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Chap 10 Que le meilleur gagne

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Par Anna.Lyse

ELENA

Cela fait désormais un bon mois que je me suis installée chez Ales et mon frère. J’ai parfois l’impression que rien n’est jamais arrivée. Les journées passent vite et la présence de Lucas et Suzanne à mes côtés m’aide plus que je n’aurais pu l’imaginer. Je comptais sur Harry bien sûr, c’est pour lui que je suis revenue, mais je ne m’attendais pas au reste. Seul les nuits restent difficiles encore. Il me dit que c’est normal, et qu’avec le temps, la vie reprendra son cours. Moi, j’ai surtout l’impression d’avoir enfoui au plus profond de moi l’horreur et que les monstres ressortent dans le noir. Pour le moment, j’arrive à les tenir derrière le mur, invisibles aux yeux des autres. Je n’ai pas envie qu’ils voient cette autre moi, je n’arrive pas moi-même à y faire face. Je ne m’attendais pas à ce que la présence d’Alec me fasse autant de bien. Je sais qu’il se doute de quelque chose, je le vois dans son regard, une compréhension muette. Il vient de plus en plus souvent vérifier si je ne suis pas en train de me tapper une insomnie. Chaque fois pourtant, il ne pose aucune question. Il se contente de s’installer à mes côtés, me taquine ou m’offre son épaule devant un film jusqu’à ce que je trouve enfin la paix. Harry aussi a remarqué que quelque chose n’allait pas. Dure de se cacher constamment. Mais Harry étant Harry, il veut toujours tout savoir alors il essaie de percer mes défenses. Je n’ai pas envie de le blesser, mais ne voit-il pas que je ne veux pas en parler ? Je ne peux pas en parler. Si je suis venue ici, c’est pour oublier tout oublier. J’en viendrais presque à l’éviter alors qu’à la base, c’est lui que je voulais retrouver. Perdue dans mes pensées, je n’ai pas réussi à suivre grand-chose du cours mais j’en reconnais la fin. Certains étudiant ont la fâcheuse tendance à ranger leurs affaires juste avant. Comme si cette action avait le pouvoir d’arrêter le prof. Spoiler, ça ne marche jamais. Je crois même qu’il a tendance à prolonger un peu juste par esprit de contradiction. Moi, je ne suis pas pressée alors ça me fait marrer de voir leurs mines déconfites. Lorsqu’il nous laisse enfin partir, je sors accompagnée de Suzanne et Lucas. Ces derniers ne me quittent plus à présent, et je les en remercie intérieurement, même si quelque part une petite voix me dit que c’est mal.

— Alors, Elena, les groupies d'Alec t'ont enfin laissé tranquille ? M’interroge Suzanne avec un sourire malicieux.

— Qu’est-ce que tu es en train d’imaginer au juste ?

Suzanne fait tressauter ses sourcils pour toute réponse. J’hésite à poursuivre et finis par me lancer après qu’elle m’ait donné un coup de coude impatient.

— Il y a bien des filles qui ont essayé de m’approcher : juste pour apprendre des trucs sur Alec. Comme je leur ai raconté un tas de conneries, elles ont vite abandonné. Depuis, elles ne me calculent plus vraiment ou alors, elles me jettent des regards méprisants sans doute parce qu’elles me croient folles ou parce qu’elles sont juste jalouses. Leur attitude est plutôt ridicule et me fait bien marrer. Ces filles idéalisent totalement Alec, si elles savaient...

— Sans blague ! T’as pas un truc un peu plus croustillant à nous raconter ? s'amuse Suzanne.

Mouais, Suzanne adore les potins. Elle n’est pas du genre à faire circuler des rumeurs mais plus l’anecdote est osé et plus ça la fait triper. Comment pourrais-je lui refuser ce petit plaisir ? Je décide donc de lui confier quelques miettes.

— Une nana a payé un gars pour qu'il me suive et exige que j'arrête de "sortir avec Alec". Il y a vraiment des gens tarés j’te jure...

Lucas s'arrêta net.

— Sérieux ? Mais il t'a pas fait de mal au moins ? Alec et Harry sont au courant ?

