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Epilogue - Où l'on réclame justice, et où l'on reçoit autre chose

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article 755

Nouvelle édition des Pérégrinations dans les Trois Pays

Par Marcelin le Saltimbanque

Ah ! mes chers lecteurs…

Me voilà contraint, oui, contraint ! de reprendre la plume, non pour ajouter une chanson, mais pour répondre à vos clameurs. Car vous avez lu. Et vous n’avez pas aimé. Que de lettres ! Que de protestations ! L’imprimeur lui-même, homme pourtant peu enclin aux tourments de l’âme, est venu me trouver, le teint pâle, les doigts tachés d’encre et d’un scrupule qui ne lui ressemble guère :

— « Maître Marcelin, m’a-t-il dit, vos lecteurs réclament justice. »

Justice ! Rien que cela. Alors me voici. Vous me demandez : Où était la faute de Marjine ? Vous me citez, avec une précision qui m’honore autant qu’elle m’inquiète, ces mots que j’avais laissés tomber un soir, presque par fatigue :

« La Mésange n’aime pas les voyous : elle aime ceux qui le deviennent sans le vouloir. Ceux qui se perdent en croyant bien faire… »

Et vous insistez. Vous voulez savoir. Vous exigez de comprendre. Je vous comprends aussi, voyez-vous.

J’aurais aimé, moi aussi, pouvoir vous donner une réponse bien pliée, avec un début, une faute, et une fin qui remet chaque chose à sa place.

Mais les histoires… ah, les histoires. Elles tiennent rarement debout lorsqu’on les range sur une étagère. Car enfin… Rappelez-vous. La grange. Le corps encore chaud sous la chaux. Le souffle qui passait par des trous faits pour le silence. Le grattement. Ce n’était pas une énigme. C’était déjà… quelque chose.

Gratte et Vif n’étaient pas des monstres. Ils étaient fatigués. Inquiets. Prudents, même. Ils ont pensé à la corde, à la perte, à la peur du jugement. Ils ont fait ce que tant d’hommes font lorsqu’ils tremblent :Ils ont fermé la porte.

Et vous ? Je ne vous accuse pas, loin de moi cette élégance.Je vous demande seulement : vous auriez fait quoi… ce soir-là ?

Ah… comme il est facile de répondre à froid, les pages refermées, le danger déjà passé. Mais le monde, lui, ne prévient pas. Il penche doucement. Et l’on penche avec. Ce soir-là, le choix n’était pas entre le bien et le mal. Il était entre voir… ou laisser passer. Et ce genre de choix ne fait jamais de bruit.

Marjine, elle, a vu. C’est tout. Et parfois, pas toujours, mais parfois, cela suffit.

Vous dites : elle était innocente. Oui. Et c’est bien là ce qui dérange. Car l’innocence ne protège pas. Elle expose. Elle ouvre la porte, non pas au mal, ce serait trop simple, mais à ce qui ne peut plus être ignoré une fois aperçu.

Alors oui, sa fin vous semble injuste. Et peut-être avez-vous raison. Je ne suis pas certain, moi-même, d’aimer ce qui lui est arrivé. Il y a des histoires que je raconte… et d’autres que je supporte à peine d’avoir racontées.

Quant à la Mésange…Ah. Vous voudriez savoir si elle était là, ce soir-là ? Derrière la grange ? Entre les planches ? Dans l’ombre ? Je pourrais vous répondre. Mais je crains que ma réponse ne vous rassure… ou pas assez. Disons ceci, si vous le voulez bien : Elle n’a pas besoin d’être là pour que quelque chose commence. Il suffit parfois d’un regard qui s’attarde, d’un silence qu’on accepte, d’un geste qu’on ne fait pas. Et ensuite…

Ensuite, les histoires se chargent du reste. Vous vouliez une explication. Je n’ai qu’une hypothèse à vous offrir. Elle ne tient pas très bien, elle tremble un peu, mais elle a l’avantage de me ressembler. Et si, au fond, ce qui vous trouble n’était pas tant ce qui est arrivé à Marjine… Que le fait de ne pas savoir exactement à quel moment tout aurait pu être différent ?

Je n’ai pas de réponse sûre. Je n’en ai même pas de satisfaisante. Mais si, en refermant ce livre, il vous arrive d’hésiter une seconde de plus devant une porte fermée, ou d’écouter un peu plus longtemps un bruit que d’ordinaire vous auriez ignoré… Alors peut-être que cette histoire, injuste, mal ajustée, et un peu têtue, n’aura pas été entièrement vaine.

Et pour le reste… Je vous promets de faire mieux à la prochaine chanson.

Ou pire. Cela dépendra, comme toujours, de ce que vous serez prêts à entendre.

Fin du Conte de la Vieille Mésange

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