ALEC
On est levé depuis presque presque une demi-heure et Elena pionce toujours. On lui avait dit de pas se coucher tard… Harry, malgré son air cool, est du genre un peu stressé, surtout par rapport au coach. Faut dire que ses sermons sont particulièrement chiants. Moi-aussi je m’en passerais bien. Il frappe à nouveau à la porte. Vu le boucan, je vois pas comment elle peut encore dormir d’ailleurs.
— Hey, Sparky, debout ! Si on traîne, c'est mort, on sera jamais à l'heure. Tu connais pas encore notre entraîneur mais, je t’assure qu’il est pas du genre compréhensif alors bouge-toi un peu s’te plaît.
Toujours pas de réaction, j’observe discrètement, me demandant si je devrais prendre le relais.
— Elena ? Tu m’as entendu ?
Voilà que maintenant il se montre inquiet. Qu’est-ce qu’il veut qu’il lui arrive ? Qu’un monstre soit caché dans son placard et l’ait bouffé dans la nuit ?
On entend un grognement indistinct répondre suivis de pas lourds. La porte s’ouvre sur un "chaton" aux airs farouches et pas bien réveillé. Je m’attarde un peu sur sa tenue, un grand t-shirt informe et tellement grand qu’il laisse entrevoir son épaule. Est-ce qu’il appartiendrait à son mec ? On lui a même pas demandé si elle avait quelqu’un. Mais pourquoi je m’intéresse à ça moi ?
— Mmh... Pas la peine de crier, j'arrive…
Sérieux, si Harry n’avait pas crier, jamais elle serait sortie de sa grotte. Elle n’a honte de rien et sa mine renfrognée me fait marrer.
— T'es pas du matin, hein ? Me moquais-je.
Elena me fusille du regard et m’adresse un doigt d'honneur en s’avançant vers la salle de bain. Charmant, finalement il y a des choses qui ne changent pas.
— Si tu t'avises pas de soulever mon t-shirt comme tu faisais quand on était mômes, je t’assure que j’te pète le poignet.
— Pigé, faut pas te faire chier le matin. Je garde mes distances.
Non pas que j’y aurais songé un seul instant, c’est une femme à présent. Je ne sais pas si l’idée qu’elle m’en pense encore capable m’amuse ou m’agace. Je lève les main en signe de reddition. Vu sa charmante humeur, ça ne sert à rien d’en rajouter, et puis ça nous mettrait encore plus en retard.
Quand elle disparaît enfin je me tourne vers Harry.
— Son caractère s’est pas amélioré en grandissant on dirait. T’es toujours aussi enthousiaste à l’idée de faire une coloc avec elle ?
— Faut dire que tu la cherches aussi.
— Pas cette fois-ci, j’ai même pas eu le temps d’ouvrir la bouche. C’est elle qui m’a agressé au saut du lit.
— Fous-lui la paix s’te plaît. Elle a pas beaucoup dormi cette nuit.
— Et qu’est-ce que tu veux que j’y fasse moi ? Rétorquais-je un peu sur la défensive. C’est quoi cette merde dès le matin ? Elle est pas capable de se réveiller toute seule, elle passe sa mauvaise humeur sur moi et ensuite je me fait rembarré par mon pote ? Moi aussi je vais être de mauvaise humeur si ça continue. — C’est une grande fille, si elle sait pas gérer le manque de sommeil elle n’a qu’à pas se coucher aussi tard !
— Sois juste sympa. Je sais que vous vous êtes toujours entendu comme chien et chat mais, elle va vivre avec nous un moment alors fais un effort. Si c’est pas pour elle, fais-le pour moi.
Il sait toujours trouver les mots justes. Je sais pas ce que je serais devenu s’il n’était pas là.
— Mmh… Qu’est-ce que je ferais pas pour toi. En tout cas, t’as intérêt à me rendre l’ascenseur un de ces quatre.
— Promis.
J’enfile mon blouson et constate que Harry s’active encore à la cuisine. Curieux, je m’avance vers lui.
— Qu’est-ce que tu fabriques ? Il faut qu’on accélère si on veut pas être en retard.
— Justement, Elena aura jamais le temps de prendre un p'tit-déj vu l’heure. J’vais lui préparer un truc à emporter, ça devrait aider à la mettre de meilleure humeur.
— Tu la couves vraiment trop, c’est plus un bébé si tu veux mon avis.
Harry ne semble pas très réceptif à ce que je lui dis et lorsque Elena ressort de la salle de bain, les cheveux encore humides et le regard un peu plus réveillé, il lui tend un thermos et quelques trucs à grignoter
— Allez, c'est parti.
