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Samedi 23 Mai 1818 - The Drunken Sailor

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article 885
Par Pouiny

Après être passé auprès de quelques petits villages, enfin j’arrive dans la ville de Waterford ! J’ai l’impression de voir le clocher de la cathédrale depuis bien 5 miles, il n’est que plus imposant une fois sur le parvis. Je me suis assis sur les marches pour écrire, et j’observe le va-et-vient des bateaux sur le fleuve et les carrioles sur l’avenue. Encore une grande ville qu’est Waterford, et encore une énergie différente. Est-ce que j’avais déjà découvert une cité aussi forte que celle-ci ? Le sol pourrait s’ébranler qu’aucun bâtiment ne serait prêt à s’écrouler !

J’ai continué de vagabonder dans les rues de Waterford, profiter de la magnifique architecture Gall-Gàidheal tout en pierre carrée. Ce n’est pas un compas qu’ils devaient avoir dans l’œil, mais bien une règle ; c’est à peine si j’ai pu apercevoir 2 ou 3 tours rondes ! Au moins, je saurai que si je ne vois plus d’angles droits, c’est parce que j’aurais bu le whiskey de trop.

Et j’ai encore failli me faire embarquer dans une drôle d’aventure ! On était tout juste au petit matin, et après avoir salué quelques musiciens d’un pas de danse et récupéré quelques sous, je profitais de marcher près du fleuve sur les docks pour observer le soleil se lever sur les reliefs boisés. Je réfléchissais à mon voyage et sa prochaine destination lorsque j’ai été tiré de mes pensées par un véritable chahut dans mon dos. Sur le port titubait un équipage entier, courant, dansant et chantant à tue-tête. Autour d’eux, les rares passants s’éloignaient en hâte, comme s’ils craignaient de se retrouver mêlés à la fête. Et quant à moi… J’étais encore en train d’essayer de comprendre leur déclame quand je fus littéralement aspiré par les marins ivres !

Whay hay, and up she rises

Whay, hay, and up she rises

Whay, hay, and up she rises

Hurly in the mornin’

J’aurais été moins secoué si j’avais été en pleine mer. Le groupe semblait porter un homme endormi — ou plutôt inconscient ? Vers leur bateau. On reconnait facilement les chanteurs de la mer ; ça chante faux, mais tout le monde est en rythme. C’est comme si les paroles étaient une extension de leur travail. Les notes, par contre… Et alors que je me faisais ballotter de marin en marin, poussé d’un côté, puis de l’autre, j’ai compris que l’homme inconscient était l’objet de la chanson moqueuse, le prévenant de tout ce qu’il allait subir. Le groupe entier chantait la question « What will we do with a drunken sailor », puis intervenait une personne inspirée pour déclamer une proposition diabolique. Et il y en eut, de toutes sortes ! Avec le recul, je me souviendrai qu’il vaut mieux éviter de boire quand des marins sont à proximité…

Et voilà que je me trouvais au centre du groupe, à porter ce pauvre homme innocent vers Dieu ne sait où. Les idées les plus absurdes les unes que les autres fusaient de toute part et bientôt tout ce petit monde traversa le pont pour le poser dans un lit, suite à un couplet qui avait fait rire toute la fine équipe. « Put in in the bed with the captain’s daughter! ». Quand ce fut fait et que j’observais la scène, un peu incrédule, je sentis le bateau tanguer et le groupe se disloquer. « Allez, de retour au boulot ! »

J’étais sur un bateau, entouré d’inconnu dont l’ivresse semblait s’être évaporée en un instant, mais surtout ; j’étais sur le point de quitter le port ! Paniqué, je me suis précipité vers un des marins pour lui demander vers où ils comptaient débarquer. Après tout, je me disais que mon voyage étant dirigé majoritairement par le hasard, je pouvais bien me laisser entraîner ? Mais la réponse m’a tout simplement glacé le sang.

« Hé bien, l’ami ! Vous devriez vous préparer, parce que l’on part pour A Coroña, en

España ! »

Et le bateau qui commençait à tanguer, et l’ordre au loin de lever l’ancre qui arriva jusque dans mes oreilles alors que je tentais vainement de comprendre ce qui m’arrivait ! Feck ! J’ai rarement couru aussi vite de toute ma vie. J’ai pris mon élan et j’ai bondi au-dessus de l’eau pour rejoindre le pont. Derrière moi, j’ai entendu les marins bourrés me siffler et rire de mon saut de gazelle. Mais peu importe ; mon manteau avait à peine touché la mer, et je suis toujours en Irlande. Dieu merci ! Désolé pour l’Espagne, mais il me reste encore trop à voir sur l’île d’Émeraude pour la quitter ainsi.

Je vais finir par croire qu’il y a vraiment des Voisins qui s’amusent de mon malheur. Mais pour les consoler, je veux bien leur promettre que j’irai, un jour — peut-être, en Espagne. Mais pas avec un équipage de marin bourré !

That’s what we do with a drunken sailor

That’s what we do with a drunken sailor

That’s what we do with a drunken sailor

Hurly in the mornin’!

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