— Lucas, détends-toi ! Regarde-moi, je vais très bien. Et puis, tu me connais pas encore vraiment mais je t’assure que je suis pas vraiment impressionnable. J’ai pas besoin d’Alec ou d’Harry comme garde du corps.

— Et t'as fait quoi ? Comment tu t'en es sortie ? demande Suzanne, totalement emporter par l’histoire et surtout son imaginaire florissant. J’ai remarqué qu’elle avait tendance à se faire beaucoup de film.

— Je lui ai cassé la gueule.

Lucas et Suzanne restent bouche bée.

— Faites gaffe, vous allez gober des mouches si vous continuer à garder la bouche ouverte.

— Mais t'es Wonder Woman ou quoi ?! S'écrit Suzanne toute excitée.

— Tu t’es battue avec un mec ?! Lucas me lance un regard sidéré.

— En tout cas, badass la meuf ! siffle Suzanne très impressionnée. — Décidément, Elena, tu es mon modèle. Moi, si ça m'arrive, je suis fichue, je sais pas du tout me défendre.

— Je fais des sports de combat depuis mes 12 ans. J'ai commencé un peu tard, mais je me suis entraînée tous les jours avec des super profs. Mon oncle tenait à ce que je sache me défendre au besoin. Une déformation professionnelle je crois, et moi, j’avais aussi besoin de ça.

Suzanne ne me laisse pas le temps de m’appesantir sur le passé.

— J’aurais adoré savoir cogner moi aussi mais, mes parents ont préféré m’inscrire à la danse. Il voulait une petite fille modèle. Je crois qu’ils ont clairement été déçus quand j’ai fini par leur tenir tête pour être qui je voulais être.

— Il n’est pas trop tard pour apprendre. Tu devrais venir avec moi, il reste de la place en plus à la salle.

— Tu es sûre ?

— Si je te le propose, on passerait encore plus de temps ensemble, je suis sûre que ce serait sympa. Et puis, je pense que toutes les femmes devraient apprendre à se défendre. On ne sait jamais ce qui peut arriver dans la vie. Et toi Lucas, ça te tente pas ? Toi aussi, je suis sûre que tu pourrais apprendre des trucs. On pourrait même faire des combats toi et moi.

Lucas semble hésiter.

— Avec la natation, c'est compliqué. Mais t'as pas répondu à ma question, et esquive pas cette fois : Alec et Harry sont au courant ?

Merde, moi qui pensait qu’il avait lâcher l’affaire...

— Bien sûr que non. T'imagine pas comment Harry flipperait s'il l'apprenait. Et Lucas, promets-moi de rien leur dire.

— Elena, t'es dingue ! Il faut leur en parler, cette fille est complètement malade ! Elle était prête à te faire du mal ! s'emport-t-il.

— J'ai géré et puis je t’assure qu’il y a pire qu’une étudiante un peu givrée. J'ai mis quelques coups au type qu’elle avait payé et il a direct craché le morceau. C’était pas un pro le gars. Il m'a donné le nom de la nana qui l’avait employé ces conneries sans trop résister. J'suis allée lui rendre une petite visite pour régler ça, genre conversation musclée ,et depuis silence radio. Le message est passé alors no stress! Elle ne fera plus la maline, crois-moi.

— Mais ça pourrait aussi empirer. On devrait prévenir Alec ou Harry, juste au cas où.

— Non, Lucas, laisse tomber ! Tout ce que tu ferais, c'est inquiéter Harry pour rien, et Alec... eh bien, même s'il se comporte comme un mufle la plupart du temps, je doute qu'il apprécierait d'apprendre qu’une de ses fans totalement azimutée ait essayé de m’intimider. Promets-moi de rien leur dire.

Je ne le lâche pas du regard. Je sais qu’il croit bien faire, mais il est hors de question qu’il les inquiète. Lucas ne semble pas ravie de mon choix, cependant il finit par accepter.

— D'accord, mais promets-moi que dorénavant tu nous diras si quelqu’un tente de te faire du mal!

— Marché conclu, blondy, je lui répond malicieusement en lui donnant un coup dans l’épaule. C’est moi qui ais trouvé ce surnom et j’en suis plutôt fière. Il a un petit côté ken très marrant et le surnom de blondy lui donne un air moins coincé je trouve.

