HARRY
Après notre première bière, Sparky est partie installer ses affaires. J’avais un peu honte en lui présentant sa chambre, mais finalement elle n’avait pas l’air offusqué de se taper "un placard à balai". Elena ne semblait pas exigeante et cela faciliterait certainement la colocation avec Alec. L’appartement était assez grand pour deux, pas du tout conçu pour trois personnes. En apprenant son arrivée, j’avais discuté avec mon père pour voir si on pouvait pas louer un truc plus grand, histoire qu’elle ait une vraie chambre à elle. Il était clairement mal à l’aise en m’avouant qu’elle ne resterait sans doute pas toute l’année. J’ai essayé de savoir pourquoi, mais il n’a rien voulu me dire. Du coup, je fais l’autruche. Je préfère me dire qu’il existe une possibilité qu’elle reste pour toujours, et c’est à ça que je m’accroche.
Alec s’est chargé de faire chauffer les pizzas pendant que je prenais ma douche. J’appréhendais un peu sa réaction par rapport au retour d’Elena. Je sais que ses remarques, c’était surtout par peur de me voir blessé encore une fois. Il a beau se montrer désinvolte la plupart du temps, il est super protecteur avec ceux qu’il aime et je suis comme de sa famille.Ça m’a fait plaisir de les voir se chamailler comme avant. C’est comme si nous nous étions quitté hier.
Lorsque je suis de retour au salon, Elena est déjà affalée dans le canapé et échange des piques avec Alec, tout sourire. La soirée se poursuit dans une ambiance chaleureuse. Nous mangeons et buvons en échangeant des anecdotes plus ou moins croustillantes, omettant de parler des événements tragiques qui ont marqués nos vies à chacun.
— Ça me rappelle la fois où tu as voulu jouer les héroïnes pour ce fichu chat coincé dans l'arbre du parc, me remémorais-je avec tendresse.
— Oh, sérieusement, tu vas vraiment la ressortir celle-là ? Soupire Elena.
— Eh ouais, t'avais quoi... cinq ans ? C'est l'année où nos parents ont décidé d'emménager ensemble. J'te disais de pas grimper mais, tu faisais déjà ta tête de mule.
Alec, posé à ses côtés, lui donne un petit coup de coude. Il est claire qu’il saisira chaque occasion pour se moquer un peu plus d’elle.
—Alors, Chaton, laisse-moi deviner. C'est à ce moment que t'as fait ton premier face-à-face avec la gravité ?
Sa boutade me fait rire, ce qui me vaut le regard outré de Sparky. Elle n’aime pas que je rie à ses dépends, mais c’est plus fort que moi.
— Non, même pas. Elle est montée comme une pro, j'te jure ! Sauf que ce foutu chat, au lieu de se laisser faire, lui a planté ses griffes et s'est barré tout seul en lui laissant de vilaines entailles. Elle s'est mise à pleurer comme un bébé !
— Elena qui pleure comme un bébé, j'aurais aimé voir ça… Se moqua Alec ouvertement.
— J'avais cinq ans, gros naze ! Se défendit Elena en lui balançant un coussin en plein visage.
Mon pote s’en saisit et lui renvoie directe. Je sens que ça va dégénérer cette histoire alors j’interviens.
— Vous avez pas fini vos gamineries ?
Je déteste jouer les rabats joie. C’est pas mon genre, mais je veux pas qu’Alec finisse par la blesser. Je suis sûr qu’il s’en voudrait en plus. Alec ne supporte pas qu’on fasse du mal aux filles. Il s’écarte, un sourire en coin.
— C’est de la faute de cette peste, elle me cherche constamment.
— Sérieux Alec ?! Tu as la répartie d’un gosse de cinq ans.
Il se renfonce dans le canapé visiblement vexé.
— Bon et du coup, ça s’est terminé comment ton histoire ? T'as dû appeler les pompiers ou quoi, pour descendre ?
— Nan, j'ai dû monter moi-même. Elle voulait pas que les autres sachent. Elle avait peur que je me fasse gronder par les adultes parce que mon père m’avait demandé de la surveiller. Je crois que c'est là que j'ai décidé que je l'aimerais pour toujours.
J’avais pas vraiment prévu de déblatéré un truc aussi gnangnan, c’est pas mon genre et du coup j’esquive un peu leur regard. Faut croire que retrouver Sparky m’a rendu mièvre.
— Moi, c'était dès le premier regard.
Elle se lève pour me prendre dans ses bras. Je suis surpris par cette démonstration d’affection. Quand je m’étais laissé allé à lui offrir une étreinte fraternelle à son arrivée, j’avais eu le sentiment de la mettre mal à l’aise. Ayant trop peur de briser ce moment, je n’en dis rien et me contente de profiter de l’instant.
— C’est bon de te retrouver ! Tu n’imagines pas à quel point ! Chuchote-t-elle à mon oreille comme une confidence.
