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Epilogue

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article 476

La bouture est devenue plante. Pas un arbre, pas un monument — juste une plante qui a pris ses aises et occupe une fenêtre. Je l’ai appelée Jo en rigolant, parce que c’est la tante qui a le dernier mot sur les noms. Elle a maintenant un pot plus grand, un coin dédié, une petite étiquette écrite à la main : Pour la continuité.

Je travaille sur un projet qui ressemble à quelque chose que j’aime — pas une grande révolution, mais un truc qui m’appartient. J’enseigne dans un atelier de réparation d’objets électroniques dans un centre culturel le samedi, pour rendre service et apprendre à écouter les histoires des vieux lecteurs de cassettes. J’emmène parfois la boîte de cassettes ; les gens rient en découvrant les voix. Un garçon vient me voir en fin d’atelier et me dit : « Ta playlist, elle est triste mais elle me rend content. » Je ne sais pas mieux quoi répondre que merci.

Le dimanche de nos rendez-vous silencieux, je cours encore. J’ai changé la route pour passer devant la maison où j’ai grandi ; je ralentis intentionnellement, comme pour saluer une fenêtre. La ville ne me rend pas mes parents, mais elle me rend des instants et des alliances. J’ai retrouvé des amis, j’ai accepté l’aide, j’en propose maintenant.

Un matin, j’écoute le message vocal de papa. Il me dit, dans cette voix qui gigote comme un vieux ressort : « Rappelle-nous quand tu peux, champion. Et n’oublie pas d’arroser la plante. » Je souris. Cette fois, je n’ai pas besoin d’écouter la suite pour que la phrase soit complète. Je prends mon téléphone, je n’appuie pas sur supprimer. À la place, je l’enregistre dans une playlist intitulée À garder. Je ferme les yeux, j’entends le bruit de la radio qui grésille, et je plante mes doigts dans la terre d’une petite plante qui a choisi de vivre.

La fin n’est pas un feu d’artifice. C’est un matin où le café sent mieux, un message qui arrive sans panique, une tasse posée, une main qui serre une autre main sans dramatiser. C’est accepter d’être une version différente de soi-même, pas moins aimable, juste reprogrammée. Je ne « vais mieux » pas comme on coche une case, mais je vais. Je vais en présence. Et parfois, ça suffit.

Je plante un nouveau pot, cette fois pour donner à Jo une sœur. Je glisse une cassette dans le lecteur, et la voix de mon père commence à raconter une autre histoire idiote. Milo arrive, il renifle le café, fait une grimace complice.

— Alors ?

— Ça va, dis-je.

— Bien.

— Ouais. Bien.

On rit. La plante frissonne. Le monde continue de faire ses blagues, et nous, on apprend à en rire avec lui.

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