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Chapitre 3

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Par Vava

Ce fut l'affaire d'une trentaine de minutes, durant lesquelles je papotais activement avec la salle pendant que Sagarra dessinait sa partie du travail sur le mur autour de la fenêtre. De ce que je pouvais voir depuis ma place, iel avait décidé d'utiliser de la magie intermédiaire celtique, ce qui était loin d'être bête, la plupart des sorts celtes étant liés aux éléments de base1. Si on voulait arriver rapidement à une modification de structure, sans tout faire exploser, les magies celtiques et nord européennes étaient la meilleure solution.

Après... Sagarra étant Sagarra, iel ne se contenta pas de tracer les symboles magiques sur le mur, iel les grava du bout du doigt, probablement en canalisant une arcane majeure que je ne connaissais pas. Si j'étais plutôt très bien placé dans le classement général de la promo, Sagarra tutoyait la première place quasiment en permanence.

Ce qui lui valait des cours particuliers avec certäns des meilleurxes professeuroresses de l'école.

Et beaucoup de jalousies.

Dont la mienne.

Enfin, non, pire, moi je l'enviais pour ça.

Pas tout le temps hein, mais à chaque fois que je m'en souvenais.

Il faut dire aussi que notre école est plutôt... particulière. Vous l'avez probablement compris, vu que c'est une école qui enseigne la magie en plus des trucs classiques genre science, langues et autres choses scolaires plus ou moins utiles à la vie d'adulte indépendant. Mais même parmi les écoles de magie, la notre est... atypique.

En gros, c'est une école pilote : toutes les promotions d'élèves servent de crash test aux cours et apprentissages qui seront ensuite dispensés dans les autres établissements enseignant la magie.

Ou interdits.

Dépendamment du nombre de morxes ou des bénéfices pour la société.

Sympas non ?

C'est une école dans laquelle il n'est pas si aisé de rentrer, pour la simple (et bonne, si vous voulez mon avis) raison que les cours sont risqués, bizarres et novateurs. On nous demande de bonnes bases théoriques dans les magies intermédiaires comme majeures, une décharge de la part de nos parenxes ou tuteurices légaux, d'accepter de ne pas sortir de l'enceinte de l'école pendant presque tout le cursus, et de se soumettre à tout un tas de tests plus ou moins intrusifs incluant une épreuve de mémoire particulièrement pénible.

Mais en contrepartie, on étudie avec la première ou seconde génération d'enseignanxes chercheureuse en magie, on participe activement au développement et à la standardisation de cette dernière, et si on finit le cursus, on à un trèèèès large choix de professions qui s'ouvrent à nous. Personnellement, j'hésite entre chercheur vulgarisateur autour de la magie de cuisine, chercheur de terrain pour répertorier les nouvelles magies émergentes, ou spécialiste des anciennes magies. Mais j'ai encore le temps de me décider : le choix de spécialisation se fait en fin de premier cursus, soit en novembre de cette année.

Voilà pourquoi il m'arrivait (régulièrement) d'envier Sagarra qui passait pas mal d'heures de sa semaine avec les pointures en recherche de l'école, à étudier des trucs dont je n'avais pas idée, ou qu'il fallait que je travaille tout seul dans mon coin.

La voix de män camarade me sorti de mes pensées :

- J'ai finis.

- Ça tombe bien, moi aussi (je me levais pour rejoindre Sagarra près de la fenêtre et observait son sort avec attention) … c'est du beau boulot.

Un sourire étira ses lèvres.

- Merci.

Sans m'en rendre compte, je passais les doigts sur les ogham2 parfaitement tracés, appréciant sincèrement le travail effectué : c'était presque de l'art à ce stade. La pierre en dessous semblait satisfaite aussi, et plutôt favorable à l'acceptation du sort qui allait la modifier, tout comme la salle de classe, qui me faisais à présent entièrement confiance. Au point d'avoir verrouillé ses portes pour ralentir quiconque souhaiterai nous interrompre.

Gentille fille.

Après une dernière caresse au mur, je reculais de quelques pas pour laisser Sagarra déclencher son sort, qui s'activa avec élégance : la vitre de la fenêtre tomba en fine poussière de sable sur le sol, côté salle de classe, puis le bois des montants remonta sur la pierre comme du lierre tandis que les moellons se réarrangeaient d'eux même pour créer une arche au bord épais, et à l'écart assez large pour nous laisser monter toustes deux sur sa base. Je sifflais entre mes dents, impressionné : le sable avait même regargné l'encadrement pour le décorer de perles de verres en forme de fleurs.

A mes côtés, Sagarra arborait un grand sourire d'enfanxe ravixe.

- Pas mal hein ?

- Très joli. C'est à peine si la pièce a senti la différence.

- Je te dois l'idée. A la base, j'étais partixe sur le fait de juste modifier la matière, mais après notre discussion, je me suis dis que c'était plus correcte envers la pièce et toi de partir sur un sort harmonieux pour ne pas trop blesser l'endroit.

Évidement, cette petite attention me fit extrêmement plaisir.

Je tapotais affectueusement le mur qui frissonna de contentement sous mes doigts.

- Merci. Tu as bien pensé à rendre la modification temporaire ?, m'inquiétais-je quand même.

Iel ne cessa pas de sourire, simplement, son expression se teinta d'amusement.

- Oui. Normalement, dès qu'on aura plus les pieds sur la margelle, la zone pourra reprendre son apparence d'origine.

Si elle en as envie, pensais-je.

La transformation était vraiment jolie, et faite avec élégance. Il était donc possible que la salle de classe décide de la conserver telle quelle. Si c'était le cas, il faudrait qu'on pense à prévenir les professeuroresses pour qu'un sortilège de garde soit posé sur l'ouverture afin d'empêcher les chutes, et que quelqu'än se charge de réfléchir à comment chauffer une pièce ouverte aux quatre vents.

Mais bon, ça, c'était une préoccupation pour plus tard.

Nous grimpâmes de conserve sur le rebord de l'arche, chacän se tenant au mur de son côté, et nous prîmes le temps de nous concerter pour synchroniser l'exécution de la suite d'Orthis, afin que les effets de notre sort arrivent en même temps. Après un bref décompte, nous nous mîmes à dessiner la suite en l'air, moi de la main gauche, Sagarra de la main droite, dans un ensemble plutôt parfait. Assez en tous cas pour que le nous arrivions en même temps au dernier trait de la suite.

Une autre chose à savoir sur la magie, et qui rend son étude comme sa standardisation compliquée, c'est qu'elle ne se manifeste pas de la même façon pour tout le monde, même lorsqu'elle est générée par le même sort. De mon point de vue, la suite d'Orthis n°4 se traduisait par un chemin légèrement transparents qui sinuait jusqu'à la cloche des examens. Du côté de Sagarra, elle semblait privilégier la formation d'espèce de raquettes sous ses pieds, comme si l'air s'était soudain transformé en neige poudreuse.

Intéressant.

Je notais cet effet dans un coin de ma tête pour aller vérifier plus tard si c'était une manifestation déjà répertoriée3, puis inspirait à fond.

- On y vas ?

- Une seconde...

Sagarra libéra une mèche de ses cheveux et me la tendit. Devant mon air perplexe, iel se fendit d'un sourire gêné.

- On a dit ensemble, non ? Si on veut que la magie nous sente comme une seule entité, il faut qu'on se touche.

Chose à laquelle je n'avais absolument pas réfléchit.

Parce que normalement, lorsque deux mages décident de faire de la magie commune, iels se tiennent tout simplement la main. Ou l'än touche l'autre. Dans tous les cas, il faut que ce soit peau à peau, ou élément organique à élément organique, sinon la magie considère qu'il y a deux personnes distinctes. Hors, Sagarra n'appréciait pas le contact direct...

- Tu penses que ça va suffire ?

- Oui. On a déjà testé avec des profs, les cheveux, ça fonctionne.

- C'est pour ça que tu les gardes si long ?

- En partie. Bon. Tu prend cette mèche ou pas ?

Visiblement, le sujet lea mettait mal à l'aise.

Sans plus faire de commentaire, j'attrapais les cheveux noirs dans mon poing, m'assurant de les prendre à un endroit qui nous donnait de la latitude pour bouger sans lui tirer sur le crâne. Contrairement à ce que je m'étais imaginé, les cheveux de Sagarra n'étaient pas doux. Au contraire, ils auraient eu besoin d'un bon masque made in maman d'Amari tant ils étaient secs.

Je me notais de demander à mon amie si elle serait d'accord pour faire une cession cheveux avec Sagarra, et de proposer al dixe Sagarra plus tard, puis tournait mon attention vers le le chemin à parcourir.

- Allez c'est parti...

Nous avançâmes ensemble dans le vide.

