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Chapitre 33 : La coupe du monde

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Par Nathalie

Une semaine avant le début de la coupe du monde, les entraînements furent arrêtés. Les joueurs eurent pour mission d'augmenter leurs réserves, le plus possible. Marlène commençait ses journées à vérifier que son rendement était maximal puis créait de la magie dont une bonne partie servait à consolider son assemblage.

Trois jours avant le premier match, Patrick Balia réunit son équipe dans la salle de briefing. Les murs étaient ornés de bannières écarlates, à l’effigie des Tuniques rouges, mais l’ambiance était loin d’être festive. L’entraîneur, debout devant un tableau où figuraient les noms des équipes, croisait les bras avec gravité.

- Le premier tirage au sort est tombé.

Les joueurs se tendirent. Marlène, assise au premier rang, croisait les jambes avec une nonchalance feinte, mais ses doigts tapaient nerveusement sur son genou. Patrick releva la tête.

- Nous serons dans le groupe C et nous jouerons contre les Matador d'Espagne, les Patriotes du Togo et les Milongas d'Argentine.

Un cri de joie explosa dans la salle. Anaëlle sauta sur ses pieds.

- On va passer aisément ce premier tour. Trop bien ! On va pouvoir jouer au moins trois matchs ! s’exclama Anaëlle.

- Les Black Star des USA, les Knights du Pakistan et la Triunfante du Brésil sont également dans le même groupe, continua Patrick.

La salle retomba dans un silence assourdissant. Marlène haussa un sourcil.

- Oh merde ! Un seul de ces trois là s’en sortira. Coup dur, lança Antoine.

- Qui est le pauvre quatrième du groupe ? demanda Séverine.

- Les Queen United, indiqua Patrick.

- Paix ait leur âme, murmura Fatima et tout le monde sourit.

- La Pobeda de Russie, Al-Djaza’ir d’Algérie, les Sombreros du Mexique et Ilah d’Egypte sont aussi dans le même groupe, continua Patrick.

- Attends ! Ça veut dire que les meilleures vont se déchirer dès les premiers matchs ? comprit Antoine.

- La répartition est très mauvaise, confirma Patrick.

- Ça laisse les Rikishi du Japon, les Lucioles d’Italie, les Kangs d’Australie et les Morders d’Allemagne pour le dernier groupe, compta Antoine. C’est plié d’avance pour ce groupe là. Les Rikishi l’emportent forcément.

- Ça nous laisse le choix entre les Black Star, la Pobeda ou les Rikishi pour la demi-finale.

- Nous irons au moins jusqu’en demi-finale, lança Anaëlle. C’est déjà beaucoup mieux que d’habitude !

Marlène, les bras croisés, lança un regard glacé à ses coéquipiers.

- Nous gagnerons cette coupe du monde, gronda Marlène, déçue par leur manque d’ambition.

- Ton enthousiasme est rafraîchissant, Marlène, mais soyons honnête. Nous n’avons pas la moindre chance, dit Patrick. On vise la demi-finale et on essaye de ne pas être ridicules à ce moment-là. Ça sera déjà pas mal !

Marlène ronchonna. Ce n’était pas avec cet état d’esprit qu’on gagnait.

Le premier match opposa les Black Star aux Queen United. Naturellement, les Black Star l'emportèrent sans difficulté. Le match fut rapide et peu intéressant. Le match suivant donna la victoire aux Knights du Pakistan.

Aucune surprise non plus dans le groupe B. La Pobeda russe écrasa les Sombreros. Al-Djaza’ir, l'équipe algérienne, s’amusa avec les Ilah égyptiens et offrit un spectacle de toute beauté aux spectateurs.

Enfin, ce fut le tour de la France, dans le troisième groupe, de faire son premier match. Le Togo était la douzième équipe mondiale, soit deux rangs de moins que la France. Pas de quoi être totalement confiant.