Je ne tiens plus et la serre dans mes bras. Je lève les yeux vers Alec qui me répond par un sourire sincère. Lui aussi est heureux qu’on se retrouve à nouveau, j’en suis convaincu.
Le moment s’arrête brutalement lorsque Alec décide de s’allonger sur le canapé.
— Hé, c'est ma place, là !
— T'avais qu'à pas la lâcher, Chaton. La règle est simple, qui va à la chasse perd sa place.
— C'est ce qu'on va voir, "niño". Répond-t-elle avec un sourire diabolique avant de se jeter sur lui pour le chatouiller.
Alec se tortille, essayant tant bien que mal de se défendre.
— Mais c'est pas vrai ! T'as mangé un lion, ma parole !
— Je suis plus une gamine, Alec. J’ai appris à me défendre alors tu ferais bien de t’en souvenir si tu veux pas pleurer après.
Je les regarde un peu désespéré jusqu’à ce que Alec finisse par céder. Chacun se positionne et nous restons là un moment, perdus dans nos pensées. C’est Alec qui finit par briser le silence.
— Moi, ce que je préférais, c'était les chocolats chauds que ta mère faisait... avec les guimauves, même quand il faisait quarante degrés dehors. Ces trucs avaient un goût... magique.
Et merde ! Je pensais qu’il avait compris qu’on ne devait parler que des souvenirs heureux. Qu’est ce qui lui a pris de parler de Maria ?! Quel con ! Je lui adresse un regard sombre pour lui faire comprendre qu’il à merdé. Maria est décédée dans un grave accident de voiture alors qu’Elena avait à peine douze ans. C’est après ça qu’elle a dû partir vivre à New York avec son oncle. Alec semble enfin percuté
— Désolé... J'aurais peut-être pas dû ramener ça. C'est juste que... Il se frotte l'arrière de la tête, l'air un peu embarrassé avant d’ajouter. — Bah, c'était cool, quoi.
— Alec qui s'excuse ? J'aurais vu ça au moins une fois dans ma vie! Ce jour est à marquer dans les annales ! Dis-moi, tu pourrais recommencer ? Histoire que j'immortalise le moment avec mon téléphone. S’amuse Elena.
D’un seul coup, lui et moi recommençons à respirer. Je suis sûre qu’elle a sortie cette réplique exprès pour nous mettre à l’aise.
— Génial, maintenant va falloir que je supporte ça tous les jours... Rétorque Alec.
Décidément, ces deux-là se ressemblent beaucoup. Ils savent utiliser l’humour pour alléger les situations pesantes.
— Bon, et dis-moi. C'était comment, là-bas, à New York ? Avec ton oncle, tout ça...
Elle laisse échapper un soupire las, et je n’arrive pas à interpréter son expression : est-ce de la tristesse ou de la colère ? Elle ne répond pas tout de suite et j’ai l’impression qu’elle est partie loin dans ses pensées.
— Oh, tu sais... la vie en grande ville, rien d’extraordinaire. Ce qui est bien avec les grandes villes, c’est qu’elles ne dorment jamais et qu’on ne s’ennuie jamais. Il y a toujours quelque chose à faire, des choses à voir, des mecs canons avec qui s’amuser…
Tout mais pas ça, je n’ai pas envie de connaître la vie sexuelle de ma sœur. Je grimace.
— Pitié Sparky, je veux pas savoir.
Elena et Alec se mettent à rire. Comme quoi, ils sont capables de bien s’entendre si c’est à mes dépends. J’essaie de changer de sujet.
— Et si on faisait une petite partie de console ?
— Allez, c'est parti !
— T'as l'air sûre de toi, mais si on ajoutait un peu de piment ? Un petit pari, ça te dit ? Propose Alec.
— Elena, c'est un piège ! Alec est un as. Ce type passe son temps à jouer quand il est pas à la fac, ou à la piscine ou en train de... enfin, t'as compris.
— C'est juste du talent, mec. Faut pas être jaloux comme ça. Il se tourne vers Elena, pour mieux la pousser à accepter son défi. Il sait qu’Elena n’est pas du genre à se défiler. — Le perdant fais toute la vaisselle. Si t’as la frousse, tu peux toujours renoncer maintenant, "chaton"…
Et voilà, rien qu’à voir le regard que le jette Elena, je sais qu’Alec l’a mené exactement où il voulait. Ma pauvre Sparky, tu aurais dû m’écouter.
— Prépare-toi, Niño, tu vas le regretter.
Pourtant, contre toute attente, c’est Elena qui gagne. Et comme elle n’est pas humble, elle se lève et se pavane fièrement devant Alec qui reste bouche bée. Celle-ci, on ne lui avait jamais faite. Personne ne bat Alec habituellement, c’est d’ailleurs pourquoi j’ai arrêter de faire des paris avec lui.
