés ? demanda Faïza.
- Non, répondit Bintou.
Silence. Faïza attendit la suite. Mais rien ne vint. Elle finit par grimacer, résignée.
- Merci pour le prêt, dit Bintou à la protectrice chargée de l’enseignement.
- Merci à toi pour cette démonstration, répondit-elle. Impressionnante.
Bintou s’éloigna, suivie de ses apprentis. Quand elle annonça la reprise de la marche, Aera ronchonna, Rethal lâcha un « Pas trop tôt ».
- C’est encore loin ? demanda Bintou.
- Une lune de marche environ, lui apprit Aera.
Bintou hocha la tête. Derrière elle, Faïza serra son baluchon contre elle, jeta un dernier regard au village et partit sans se retourner.