Au moins le match avait-il lieu dans les arènes parisiennes. Séverine, Anaëlle, Antoine, Nicolas et Marlène joueraient. Patrick souhaitait frapper fort dès le premier match afin de marquer les esprits. Marlène comptait bien en mettre plein la vue à tout le monde, surtout à Lycronus. Il n’aimait pas regarder le PBM, qu’il considérait comme une perte de temps, mais pour elle, il ferait un effort, non ?

Comme promis, Marlène laissa Anaëlle marquer, se concentrant sur ses attaques en duo avec Séverine. Deux tireurs, deux attaquants, un protecteur du côté français. Les togolais avaient également mis deux tireurs mais trois attaquants. Pas de protecteur. Chacun se débrouillait. Pas de cohérence ni de lien. Cinq individus jouant sans logique.

Marlène évita soigneusement de s’en prendre au même Togolais que Séverine. L’attaquante française dégomma un Togolais avant de sortir, vidée. Un pour un. Cela aurait pu être pire. Marlène n’eut pas de difficulté à éliminer un tireur Togolais. Anaëlle suivit. Antoine se contenta de se protéger lui-même, ni Marlène, ni Nicolas n’en ayant besoin. Il titillait les Togolais pour les amener à s’en prendre à lui, laissant le champ libre aux néomages.

Marlène dégomma le deuxième tireur, ne laissant que les attaquants Togolais. Aucun des deux ne changea de poste, si bien que le score des français augmenta à une vitesse vertigineuse. Marlène élimina les deux derniers adversaires contre lesquels Antoine résistait sans peine.

- Une victoire bien facile, conclut Marlène en s’adossant à son casier dans les vestiaires.

- Puisse-t-il y en avoir beaucoup d’autres, ricana Antoine, un sourire en coin.

- Je suis ravi, annonça Patrick en balayant l’équipe du regard. Seulement deux éliminés, une victoire écrasante et rapide. C’est exactement ce que j’espérais. Continuez comme ça.

Marlène savoura ses mots, une pointe d’orgueil dans le cœur. Pourtant, elle ne laissa rien transparaître. Ce n’était qu’un début, se rappela-t-elle. Les vrais défis n’étaient pas encore là.

- Prochain match dans six jours, reprit Patrick. Nicolas, tu penses pouvoir jouer ?

- Oui, annonça le néomage.

- Marlène ?

- Évidemment, grommela la néomage, agacée qu’on pose la question.

- Antoine ?

- Même pas vidé après ce match, répondit le protecteur avec un clin d’œil, arrachant un sourire à Patrick.

- Peter et Fatima prendront le rôle de tireur et d’attaquant, permettant à Séverine et Anaëlle de reprendre des forces.

Tout le monde acquiesça, y compris Marlène. Peu importait lequel de ces bras cassés jouait. Ça ne changeait rien. La victoire serait sienne.

Après un rapide débriefing, les Tuniques Rouges furent appelés pour leur première conférence de presse. Marlène sentit un nœud d’appréhension dans son estomac. Elle se contenta de suivre Nicolas, le capitaine, qui affronta les journalistes avec un sourire confiant.

L’ambiance était électrique. Les questions fusaient, mélange de curiosité et de provocation. Nicolas répondit avec assurance, jonglant entre l’humilité et l’assurance, un art qui semblait lui être inné. Marlène resta silencieuse, observant chaque mot et chaque expression. Elle analysait, apprenait, mais bouillait intérieurement.

Un jour, ce serait elle qu’on interrogerait en premier. Et ce jour-là, elle brillerait encore plus qu’aujourd’hui sur le terrain.

Le lendemain, les Matadors remportèrent une victoire convaincante contre les Argentins, s’assurant leur place comme prochains adversaires des Tuniques Rouges. Marlène, déterminée à être prête, s’attela à renforcer son assemblage. Elle y intégra une nouvelle structure dédiée à la destruction des billes adverses, mais l’ensemble devenait instable, trop complexe à maintenir.