— Alors, Niño, c'est qui le maître, maintenant ? Après, si faire la vaisselle toute une semaine te pèse, peut-être que je peux te proposer autre chose?
— J'ai comme l'impression que ça va pas me plaire, là. C'est quoi, ton idée ?
— Pendant une semaine... tu m'appelles Maître.
J’explose de rire. J’aurais adorer filmer la réaction de mon pote à ce moment-là.
— Même pas en rêve, Chaton !
—Je me doutais que t'accepterais pas. T'as de la chance qu'il n'y ait pas beaucoup de vaisselle ce soir.
Alec se contente de grommeler.
— T'as de la chance qu'on ait grandi ensemble, Chaton, sinon je t'aurais fait bouffer ce sourire à la con.
Quand j’arrive enfin à calmer mon fou-rire, je remarque que l’heure a bien tourné et qu’il est temps que je me couche.
— Bon, c’est pas que je m’ennuie mais il se fait tard, et y'a entraînement demain matin. On devrait peut être dormir pendant qu'on le peut encore.
Elena me sourit tendrement et je sens une douce chaleur m’envahir.
— Vous faites toujours de la natation tous les deux?
— Oui. On est devenu plutôt bon en fait.
— Vous étiez déjà bon à l’époque.
— Je rêve où tu viens de nous faire un compliment ? S’amuse Alec.
— Où avais-je la tête ? S’exclame-t-elle en roulant des yeux. Suis-je bête ? Harry, a toujours été bon. Toi je sais pas trop, je faisais pas attention, mais j’imagine que tes résultats devaient être passable puisque vous nagiez au même niveau.
— Ah ah. Très drôle.
— Bref, j’comptais m'inscrire à la salle de boxe. J’pourrais venir avec vous demain ?
— Toi, aux sports de combat ? J'aimerais bien voir ça. Se moque Alec.
— T'en verrais pas grand-chose parce que je t’aurais plaqué au sol avant que t’aies le temps de réagir "niño".
— Vraiment, Chaton ? T'es sûre de toi ? Tu veux faire un p'tit pari ?
Purée, jamais ils arrêtent tous les deux ? Deux gosses, incroyable. Ils vont vraiment m’obliger à jouer le rôle de l’adulte, ça me blase déjà.
— Hé, stop. Vous avez bien assez fanfaronné pour ce soir et on a tous picolé, vous risqueriez de vous faire mal. On ferait mieux d'aller au lit.
— Sérieusement, Harry, t'es vraiment un rabat-joie quand tu t'y mets. Où est passé ton humour et ton grain de folie ?!
J’ai qu’une envie, lui répondre par un doigt d’honneur pourtant je n’en fais rien. J’essaie de me tenir devant Sparky. Je sais qu’elle n’a plus douze ans mais je reste son grand frère.
— Tu devrais plutôt le remercier, il vient de sauver ton petit cul, en rajoute Elena.
— Oh, alors, Chaton, dois-je en conclure que tu n’as pas pu t’empêcher de reluquer mon p’tit cul ? Serait-il à ton goût ?
— Désolée, "niño", mais je préfère les hommes avec un peu de virilité.
Trop c’est trop. Autant pisser dans un violon, ça aura plus d’effet.
— Bon, j'abandonne, moi. À demain.
— Bonne nuit, mon frère, me répond-t-elle tendrement.
— Alors, c'est ça ? Harry a droit aux sourires et aux câlins, mais moi, tu me balances des piques dès que t'en as l'occasion ? Sérieux, pourquoi tu joues les peaux de vache avec moi ?
Elena hausse légèrement les épaules, ses lèvres étirées en un sourire enjôleur avant de répondre sur un ton faussement innocent.
— J'sais pas, moi... peut-être parce que ça m'amuse.
— T’es vraiment une plaie, tu sais ça ? Lui dit-il en lui balançant un coussin en guise de représailles.
Alec se lève à son tour, prêt à se coucher lui aussi.
— Tu vas pas au lit toi ? Lui demande Alec en s’adressant à Elena.
Effectivement, je ne remarque que maintenant qu’elle ne semble pas prête à se coucher. J’aurais pourtant cru qu’avec la fatigue du trajet, elle serait KO avant nous. Peut-être a-t-elle dormi sur le trajet, pourtant j’aurais jurer qu’elle devait être crevée vu ses cernes.
Alec me regarde en haussant les épaules l’air de dire, laisse tomber. Je me tourne à nouveau vers Sparky.
— Ok, comme tu veux. Te couche pas trop tard, demain on part tôt.
Elle lève les yeux au ciel. Mouais, c’est vrai que c’est plus une gamine et qu’elle est assez grande pour se gérer. Va falloir que je m’y fasse si je veux pas la saouler avec mes réactions de grand frère surprotecteur.
— Bonne nuit. Fais de beaux rêves, lui dis-je avant de m’en retourner vers ma chambre, sans écouter sa réponse.