Elle lui sourit chaleureusement.
— Merci, je sais pas ce que je ferais sans toi.
Harry rougit et je vois bien qu’il hésite à la prendre dans ses bras mais l’heure tourne et on va finir par vraiment être en retard. Perso, je m’en moque un peu. La natation c’est sympa mais j’en fais surtout parce que Harry en fait. Lui, il est comme un poisson dans l’eau dans un bassin et je sais que dans le fond il aime pas décevoir l’entraîneur alors je le force à bouger enfin.
— C’est pas que je veuille faire mon rabat-joie mais je crois qu’il est temps de décoller si on veut pas prendre une soufflante Harry. Tu auras tout le temps de câliner Miss grincheuse au retour.
Elle m’adresse un regard noir mais n’ajoute rien. Il faut croire que quelque part au fond d’elle, elle sait qu’elle a déjà bien assez traîné et qu’elle ne veut pas attirer d’ennui à Harry. J’aime mieux ça.
***
À peine arrivés sur le parking, Elena décide de nous quitter.
— J’vous laisse, j’ai des trucs à régler. J’vous rejoindrai sur le bord du bassin après votre entraînement.
— À tout', petite sœur, lui répond Harry en déposant un baiser rapide sur son front.
— Tu sais que je suis plus une gamine ? Si tu continues à te comporter comme ça en public, les nanas vont finir par croire que t’as une copine. Ce serait dommage si tu veux mon avis.
— C’est vrai, mais, l’inverse est vrai aussi. Les mecs penseront que tu es maqué.
— Ben justement, c’est pas vraiment le message que j’ai envie de passer alors sois sympa et garde tes débordements affectifs pour la colocation, grimace Elena.
Donc finalement, elle n’a pas de copain. Harry n’a pas l’air de très bien gérer la sexualité potentielle de sa sœur. Je comprends qu’il tenait à la protéger quand c’était encore une gamine, je l’ai d’ailleurs aider à plusieurs reprises pour éloigner les prétendants, mais maintenant c’est une adulte et il va falloir qu’il lâche l’affaire. Elena s’éloigne tandis que nous accélérons le pas. Je me demande pourquoi il agit comme ça avec elle, à moins que...
— C'est marrant de te voir agir ainsi. C'est bien la seule fille à qui tu montres de l'affection, hein ?
— Ouais, bah, Elena, c'est pas pareil. C’est ma sœur.
Mouais… est-ce là la vraie raison ?
— Oui, enfin techniquement vous n’avez aucun lien de sang j’te rappelle.
Harry me regarde interloqué, un frisson de dégoût lui parcourt le corps tout entier.
— C’est dégueu ce que tu viens de dire ! C’est vrai qu’on est pas liés par le sang mais, ça ne change rien pour moi. On a grandi ensemble, sous le même toit, bordel c’est tout pareil. On formait une famille.
— Ok, ok me regardes pas comme ça, c’est bon j’insiste pas. C’est juste que je suis pas habitué à te voir aussi… tactile.
— Dès que tu leur montres un poil d'attention, les filles ont la fâcheuse tendance à penser qu'elles t'ont mis le grappin dessus. C’est là que commence la jalousie et tout le cirque qui va avec. Toi-même tu sais… Très peu pour moi en tout cas.
Ok, je ne peux qu’approuver. Ce n’est pas que je trouve les démonstrations ridicules ou autres, c’est juste que je n’ai aucune intention de m’engager dans une relation sérieuse alors il vaut mieux éviter tout geste pouvant porter à confusion.
— Ouais, j'vois carrément ce que tu veux dire. J’ai même pas envie d’y repenser. Mieux vaut garder à l’esprit notre devise : Pas d'attaches, pas d'emmerdes. D'ailleurs à ce propos, t'es dur mon gars, plus de filles à l'appart...
— Désolé. J'sais que ce sera pas simple pour toi, moi aussi ça ne m’enchante pas mais, si nous on se permet de ramener des filles à l’appart, elle aussi le fera et j'ai clairement pas envie d'entendre ma sœur dans son intimité si tu vois ce que j'veux dire.
— Ok. Mais sache que tu me mets à l'épreuve, là. T'auras une dette envers moi et tu commences gentiment à les accumuler ces derniers temps, s’en amusa Alec, conscient qu’il pourrait faire valoir cet argument en temps voulu.
Les deux compères s'échangèrent quelques plaisanteries avant de disparaître dans l'entrée de la piscine.