Après une hésitation, elle décida de retirer la magie intra de son assemblage. À quoi bon conserver une partie inutile ? Avec ce compromis, elle consolida le reste, sentant l’équilibre revenir. Elle sourit, satisfaite. Cette fois, rien ne l’arrêterait.

Le jour suivant, l’équipe assista à un match en salle de projection. Les Lucioles italiennes, pourtant 15ᵉ au classement mondial, créèrent la surprise en écrasant les Rikishi japonais, 6ᵉ mondiaux. L’équipe observait, fascinée, lorsque Miraël Fawzi utilisa une stratégie étrangement familière : il détruisit les billes du tireur adverse, offrant à ses attaquants un avantage décisif. Déconcertés, les Japonais furent balayés.

Un silence lourd s’installa dans la pièce lorsque le match s’acheva. Tous les regards convergèrent vers Marlène.

- Maintenant, tout le monde va utiliser cette technique, grogna Patrick, les bras croisés. Que les Russes l’utilisent, passe encore, mais les Italiens ? Comment ont-ils été informés ?

- Des spectateurs ont pu en parler, tenta Séverine avec une prudence palpable.

- Des spectateurs ? ironisa Patrick. Le fait que sa meilleure amie soit la copine de Miraël Fawzi n’a aucun rapport, bien sûr ?

Marlène sentit son estomac se nouer. Elle évita le regard de son entraîneur, mais son esprit s’agitait. Amanda ? Non, ce n’était pas possible… Elle n’aurait pas fait ça. Et pourtant, elle se souvenait des conversations partagées, des détails livrés sans méfiance. Les dents serrées, elle sentit une colère sourde monter en elle.

Pourtant, elle n’osa pas demander des comptes à Amanda. Et si ce n’était pas vrai ? Et si Patrick se trompait ? Elle choisit de garder ses doutes pour elle, mais quelque chose s’était fissuré. Dans les jours suivants, Marlène se montra plus distante dans ses échanges avec Amanda. Le ton de leurs conversations perdit sa spontanéité. Amanda, de son côté, ne sembla rien remarquer, continuant à parler avec la même légèreté insouciante.

Marlène, en revanche, notait chaque mot, chaque silence, à la recherche de la moindre trahison. La méfiance s’installait, un venin discret mais tenace.

Les Allemands, pourtant moins bien classés que les Kangs d’Australie, créèrent la surprise en adoptant la stratégie italienne. La destruction systématique des billes adverses bouleversa les schémas habituels. L’équipe allemande, galvanisée, renversa une équipe australienne déboussolée, scellant leur victoire dans un déchaînement de joie.

Dans la salle de projection, Patrick secoua la tête, l’air sombre, tandis que les cris des Allemands résonnaient dans les gradins.

- Ils réagiront, maugréa-t-il, son regard fixé sur l’écran. Les entraîneurs vont tout retravailler. Le temps que ce soit notre tour, cette stratégie sera contrée… ou utilisée contre nous. Il faut s’attendre à ce que nos adversaires ciblent les billes d’Anaëlle et Peter. Nos entraînements doivent inclure ce paramètre dès maintenant.

Un soupir collectif parcourut la pièce. Des regards furtifs se tournèrent vers Marlène, remplis de reproches non exprimés mais évidents. Elle sentit le poids de leur mécontentement peser sur ses épaules. Si seulement elle avait su patienter… Si elle avait su se taire.

Les mots de Patrick résonnaient dans sa tête comme un écho amer. Les Tuniques Rouges auraient pu conserver cet avantage unique, surprendre leurs adversaires au moment opportun. Mais non, c’était trop tard. Impossible de revenir en arrière.

Marlène garda les yeux fixés sur l’écran, feignant une concentration intense. À l’intérieur, sa rage bouillonnait, dirigée autant contre Amanda que contre elle-même. Les murmures autour d’elle s’alourdissaient, et bien que personne ne dise rien à haute voix, le message était clair. Marlène inspira, jurant de se rattraper sur le terrain.

Les Black Star s’imposèrent face aux Knights dans un affrontement acharné. Dès les premières secondes, les deux équipes optèrent pour la destruction des billes adverses. Ce choix stratégique amena une situation inédite où, après une minute de jeu, aucun point n’avait été marqué. La tension était palpable. Le public, d’abord déconcerté, s’enthousiasmait à mesure que la complexité du match se dévoilait.

Le premier tireur fut éliminé sur un score toujours vierge. Puis le suivant. Tout se déséquilibra. Les attaquants et défenseurs durent adapter leurs rôles en urgence, devenant marqueurs dans une improvisation chaotique. Des éclats de voix et des gestes frénétiques sur le terrain reflétaient la cacophonie.

Les Black Star, plus disciplinés, parvinrent à se réorganiser rapidement, créant des ouvertures et marquant enfin leurs premiers points. Pourtant, Marlène, qui suivait attentivement le match, nota que cette stratégie, si prometteuse, restait encore loin d’être maîtrisée. Les deux équipes avaient clairement besoin de nombreuses heures d’entraînement pour en tirer le meilleur parti.

La Pobeda élimina les Algériens avec une facilité glaciale. Les Russes restaient fidèles à leur méthode classique, implacable dans son efficacité. Le tireur russe bombardait méthodiquement le terrain de billes sans chercher de cibles précises. Marlène fronça les sourcils en observant son jeu. Il ne visait pas. Il se contentait de saturer l’espace, obligeant un Algérien à détruire frénétiquement chaque bille qui approchait.

Mais là résidait le piège. Plutôt que de ne neutraliser que les billes menaçantes, l’Algérien s’épuisait à tout intercepter, comme s’il ne pouvait tolérer aucune erreur. Son énergie s’effondrait à vue d’œil. Au bout de deux minutes, vidé, il fut contraint de quitter le terrain de lui-même. Marlène grimaça devant cette scène. Les Russes n’avaient même pas eu besoin de l’éliminer. Ils l’avaient laissé se consumer seul.

La suite ne fut qu’une formalité. Les Russes progressèrent implacablement, verrouillant chaque tentative algérienne avec une précision froide et calculée. Marlène sentit un frisson lui parcourir l’échine. La Pobeda ne cherchait pas seulement à gagner ; elle écrasait ses adversaires en exploitant leurs failles avec une impitoyable clarté.

Ce fut le tour de la France de rencontrer les Matadors d’Espagne.

- Fatima, Anaëlle, Antoine, Nicolas et Marlène, annonça Patrick.

- Nous sommes en quart de finale ! s’exclama Marlène. Cela ne s’était pas produit depuis des années et vous ne sélectionnez pas Séverine ?

Son ton oscillait entre incrédulité et indignation. Séverine, attaquante chevronnée, était un pilier de l’équipe. Elle haussa les épaules avec une lassitude calculée.

- J’ai essayé, Séverine, assura Patrick. J’ai insisté. Ils n’ont pas voulu.

- Qui n’a pas voulu quoi ? lança Marlène, abasourdie.

- Les Espagnols n’ont pas accepté que Séverine foule leur sol or le tirage au sort a indiqué que le match se tiendrait à Madrid, rappela Patrick.

Marlène fronça les sourcils.

- Ce n’est pas grave, assura Séverine. Tu vas assurer, Fatima !

La remplaçante, assise un peu en retrait, secoua nerveusement la tête.

- Je ne t’arrive pas à la cheville, murmura-t-elle, la voix tremblante.

Sans un mot, Séverine s’approcha et posa une main ferme sur son épaule avant de l’embrasser sur la bouche.

- Tu vas assurer. J’ai foi en toi.

Le geste fit détourner les yeux de certains. Marlène secoua la tête avec une exaspération contenue. Ce genre de démonstration sentimentale n’avait pas sa place ici. Elle leva les yeux au ciel et lança, d’un ton détaché :

- Après tout, là ou pas là, ça changera quoi ?

Fatima pâlit, mais Marlène poursuivit, déjà dans sa bulle :

- Je vais faire le boulot, comme d’habitude. Voilà tout.

Arènes espagnols. Jour du match. Marlène inspira, cherchant à apaiser l’agacement qui bouillonnait en elle. Pas de Séverine. C’était absurde. Une décision insensée qui risquait de coûter cher. Mais il fallait avancer. Elle fit le vide dans son esprit.

Le coup de sifflet retentit, brisant le silence lourd d’attente.

Marlène copia la méthode Russe. Pas de destruction de billes. Juste des attaques violentes. Derrière elle, Anaëlle et Nicolas marquaient des points méthodiquement, tandis qu’Antoine assurait une défense implacable, protégeant les trois joueurs avec une efficacité presque mécanique.

Un changement s’imposait. Marlène resserra son assemblage, abandonnant la destruction des billes. Désormais, elle se concentrait uniquement sur trois éléments : le vol, les boucliers et ses propres billes. Le flux magique s’intensifia. Elle ressentit une montée de puissance, un pic d’adrénaline qui fit trembler ses mains un instant. Puis elle visa.

Sa cible : l’attaquant adverse, celui qui, d’après la logique habituelle, était le moins protégé. Un éclair d’énergie jaillit de son assemblage, et avant que son adversaire ne réagisse, ses trois cibles se teintèrent en rouge. Le Russe la fixa, incrédule, incapable de comprendre comment il avait pu être si rapidement vaincu.

Pour la première fois, les Tuniques Rouges prenaient l’avantage face à la redoutable Pobeda. L’équipe russe, réputée inébranlable, vacilla. Leur assurance se fissura, et avec elle, leur coordination. Marlène perçut la faille.

Fatima, avec un instinct affûté, s’élança vers le tireur, cherchant à exploiter le chaos. De son côté, Marlène fit un choix inattendu : elle visa le protecteur russe, le joueur généralement attaqué en dernier. Concentré sur la défense de son tireur, il négligea sa propre protection.

Un moment d’hésitation lui fut fatal. Marlène frappa avec une précision chirurgicale. Le protecteur s’écroula, éliminé.

L’effet fut instantané. Sans leur défenseur principal, les Russes se retrouvèrent en plein désarroi. Les positions vacillèrent, les échanges devinrent confus et leur célèbre discipline vola en éclats.

Les Français n’eurent plus qu’à conclure. La victoire était éclatante, presque facile. Marlène, au centre de l’action, savoura ce triomphe. Les Tuniques Rouges venaient d’ébranler l’une des équipes les plus redoutées au monde.

- Très beau match ! félicita Patrick, un sourire fier aux lèvres, alors que l’équipe revenait dans les vestiaires.

Marlène haussait les épaules, déjà concentrée sur la suite.

- Je n’ai plus qu’à refaire la même chose lors des deux prochains matchs, lança Marlène, et j’aurai ma victoire.

Les regards qu’elle reçut en retour furent aussi glacials qu’un vent d’hiver. Les sourcils froncés, les yeux sombres, ses coéquipiers semblaient ne pas partager son enthousiasme.

- Quoi ? gronda-t-elle, légèrement agacée par ce silence pesant. J’ai éliminé les deux premiers joueurs russes, créé un tel chaos qu’ils n’ont pas su s’en remettre. Qu’est-ce que vous voulez de plus ?

- Sous-entendrais-tu que nous n’avons servi à rien ? siffla Fatima, le visage pâle mais les yeux fulminant.

La colère grondait dans sa voix, prête à exploser.

Marlène haussait à nouveau les épaules, indifférente. Elle n’avait pas le temps de discuter de détails inutiles. Fatima tenta de répondre, mais Nicolas posa une main ferme sur son bras, la retenant de s’emporter davantage.

- Laisse tomber, Fatima, dit-il.

Elle repoussa son bras avec rage, se tournant vers Marlène avec une intensité palpable.

