-Eloignez-la ! C'est une démone !
La voyante, madame Farnier, me regardait, horrifiée.
Elle recula lentement, ne me lâchant pas des yeux, semblant croire que je risquais de lui sauter dessus au moindre mouvement brusque de sa part.
Mes parents accoururent au bruit des couinements suraigus qu'elle poussait et l'aidèrent à reprendre son souffle.
Lorsqu'enfin ils se tournèrent vers moi, ce fut pour me lancer un regard où se mêlaient dégout, reproche et honte.
Dès la seconde où je vins au monde, ils me détestèrent. La couleur de mes cheveux. Rare, à l'exacte opposée de celle du héro de la légende, porteuse de mauvais présages.
Madame Farnier les fit s'approcher et leur chuchota, assez fort pour que je l'entende :
-Réunissez le conseil du village ! Vite!
Ils s'exécutèrent et très vite je me retrouvai au centre d'une assemblée. Tous m'étaient hostiles. Ils me scrutaient, plus ou moins haineux, d'une curiosité malsaine. Lorsque la voyante se mit à parler, ils se détournèrent enfin de moi.
Elle leur raconta ce qu'elle avait vu.
J'étais au centre de la scène. La vingtaine, une épée à la main, des éclaboussures de sang sur le visage. Un vent de cendre faisait s'agiter mes cheveux, plus noirs que jamais.
À mes pieds, un corps, sans vie. Je l'observais, l'air indéchiffrable. Le poussant de mon épée, je tournai son visage dans ma direction puis souri.
Du même sourire que je fais à une mauvaise plaisanterie.
Autour de ma silhouette, des ruines. Le village.
Un corbeau vint se poser sur mon épaule et je fis demi-tour.
Une fois que madame Farnier eut fini son récit, un silence lourd, étouffant emplit la salle. Après quelques interminables minutes, un villageois leva la main :
-Je ne vais pas prendre de pincettes : cette fille est un danger, il faut la bannir.
La voyante secoua la tête, faisant tinter ses boucles d'oreilles :
-Elle reviendra.
Un autre se lança :
-Pourquoi ne pas la tuer ?
Je frémis mais le gardien du village s'interposa :
-Je l'apprécie autant que vous mais on ne peut pas la tuer avant qu'elle ne fasse quelque chose de mal.
Quelqu'un proposa encore :
-Et si on lui lançait un sort d'oubli ?
Mais, de nouveau, on le contredit :
-Il n'y a pas de sorcier assez puissant pour ça ici.
D'autres solutions furent tentées, toutes rejetées. Ils parlaient de moi comme si je n'étais pas là.
Et puis mes parents, mes propres parents, suggérèrent de m'enfermer.