Immédiatement, la magie se mis à l’œuvre, solidifiant l'air sous mes pas, et faisant légèrement rebondir Sagarra à chacun des siens. Le vent se mêla à l'aventure, ébouriffant la chevelure mal attachée de män compagnxe et faisant frissonner la peau de mon crâne (je porte les cheveux très courts... c'est plus facile à entretenir4 et moins risqué en cours d'alchimie ou de potions), ce qui nous incita à presser le pas. Heureusement pour nous, le temps de cet après-midi de printemps était clair, presque doux, et le vent frais mais pas assez turbulent pour nous envoyer valdinguer dans tous les sens.

Pour quelqu'än néxe bien avant le retour de la magie, nous aurions fait un étrange tableau, à marcher ainsi dans le ciel, liéxes par une mèche de cheveux ; mais dans l'école, des gens en train de voler n'était pas un spectacle si inhabituel.

Il nous fallut environs dix minutes pour traverser la cours, passer par dessus la muraille, puis atteindre le beffroi abritant la cloche.

Cette dernière avait tout d'une cloche ordinaire tant que vous en regardiez l'extérieur. A l'intérieur par contre, c'était une autre histoire : son métal étaixet bardé d'inscriptions diverses, de sorts élaborés et d'autres petits détails que seule la première personne à la faire sonner pouvait apercevoir. Reconstituer un de ces sorts et le donner à sän mentororesse augmentait aussi notre vote finale.

Vous l'aurez compris : tout dans l'école était fait pour nous pousser à la compétition, à la curiosité, et à l'expérimentation.

Une fois nos pieds de nouveau posés sur un sol solide, la suite d'Orthis n°4 se désactiva, et je me permis de reprendre mon souffle (même après plusieurs années de pratique, j'appréhende toujours de me balader dans le vide) puis de jeter un coup d’œil par dessus mon épaule.

L'arche était toujours là.

Un sourire étira mes lèvres, mais je me gardais de le signaler à Sagarra qui fixait intensément la cloche.

Intrigué, je suivi son regard, et maintint mon sourire : au lieu d'une seule corde pour sonner la cloche, il y en avait deux, qui s'entrecroisaient ensuite autour du balancier, permettant ainsi à plusieurs personnes de la faire sonner ensemble.

- C'est de la magie de cuisine.

Sagarra sursauta, et tourna la tête pour me dévisager.

- Ah ?

- Ouais. Quand un bâtiment ou un objet se modifie en fonction des intentions des personnes ou de son propre chef comme là, ça entre dans la magie de cuisine.

A son expression, je compris qu'iel n'avait jamais envisagé cette possibilité.

C'est l'inconvénient de baigner dans la magie de puis votre naissance : la plupart des choses liées à la magie vous semblent couler de source, ce qui fait que personne ne les interroges. Un peu comme pour la génération de nos ancêtres néxes avec internet et les smartphone. C'est là, on s'en sert, et on ne se questionne pas sur la mécanique à l'intérieur nécessaire pour faire fonctionner l'appareil ou le web.

Avant que Sagarra ne se perde dans des abîmes de réflexions, comme ça lui arrivait de le faire quand une info bouleversait sa vision du monde (je vous ai dit que je l'avait obervéxe ! Pas la peine de me trouver louche de savoir ça !) je tirais très légèrement sur sa mèche de cheveux pour lea garder sur la muraille avec moi, avant de la lâcher, un mince sourire aux lèvres.

- Comment on procède ? Tu dictes, je note, et dès que les textes commencent à disparaître, on tire ?

Les yeux noirs se plissèrent légèrement pendant qu'iel soupesait ma proposition. Laisser un tiers noter les sorts de la cloche l'exposait au risque de ne jamais voir la couleurs de ces notes. D'un autre côté, il était clair qu'entre ellui et moi, c'était ellui lea mieux placéxe pour identifier symboles et sortilèges. Alors que j'ouvrai la bouche pour proposer une alternative garantissant qu'on se partagerait bien les notes, Sagarra me donna son assentiment, ce qui me surpris plutôt agréablement : j'avais dû, d'une façon ou d'une autre, lui démontrer que j'étais quelqu'än de fiable. Iel sorti de sa poche un carnet de notes comme nous en trimbalions toustes5, et qui contenait des sorts tout prêts à être lancé, et convoqua le reflet d'une horloge numérique égrenant les secondes. Un truc pratique qu'on apprend en première année.

- Je dicte quarante secondes, puis on sonne.

- Ça me vas.

Soyons honnêtes, ces quarante secondes sont parmi les plus stressantes de toutes ma vie : Sagarra ne dicte pas, iel mitraille.

Au point que je dû finir par convoquer un sort d'enregistrement (lui aussi on l'apprend en début d'année) pour avoir la certitude de ne rien oublier au moment où je mettrai nos notes au propre. Et pour faire bonne mesure, je dû aussi utiliser ma main droite pour prendre des notes.

