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Chapitre 26 : Intégration

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Par Nathalie

Marlène rejoignit l’entraîneur dans son bureau.

- Tu peux récupérer ton sac et me remettre ton document d’inscription signé par tes parents, lança-t-il sans préambule.

Marlène fronça les sourcils, les bras croisés.

- Pourquoi m’avez-vous prise alors que je ne sais pas jouer et que vous savez que je ne suis pas réellement venue par amour du PBM, mais juste pour faire changer l’image que les gens ont de moi ? demanda-t-elle, les yeux brûlants d’une colère contenue.

Patrick croisa les bras, son expression s’adoucissant à peine.

- Si je devais attendre des candidats qui savent jouer et qui participent par amour du PBM, les Tuniques Rouges disparaîtraient. Mon boulot, c’est de comprendre vos motivations, d’y répondre au mieux et d’éviter que nos prestations ridiculisent la France. Quant à ton niveau, tu n’es pas la première débutante que je forme. Tu vas recevoir l’entraînement nécessaire. Nicolas, par exemple, ne savait même pas créer une bille de peinture quand il est arrivé.

Marlène grimaça malgré elle. Le tableau qu’il dressait ne l’encourageait guère.

- Ta chambre est la numéro 12, ajouta Patrick en consultant un des nombreux post-it traînant un peu partout. Elle s’ouvrira uniquement pour toi.

- Attendez… j’ai déjà une chambre ? s’étonna Marlène.

- Tu es engagée, c’est bon ! répondit-il d’un ton bourru.

- Engagée ? répéta Marlène en plissant les yeux. C’est-à-dire ? Selon quelles conditions ?

Elle croisa les bras, méfiante. Pas question de se laisser avoir à nouveau. Lycronus aurait été fier d’elle. Patrick énonça les détails : un salaire modeste, mais suffisant compte tenu de son logement, sa nourriture et sa sécurité dans l’enceinte des arènes. Marlène accepta, satisfaite.

- Va t’installer et rejoins l’arène en début d’après-midi pour ton premier entraînement, ordonna Patrick.

- M’installer ? souffla Marlène, regardant son maigre sac à dos, qui contenait une compote en gourde et un paquet de petits gâteaux.

C’était tout ce qu’elle avait apporté.

- Séverine t’attend dans le couloir. Elle va te faire visiter, précisa Patrick. Pratique : elle sait se téléporter. Elle pourra aller chercher tes affaires. Mais attention, Marlène. Les arènes sont sécurisées. Pas le reste du monde. Tout ce que tu dis dehors sera entendu, déformé, amplifié, puis répété.

Marlène hocha la tête, gravant l’avertissement dans son esprit. Message reçu, chef.

La néomage salua l’entraîneur avant de sortir, pour retrouver la joueuse promise.

Elles arpentèrent les installations, Marlène absorbant chaque détail d’un regard curieux. La salle de détente respirait le confort, avec ses fauteuils moelleux et ses murs ornés de trophées et d’écrans diffusant des matchs passés. La piscine, encadrée de carreaux bleutés scintillant sous la lumière, invitait à la relaxation. À l’extérieur, le parc s’étendait comme un tableau vivant, où les graviers crissaient sous leurs pas, bordés de haies impeccables, d’arbres majestueux et de parterres de fleurs vibrant de couleurs.

- Ici, c’est la salle de sport, dit Séverine en désignant une vaste pièce équipée de machines dernier cri. Et là, le gymnase.

Chaque lieu semblait taillé pour l’excellence.

- Le coin résidentiel est juste là, ajouta-t-elle, avant de s’arrêter devant une porte en bois vernis. La tienne.

Marlène entra. L’espace était modeste mais fonctionnel : un lit, une armoire discrète, une table, et une chaise. La fenêtre donnait sur le parc, offrant une vue paisible. Une porte menait à une petite salle d’eau aux tons sobres mais agréables. Rien ne sortait de l’ordinaire, mais Marlène se surprit à apprécier la simplicité.

La visite continua, et elles entrèrent dans une salle équipée d’un tableau blanc et d’un vidéoprojecteur. Marlène fronça les sourcils, déjà agacée par l’alignement rigide des tables et chaises.

- Nous suivons des cours de communication, précisa Séverine. Tu apprendras à répondre aux journalistes, à te tenir, à utiliser les bons termes… tout ce qu’il faut pour devenir une icône publique. Soigner ton image sera essentiel.

Marlène redressa la tête. Parler en public ? Voilà qui changeait tout. Ces cours, elle allait les suivre avec attention.

- Je te téléporte chez toi pour récupérer tes affaires ? demanda Séverine.

- Tu as besoin de combien ? demanda Marlène.

- Combien quoi ?

- D’énergie, précisa la néomage.

- T’inquiète, j’ai assez.

- J’y tiens, insista Marlène.

Séverine soupira, exaspérée.

- Mille.

Marlène lui transféra la magie demandée d’une pensée. Marlène récupéra quelques vêtements, sa feuille de transfert et le cadre des cœurs jumeaux. Elle observa sa chambre d’adolescente et décida de n’emmener rien d’autre. Sa console en gémit de désespoir mais Marlène l’ignora. Cet objet appartenait à une vie passée.

Marlène écrivit un mot qu’elle déposa sur la table du salon afin que ses parents ne s’inquiètent pas de la disparition des biens de leur fille. Séverine ramena Marlène aux arènes, lui proposant de la laisser installer ses affaires.

- J’en ai pour deux minutes, indiqua Marlène. Tu veux bien m’attendre ?

Séverine accepta d’un mouvement de tête. Marlène déposa la feuille de transfert et le cadre des cœurs jumeaux sur sa table de chevet. Elle ne répartit pas ses affaires dans l’armoire. Elle était là pour jouer au PBM. Ses affaires pouvaient attendre.

Elle rejoignit le couloir. Ce fut ensemble que les deux femmes entrèrent dans l’arène où patientaient les autres membres des Tuniques Rouges, Peter Fucci, l’air fatigué de celui qui a peu dormi et beaucoup bu, y compris.

Patrick Balia tapa des mains et chacun lui accorda son attention.

- Match, annonça-t-il, déclenchant des sourires et des éclats d’excitation parmi les joueurs. Anaëlle, Séverine, Antoine et Nicolas en rouge contre Garcia, