Louis te reluque de la tête aux pieds.
— La grossesse te réussit bien, tu es de plus en plus canon.
Tu prends sur toi et te contentes de répondre :
— Merci. Comment va Marie-Charlotte ?
— Vu comme je l’ai tringlée cette nuit, elle doit sûrement monopoliser le confessionnal, se marre-t-il.
Ne pas rentrer dans son jeu. Ni vomir. Tu regardes par-dessus son épaule, en croisant les doigts pour que Maxence vienne interrompre cette discussion abjecte. Palabrer sur les préparatifs du mariage avec Bérangère, ta future belle-mère, était déjà suffisamment pénible sans ajouter Louis dans l’équation.
Tu t’avances vers la fenêtre et fais mine de te perdre dans la contemplation du jardin, en espérant que Louis comprenne le message. Sans succès. Il se rapproche de toi — beaucoup trop près — et te souffle son haleine avinée au visage.
— Je n’arrive pas à croire que Maxence ait réussi à se taper une fille comme toi. Tu es au courant que c’est moi qui vais hériter de la fortune familiale ? Et pas lui ?
Tu serres les poings à t’en faire mal.
— Tu es au courant que ton frère est un homme formidable ? Et qu’il n’a pas besoin de l’argent de ses parents pour exister, lui ?
— Mais c’est qu’elle mordrait ! J’adore ça, quand il y a un peu de résistance…
Sur ces dernières paroles, il te caresse les fesses. Tu te figes, sous le choc, avant de t’éloigner, la respiration hachée par un mélange de peur et de colère.
Louis t’attrape par le bras.
— Arrête ta comédie, je sais que tu n’attends que ça.
— Lâche-moi !
Il esquisse un sourire carnassier, et se colle à toi. Tu tentes de le repousser, mais il te tient fermement. Un frisson glacé descend le long de ta colonne vertébrale. Tes jambes t’abandonnent, tandis qu’il te pétrit les seins sans ménagement.
— Orbona !
Louis te relâche d’un coup et tu t’écroules au sol. Bérangère entre dans la pièce, furieuse, puis te toise avant d’ordonner :
— Louis, ton père t’attend dans le petit salon. Maintenant.
Ce dernier s’éclipse sans demander son reste.
Tu reprends tes esprits peu à peu et tu t’essuies les yeux. Tu n’avais même pas remarqué tes larmes avant que tout ne s’arrête. Tu te relèves tant bien que mal, vacillante, lorsque ton regard croise celui de Bérangère. Deux prunelles de haine pure.
— Maxence ne te suffisait pas ? Il faut que tu dévoies Louis, également ? crache-t-elle.
Tu en restes coite de stupeur. Ta lèvre inférieure tremblote et tu rassembles toute ta volonté pour ne pas pleurer. Maxence arrive sur ses entrefaites. À ta vue, il lâche un hoquet de surprise et se précipite vers toi.
— Orbona, tu as fait un malaise ?
Tu poses ta tête contre sa poitrine et fermes les yeux. Ses bras t’entourent. Dans cette bulle de douceur, tu récupères enfin une respiration normale.
Maxence caresse tes cheveux, tout en murmurant :
— Tout va bien, ma chérie, je suis là.
Tout ne va pas bien, non. Mais avec lui, l’indicible devient supportable.
Bérangère lâche un soupir exaspéré.
— Maxence, le plan de table ne peut attendre. J’aurais préféré avoir le temps d’organiser ce mariage dans les règles de l’art, mais avec la grossesse surprise d’Orbona, je ne possède pas ce luxe, malheureusement.
Le sous-entendu, à peine voilé, te fait serrer les dents. Pour Bérangère, tu n’es que l’horrible souillon qui est tombée enceinte volontairement pour forcer ce pauvre Maxence à t’épouser.
— Mère, cela ne te regarde pas, énonce-t-il d’une voix teintée de colère froide, mais sache qu’Orbona ne m’a rien imposé et que nous avons décidé, ensemble, de garder ce bébé. Elle était prête à y renoncer. Donc, si tu veux blâmer quelqu’un pour le plan de table ou les décorations florales, adresse-toi à moi.
Bérangère pince les lèvres.
— Je ne doute pas une seconde qu’elle ait l’habitude d’avorter, cela ne change cependant rien à la situation catastrophique dans laquelle je me trouve. As-tu seulement conscience des délais de réservation d’un traiteur digne de ce nom ?
La mâchoire de Maxence se contracte. Il ferme les yeux. Tu vois le compte à rebours s’égrener dans son esprit, tandis que sa tension se dissipe au fur et à mesure. Arrivé à la fin de son rituel, il se tourne vers sa mère et annonce d’une voix glaciale :
— Mère. Si tu manques encore une seule fois de respect à Orbona, de quelque manière que ce soit, j’annule tout. Pas de mariage en grande pompe, d’invités du show-business, de têtes couronnées. Pas d’exclusivité des photos de la cérémonie pour Paris-Match, comme tu l’as négocié sans nous concerter. Je te plante, toi et tes convives, et j’emmène Orbona à Las Vegas. Nous choisirons les deux premiers touristes venus comme témoins, puis nous échangerons nos vœux face à un clone d’Elvis Presley. Suis-je clair ?
Sa mère se décompose un instant, avant de reprendre contenance.
— Nul besoin de s’énerver. Je ne veux que le meilleur pour toi, navrée si j’en fais parfois un peu trop.
— Bien. Je te rejoins dans la salle à manger dans cinq minutes.
Le message, peu subtil, déclenche un nouveau pincement de lèvres chez Bérangère, mais elle s’éclipse sans causer plus d’esclandres.
Une fois partie, l’air devient plus respirable.
Tu te blottis contre Maxence et murmures :
— Ta mère me déteste.
— Bienvenue au club ! À part Louis, personne n’est assez bien pour elle.
L’évocation de Louis te fait frissonner. Maxence ignore tout des agissements de son frère. Devrais-tu lui en parler ? Non. Il a assez de soucis comme cela. Tu éviteras de te retrouver seule dans la même pièce que cette ordure à l’avenir et le problème sera réglé.
— Tu étais sérieux, pour Las Vegas ?
— À dire vrai, j’hésite à partir de suite. Si j’entends encore une fois le mot « petit-four », je fais un malaise.
Sa remarque t’arrache un rire. Maxence t’embrasse sur le front, puis te caresse la joue.
— Je t’aime, Orbona. Et rien ni personne ne pourra changer cela.