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article 361

Mr Julian Spellward                                                  M. Guillaume Vaillancourt

Orphelinat de Penastrel                                            26 Boulevard de Clichy

14 Chemin des Landes                                             75018 Paris

Penastrel

Cher monsieur Spellward,

De mon vivant, jamais je n’aurais pensé rencontrer un autre voyageur de monde parallèle. Mais en lisant votre histoire dans le journal, j’ai tout de suite su qu’il me fallait vous écrire.

D’après Le Monde, vous aviez quatorze ans le jour de votre disparition. La semaine dernière, huit ans plus tard, on vous a retrouvé tel que vous étiez le jour de votre départ, errant dans les Cornouailles. Les mêmes vêtements, les mêmes traits juvéniles, comme prisonnier d’une photographie . Pourquoi n’aviez-vous pas grandi ? Même les médecins qui vous ont examiné n’ont pas trouvé d’explication.

En cette heure où le monde entier a les yeux rivés sur la faille temporelle que vous représentez, je ne peux m’empêcher de trembler en songeant aux sentiments qui doivent vous traverser. Revenir après tant d’aventures. Découvrir la disparition de votre famille. Se retrouver contraint de vivre dans un orphelinat. Tous vos repères se sont écroulés.

Mais rassurez-vous, vous n’êtes pas seul.

Je comprends tout à fait votre silence face à la presse. Personne, ici, n’est prêt à entendre la vérité. Sachez cependant que je la connais. Entendre mon histoire, découvrir comment j’ai moi aussi percé ce secret, peut-être cela rendra-t-il votre retour parmi nous plus supportable.

Quand on expérimente ce qui se trouve au-delà de notre quotidien si ordinaire, y revenir s’avère une véritable épreuve.

Avec cette lettre, vous trouverez une copie d’un de mes journaux de bord du temps où j’étais explorateur. En France, mes expéditions m’ont rendu célèbre, jusqu’à ce que j’entreprenne celle qui allait à jamais causer ma ruine, puis changer mon existence. Vous y trouverez des similitudes avec la vôtre, sans aucun doute !

J’ai joint à mon journal une autre lettre. Ouvrez-la seulement une fois votre lecture terminée. Vous y trouverez réponses et conseils.

Dans l’espoir que ces pages vous seront instructives et vous sortiront de votre mélancolie dévorante.

Bien à vous,

Guillaume Vaillancourt

Septembre 1948.

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