ALEC
J’avais beau plaisanté et faire genre, je suis détaché, j’arrêtais pas de penser à ce que m’avait dit Harry : « chaque fois, elle est éveillée ». Du coup, j’arrivais pas à dormir, aux aguets, chaque bruit était amplifié. J’allais faire une nuit blanche à continuer comme ça, alors je me suis levé pour vérifier.
Elle se trouvait là, exactement comme Harry me l’avait dit. Elena, affalée sur le canapé, plongée dans un bouquin de droit, les cheveux en bataille et le visage marqué par la fatigue. Je l’observais un moment dans l’encadrement de la porte sans qu’elle ne me remarque.
— Eh, tu dors pas, chaton ? Demandais-je la voix plus douce que je ne l’aurais voulu.
Elena releva la tête, visiblement surprise. Elle semblait hésiter sur comment répondre.
— Nan... J'arrive pas à trouver le sommeil mais, j’ai l’habitude alors te gêne pas pour moi et retourne te coucher.
Elle croit vraiment que je vais la laisser comme ça ? Je vais m’asseoir à côté d’elle. Elle ne proteste même pas, c’est vraiment qu’elle doit être à l’ouest.
— Un truc te travaille, ou quoi ?
— Non, rien. Son ton est tranchant, il y a bien un truc qui cloche, mais elle ne veut pas en parler et je ne la forcerait pas. Ça c’est pas mon genre, c’est celui de Harry, et semble-t-il ça ne paie pas plus avec Elena qu’avec moi. Je ne bouge pas pour autant, elle se détend légèrement.
— Tu veux jouer avec moi ? Me demande-t-elle.
— Pourquoi pas ? Mais si je gagne tu m’appelleras maître.
— Dans tes rêves, Alec. Jamais de la vie.
Cette expression me fait marrer et j’ai très envie de la taquiner. Je préfère la voir sourire ou en colère que triste comme elle l’était quand je suis arrivé. Je décide de la taquiner un peu.
— D'autres avant toi m'ont dit la même chose et elles ont finis dans mon lit. Aucune ne s'en est pas plainte.
Elena éclate de rire, j’adore ce son.
— J'ai appris ça aujourd'hui, ouais... J'avoue que je comprends pas, mais bon, chacun ses goûts.
Sérieux ? Je suis un poil vexé. Elena et moi, il n’y a rien et il n’y aura jamais rien, mais ça ne m’empêche pas de pouvoir reconnaître qu’elle est belle.. Elle pourrait en faire autant, je suis sûr que c’est de la mauvaise foi.
— Attends un peu... Je suis irrésistible, c'est juste que j'ai jamais tenté quoi que ce soit avec toi, voilà tout.
— Pour d'autres, peut-être. Moi, je préfère les types... un peu plus virils, tu vois ? Les sales gosses immatures dans ton genre, c'est pas trop mon délire.
Pas son délire… à croire qu’elle se pense capable de me repousser. Aucune fille ne m’a jamais repoussé. Il est temps que je lui rabatte un peu le caquet. Je me pince les lèvres afin d’attirer son attention sur celles-ci. Puis, une fois son regard accroché, je les laisse entrouverte, et je me pense au-dessus d’elle tout en la dévorant des yeux. C’est vrai qu’elle a les formes qu’il faut là où il faut, en tout cas, celles que moi j’aime habituellement. Elle me sourit avec un petit air mutin que je trouverais très excitant si ce n’était pas le sien. Je continue à m’avancer vers elle jusqu’à la faire reculer et s’allonger sur le dos. Positionné à présent entre ses jambes, je retiens tout de même le poids de mon corps en prenant appuis sur un coude. De ma main libre, je caresse son bras et remonte jusqu’à sa mâchoire. Sa peau est douce, presque tentante. Je rapproche mon visage et hume malgré moi son parfum : une composition florale-épicée à laquelle je ne suis pas habituée mais que je trouve enivrante. Je frotte mon nez contre le sien, nos bouches sont si proches l’une de l’autre que nos souffles se mélangent. Lorsque je m’apprête à celer ma victoire d’un baiser chaste sur son nez, elle me surprend en éclatant de rire. Ses joues n’ont pas rosies et je ne décèle aucun trouble dans son regard. Ma fierté en prend un sacré coup, on dirait bien que mon petit jeu ne lui a fait ni chaud ni froid. Elle relève la tête et murmure d’une voix suave à mon oreille.