C'est un des trucs pratiques des mages de cuisine : en général, on est ambidextre. Ça permet de faire plein de trucs plus facilement, et quand on pratique les Arcanes ou la magie, de tisser les deux en même temps, ou de balancer attaque et protection en même temps. On pourrait croire que la plupart des personnes pratiquant les magies auraient développé ce talent, mais non, ça reste mineur au point que je dois cacher mon ambidextrie à l'école, histoire de ne pas me faire griller comme Sagarra m'a grillé.

Rapport au mépris de classe envers la magie de cuisine, vous vous souvenez ?

Et ma flemme phénoménale de devoir ensuite composer avec des abrutixes qui vont d'un coup me virer de leur groupe de TD à cause de ça. Ou de devoir me justifier à chaque bonne note dans une autre matière parce qu'on m'auras accusé de tricher à cause de mes dons d'origine.

Alors que franchement. La plupart des trucs de Magie ou d'Arcanne, c'est que de l'apprentissage et de la puissance.

J'en étais à finir de tracer le symbole sanskrit de la lune lorsque män camarade sortixe de sous la cloche, l'oeil vif et le visage joyeux, sonnant ainsi la fin de mon calvaire. Alors que son regard s'attardait sur le cahier en lévitation devant moi, mes deux mains armées de crayons posées sur le papier en train de prendre des notes, mon air exaspéré et mon sort d'enregistrement en train de clignoter, je me senti soudain de mauvais poil.

Parce que je devais avoir l'air ridicule.

Et que Sagarra me fixait comme s'iel venait de voir un truc particulièrement bizarre.

Grognon, j'interrompis le sort d'enregistrement que je collais ensuite dans mon cahier, qui finit au fond de mon sac à dos, et gagnait la cloche sans plus lea regarder.

- Il reste quinze secondes. On sonne, dis-je de mon meilleur ton revêche, qui est très efficace pour empêcher les gens de discuter en général.

- Euh. D'accord.

Sa main se posa sur l'une des cordes, je saisi la deuxième, nous comptâmes jusqu'à trois, puis sonnâmes, annonçant à toute l'école que quelqu'än avait réussi toutes les énigmes de l'examen...

Soyons clair : ça m'est déjà arrivé de sonner la cloche en premier. Pas super souvent, parce que le niveau de ma promotion est plutôt élevé, de même que celui de la promotion avant la notre (les 1ières année du seconde cursus), mais quand même.

Et d'habitude, la cloche sonne, ça lance un décompte plus ou moins long au dessus de la cours principale ainsi que dans le Périf, le Cercle et l'Anneau où tout le monde passe pour se rendre en cours pour signaler aux étudianxes combien de temps il leur reste pour conclure leur examens, puis on se retrouve télétransportéxe dans le hall principal histoire que tout le monde soit bien au courant de QUI à finit en premièrxe.

Sauf que.

Là.

On avait sonné à deux.

Le compte à rebours s'afficha bien dans le ciel, au dessus de la cours que nous avions survolé tantôt (et dans le grand hall, mais ça je le su plus tard), mais Sagarra et moi n'atterrîmes pas, dans toute notre gloire de premièrxes à l'examen, au centre d'élèves esbaudit par notre intelligence.

Non.

Le sort lié à la cloche nous expédia directement en salle des profs.

Et plus précisément, devant la porte du bureau de lea directeurice.

Ce qui en soit était plutôt mauvais signe. En tous cas à mes yeux.

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1 A savoir : eau, terre, feu, air, néant et vivant. A quelques variations culturelles près.

2 C'est un alphabet antique, essentiellement utilisé pour écrire l'irlandais primitif. Les lettres et les ensembles de sons sont organisés comme s’organiserait un arbre : vous avez le tronc et ses branches (la lettre de base avec ses encoches) et les bosquets (les groupes de lettres). C'est plutôt joli à regarder.

3 Probablement, puisque Sagarra l'utilisait, et que répertorier une nouvelle manifestation magique nous ajoutais des points... mais au pire, j'apprendrais des choses intéressantes en vérifiant, et au mieux, s'iel avait oublié, je pourrais augmenter ma note finale en ajoutant une nouvelle entrée à l'encyclopédie magique commune de l'école.

4 La flemme, vous vous souvenez ?

5 C'est plutôt pratique, ça évite de devoir faire des préparatifs fastidieux à chaque fois qu'on veut utiliser de la magie intermédiaire. Le mien à la couverture marron, bariolée de stickers et autres annotations aux feutres métalliques, et celui de Sagarra basiquement noir.

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