Le train glissait, embrassé de rues et d’obscurité
De silence et d’âmes embrumées
La pluie bruinait drue
Sur les vitres qu’on ne regardait plus
Des amis nouvellement rencontrés
Comblaient la quiétude de la nuit
Des lumières effleurant les sièges abandonnés
De dernières paroles enjouées
Afin de prolonger l’insomnie
Lou laissait le moment s’éterniser
Comme un élastique, elle s’assurait d’oublier
Ces secondes qui dégringolaient et cette pensée
Qui, sans faire un son, paraissait déchirer
Une petite chose susceptible et vulnérable
Elle empilait les mots comme des dossiers
Comme s’ils pouvaient maintenir dans l’espace
Cette expression stupéfaite inévitable
Cette voix sans description, ce regard
Et empêcher au sien d’assister à son départ,
L’encre s’effritait déjà de tristesse sur la page
De sa mémoire, du stylo ne restant que l’empennage
Les portes coulissèrent, deux ventaux s’écartèrent
Échanges de passants, doux courants d’air
Envol atterrissage des ramiers gris
Elle fixait ces mirages, le cœur grave et affaibli
D’une certitude cruelle chevillée au corps
D’espoir insatiable enroulé à la gorge
Sursaut de vie face à la mort
Dans les flammes de la forge
Leurs regards soudés d’un double-nœud
Contemplaient en l’autre les traces de l’adieu
De ce qui semblait sans importance
Elle hésita à se lever, céder à l’émotion
Les prendre dans ses bras, éponger les maladresses
Mais elle resta assise sur ce siège chaudron
Qui ne ressentit pas sa tristesse
Attachée aux iris bleus ou bien marrons
À cet au revoir futile de la main
Ignorant la forme des passants
Elle laissait filer ce foutu temps
Qui ne connaissait que futurs et lendemains
Ce qui n’était sans importance
À la prochaine, lancé avec désinvolture
Revêtait pourtant un goût d’absence
Et de regret dans ce qu’elle savait
Être sans fioriture
Le visage désolé d’un à jamais.