Ta mère se faufile entre les stands. Elle furète, soupèse, ausculte, interroge. Là où tu ne vois que des vieilleries sans intérêt, elle déniche des trésors en devenir. Elle te montre, t’explique, aiguise ton œil. Au début, tu aimais fouiner avec elle et te perdre dans les marchés aux puces. Tu admirais son talent pour sublimer les meubles et les objets dont les gens ne voulaient plus, jusqu’à ce que tu comprennes que vous étiez trop pauvres pour faire autrement. La honte a remplacé cet émerveillement innocent. Depuis, tu rêves de neuf. D’aller dans de vrais magasins, de posséder quelque chose qui n’aura appartenu qu’à toi, de pouvoir choisir et non de récupérer les déchets d’autrui. Des habits avec des étiquettes, des meubles sans éraflures. Elle a beau te parler d’écologie, de consommation responsable, des conditions précaires de ceux qui fabriquent tout cela, tu n’entends qu’un mot : pauvre, pauvre, pauvre. Vous n’êtes même pas assez riches pour acheter des baskets assemblées par des travailleurs qui ne gagnent que quelques dollars par mois.