— C'est pas comme ça qu'il faut s'y prendre, niño. Je vais te montrer...
Elle mordille sa lèvre inférieur, accroche mon regard tout en opérant un très léger déhanché, à peine perceptible. Elle laisse échapper un gémissement ultra sexy qui me fait déglutir. Elle se redresse lentement lascivement, me forçant à reculer, chaque mouvement est délibérément mesuré, sensuel, et éveille malgré moi tous mes sens. Je suis devenu incapable de détacher mes yeux d'elle Mon dos à présent droit dans le canapé, elle m’enjambe avec grâce pour se rasseoir sur moi. Ses deux mains encadre mon visage, elle exerce une pression à l’arrière de ma nuque avec ses doigts agiles tout en pressant un peu plus son bassin contre le mien. Mon souffle s’accélère et je sais qu’elle sent mon entre-jambe particulièrement réceptif aux mouvements sensuels lascifs de son corps. Sa joue se frotte à la mienne et j’ai l’impression que mon corps s’embrase. Je ne suis plus sûr d’être encore en train de jouer, je place mes mains pour saisir ses hanches et accentuer nos mouvements lorsque celle-ci se stop net.
— Échec et mat " niño". Ça, c'est ce que j'appelle séduire...
Elle recule, un sourire victorieux aux lèvres, me laissant totalement désarmé, mon esprit embrouillé par ce petit jeu dangereux. Ce n’est que maintenant que je pense aux conséquences. Et si Harry s’était levé pissé et nous avait surpris, il m’aurait tué. Je lui ai juré pas plus tard qu’aujourd’hui que je ne toucherais jamais à Elena. C’est vrai qu’elle ne m’intéresse pas, pas plus que je ne l’intéresse, mais je ferais mieux de ne pas jouer avec le feu.
Elle se retire et se réinstalle à mes côtés comme si de rien n’était. Je me sens ridicule et un peu à l’étroit dans mon futal, mais j’essaie de la jouer décontracter et surtout faire genre que mon ego ne vient pas de se prendre une claque monumentale. Je lui accorde toutefois la victoire.
— Ok... J'crois que je l'ai bien cherché. Bon, et si on faisait une partie, pour de vrai, cette fois ? Lui proposais-je pour changer de sujet.
— Ça marche.
Elena me bat sans pitié, encore et encore. Finalement frustré, je finis par lever les mains en signe de capitulation.
— Bon, j’ai mon compte pour ce soir. Tu n’as toujours pas sommeil ?
Devant son silence j’ajoute,
— Ça te tente qu’on mette un film ?
Elle accepte avec enthousiasme. On parvient à se mettre d’accord sur un vieux classique dont l'intrigue lente et les dialogues interminables pousseraient n’importe qui dans les bras de Morphée. À ma plus grande surprise, à peine quelques minutes plus tard, je sens Elena s'appuyer contre mon épaule, ses paupières tombent doucement. Sa respiration se fait de plus en plus lente, ses traits se détendent, comme si elle était enfin libérée de ses soucis. Par peur de la réveiller, je n’ose pas trop bouger. J’éteins la télé, glisse mon bras autour d'elle puis fixe un instant son visage endormi. Elle paraît si fragile quand je la tiens ainsi dans mes bras, c’est assez déstabilisant. Elena ne se plaignait jamais mais, ça ne voulait pas dire qu'elle ne souffrait pas. Harry avait sans doute raison, bien que je ne lui dirais pas pour ne pas l’inquiéter, Elena nous cache certainement des choses. Mais qui suis-je pour fouiller dans sa vie privée ? Je ne le ferais pas. Moi-même, je n’ai pas envie que quelqu’un cherche à savoir ce que j’ai dans la tête, je ne lui imposerais pas ça. Mais je serais là pour elle, nous prendrons chacun soin d’elle à nôtre manière. Quelque part je suis heureux moi aussi qu’elle soit de retour et je ferais tout pour prolonger ces moments partagés tous les trois, en famille.