Lucas me sourit, quand il est comme ça on dirait un petit garçon timide. J’ai du mal à savoir ce qui le lie à Harry et Alec hormis la natation. Ils sont tellement différents…

— En parlant du loup... on en voit le bout de la queue ! S’exclame Suzanne.

Je n’ai pas le temps de me retourner que je sens un bras familier passer autour de mon coup pour me bloquer contre lui.

— Salut, chaton. On rentre ensemble ?

— Nan, je vais à la salle.

Alec arque un sourcil, l'air moqueur. Ça m’agace tellement quand il me prend de haut.

— Ah oui, c'est vrai, toi et tes "sports de combat". Un chaton qui se prend pour une tigresse c'est mignon.

Connard !

— Tu te moques de moi, Alec ?

— J'oserais pas... C'est juste que, vu ta taille et tes petits bras, j'ai du mal à t'imaginer dangereuse mais si ça te plaît de le croire.

Double connard !!! Puisque tu as envie de te la jouer comme ça pas de problème Alec, mais je sens que tu vas le regretter. Il est hors de question que je te laisse te pavaner à mes dépends.

— Très bien, alors tu devrais pas avoir de mal à me battre.

Alec s'écarte de moi précipitamment et secoue la tête. Son regard est même légèrement fuyant, bizarre.

— Je frappe pas les filles chatons.

Quoi ? Il me cherche et maintenant il veut jouer les gentleman ? Je te laisserais pas te défiler, oh que non.

— Si tu gagnes, je fais la vaisselle et le ménage pendant une semaine ou mieux, je t'appelle maître Alec pendant un mois.

— Tentant. Mais j'te l'ai dit, je vais pas te taper. Il n'y a que les connards et les lâches qui tapent les femmes.

Je le sens se tendre, sa mâchoire est crispée et son regard est sombre. Lui qui est habituellement si joviale, ça me trouble de le voir ainsi. Cependant, je suis têtu et je ne compte pas lâcher l’affaire.

— Ok, pas la peine de te mettre dans cet état là… Mais, je t'assure que je ne suis pas du genre fragile et sache que même si tu te donnais à fond tu resterais incapable de me battre. Voyant l’expression indéchiffrable d’Alec je poursuis — à moins que ce ne soit parce que tu aies peur de perdre...

Seul le silence me répond. Alec affiche un sourire plaqué et garde le regard rivé sur ses basket, comme s’il attendait que je passe enfin à autre chose.

— Ce que tu peux être têtu ! M’agaçais-je.

Alec se détend, semblant croire qu’il a gagné. Peut-être que s’il ne s’était pas montré aussi sexiste, j’aurais pu laisser couler. Je déteste le machisme !

— Alors disons que si tu arrives à me mettre à terre tu as gagné, peu importe la manière. Comme ça tu n'auras pas besoin de me frapper si c'est ça qui te retient. Je respecte tes conditions et puisque je ne suis qu’une fille avec des petits bras, ça devrait être un jeu d’enfant pour toi.

Il hésite, mais je vois l’envie de me battre grandir dans ses yeux.

— D'accord, marché conclu.

— Parfait. Rendez-vous dans une heure à la salle. Va chercher tes affaires.

— Oh, je viens ! Il n'y a pas moyen que je loupe ça ! s’exclame Suzanne.

Parfait, il y aura des spectateur pour assister au spectacle de sa défaite.

— Moi aussi, j’ai hâte de voir qui va gagner, ajoute Lucas.

Son enthousiasme me fait sourire par contre je vois le regard perplexe d’Alec. Peut-être qu’il se rend compte que ça sent le roussi pour ses fesses.

— Maintenant que tu as accepter le défi, tu n’as pas le droit de te défiler, je le préviens.

— Loin de moi cette idée "chaton". Je te dis à tout à l’heure, ne sois pas en retard pour ta défaite cuisante. Bientôt tu m'appelleras maître.

Alec ne sait pas à quel point je suis douée au combat. Je vais me faire un plaisir de le lui apprendre.

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