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article 708
Par maelys

« C’est l’été. Hier, Emilie m’a appelé.

Cela faisait cinq ans que je n’avais pas entendu le son de sa voix. J’ai eu du mal à contenir mon émotion. Elle m’a dit où elle se trouvait. Elle ne m’a pas proposé de la rejoindre, elle m’a simplement dit qu’elle habitait en montagne, dans une résidence perdue dans les vallées. Elle ne m’a pas dit :

« Rejoins-moi Akira. »

J’aurais préféré qu’elle le fasse. Ça aurait été plus simple. J’aurais compris qu’elle voulait me voir. J’en aurais été sûr.

Je me suis mis en route aujourd’hui, après m’être soigneusement renseigné sur l’endroit où je me rendais. Je vais la retrouver.

J’ai pris le train d’abord, puis, arrivé à la gare, j’ai commencé à marcher. Cet endroit est si caché aux yeux du monde que je n’avais pas d’autre solution. J’avais prévu le coup. J’ai pris un grand sac à dos, une tente, de quoi me débrouiller. De la gare à la résidence d’Emilie, il y a à peine deux heures de marche, mais je sais que le trajet durera plus longtemps. Je vais avoir peur. Peut-être que j’aurais envie de fuir. Je vais faire des détours, grimper les montagnes, m’arrêter des heures durant, peut-être faire marche arrière quelques temps. Mais je finirais par parvenir jusqu’à Emilie. Je m’en suis fait la promesse.

***

Pendant deux journées entières, je prends le rôle d’un explorateur. Comme un gamin, je suis infatigable. La solitude me fait pousser des ailes. Je pousse des grands cris qui se perdent dans le vide, je saute, je gambade, parfois je danse quelques courts instants. Je ne sens aucun regard sur moi.

Je me plais à rêver que je possède ces montagnes, elles sont mon royaume. Personne n’a le droit d’y pénétrer, il m’est exclusivement réservé. Je peux me rouler dans l’herbe si je le veux, faire la course avec mon ombre, m’allonger dans l’herbe fraiche, me tremper les pieds dans les rivières. Personne ne me voit.

Lorsque j’arrive à la résidence, le deuxième soir, nous sommes aux environs de 18h. Le grand bâtiment en pierre est entouré d’une petite forêt. Pour pénétrer dans le bâtiment, il faut passer par un grand portail, traverser l’allée bordée d’arbres et sonner à la porte de la résidence. Je reste plusieurs minutes devant le portail, hésitant à sonner. Cela fait des années que je n'ai pas été si proche d’Emilie. Je devrais courir pour la retrouver le plus rapidement possible mais une fois devant ce grand portail, j’ai peur. Pendant une bonne heure, je fais des tours de la petite forêt avant d’enfin me décider à sonner.

***

Elle est si belle. J’avance lentement, je me délecte de cette vision. Elle est assise autour d’une table en bois devant la résidence, avec trois autres personnes qui jouent aux cartes. Elle les regarde attentivement. Emilie, mon Emilie. Ses cheveux sont longs, maintenant, et cascadent dans son dos. Elle sourit à demi, et ses yeux se concentrent sur les cartes que les joueurs posent à tour de rôle. J’ai envie de courir et de hurler son nom mais je me contiens. Je ne suis plus qu’à quelques pas d’elle. Quand va-t-elle enfin relever la tête ? Quand va-t-elle m’apercevoir ? Comment va-t-elle réagir ? Va-t-elle me reconnaître ?

« Emilie ! »

Je n’ai pas crié. Je ne pense pas qu’elle ait entendu. Un des joueurs, un vieil homme, se retourne vers moi. Il me sourit et tapote doucement la main d’Emilie. Enfin, elle lève les yeux. Ses yeux bleus, perçants. Elle tremble un peu en se levant et en poussant sa chaise en arrière. Je laisse tomber mon lourd sac à dos sur le sol. Emilie avance vers moi. Je ne la quitte pas des yeux. Emilie, mon Emilie.

Elle s’arrête, me regarde dans les yeux. Je frémis. Elle me saisit les mains, les serre.

« Akira. »

Emilie m’embrasse sur la joue.

« Je savais que tu viendrais. »

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