- Je n’ai pas le self-control de Séverine et tu dépasses les bornes, Marlène, cracha-t-elle, les mots tranchants comme des couteaux.

Le regard de Marlène se fit plus glacial.

- Rappelle-moi ton poste ? cingla Marlène. Ah ouais, attaquante. Et tu as éliminé combien de Russes, au juste ?

Un sourire moqueur s’étira sur ses lèvres.

- Ah ouais, aucun, conclut la néomage.

Fatima, épuisée, avait quitté le terrain en même temps que le second joueur russe, tandis que Marlène et Nicolas s’étaient partagés les attaques. Anaëlle, quant à elle, avait marqué les points sous la protection d'Antoine. Mais ça, apparemment, Fatima ne le voyait pas.

Un silence lourd s’installa avant que Fatima ne se jette sur elle, les poings serrés, son visage déformé par la colère.

- Va te faire foutre, Marlène ! hurla-t-elle.

Antoine s’interposa, saisissant Fatima par les épaules pour la forcer à reculer et à quitter les vestiaires. La tension était à son comble. Marlène ne bougea pas d’un centimètre. Elle savait que la situation était loin d’être terminée, mais elle n’était pas prête à se laisser intimider.

Sans un mot de plus, elle détourna le regard et poursuivit le retrait de son harnais, faisant fi des tensions qui bouillonnaient autour d’elle. Elle se dirigea vers les douches sans un regard en arrière, sa décision prise. Elle n’avait rien à rajouter.

Le lendemain, les Lucioles remportèrent une victoire facile contre les Allemands. Les italiens maîtrisaient à merveille la destruction de billes, tant en attaque qu’en défense.

- Ils ont eu davantage de temps pour s’entraîner vu que Marlène leur a vendu la mèche très tôt, lança Fatima d’un ton acerbe.

Marlène ne daigna pas répondre. Elle savait qu’engager une nouvelle dispute n’aurait aucun sens. Il était bien plus simple de ne pas répondre, de laisser les autres s’agiter. Ses pensées étaient ailleurs, plus concentrées sur le match à venir.

La demi-finale entre les Américains et les Russes – qui se tint à Moscou – donna une victoire courue d’avance aux Black Star. Les Russes, sûrs de leurs méthodes, refusèrent d’utiliser la destruction de billes. Les Américains n’hésitèrent pas. Trois d’entre eux détruisaient les billes… toutes les billes. Tant des tireurs que des attaquants. Laissant des Russes désœuvrés. Aucun défenseur du côté américain. Inutile contre des adversaires dans l’incapacité de tirer. Deux attaquants éliminèrent les Russes avec méthode et application, s’associant pour atteindre le but. Le score final de 1 à 0 laissa les spectateurs incrédules.

- Ils ont sacrément amélioré la technique, admit Séverine, impressionnée malgré elle.

- Les Américains ne sont pas les numéros 1 pour rien, répliqua Patrick, son regard fixé sur l’écran.

Lycronus est américain, se souvint Marlène. Était-ce la raison pour laquelle le PBM ne l’intéressait pas ? Parce que son équipe nationale gagnait tout le temps, détruisant tout suspens ?

Elle chassa ces réflexions de son esprit. Demain, demi-finale contre les Lucioles, ici, en France. Séverine allait pouvoir jouer. Les Lucioles avaient eux aussi démontré une maîtrise parfaite de la destruction de billes, et le match serait sûrement plus serré. Mais Marlène y croyait. Elle savait qu’elle pouvait le faire. Après tout, Lycronus disait toujours qu’il suffisait de le vouloir pour y parvenir, non ?

- Je suis censée soutenir qui ? s’agaça Amanda au téléphone ce soir-là. Toi ou mon petit-ami ?

Amanda se mit à déblatérer comme jamais sur Miraël, la huitième merveille du monde. Marlène ne put s’empêcher de sourire devant tant d’enthousiasme, se forçant à rejeter sa jalousie de ne pouvoir vivre la même chose avec Lycronus.

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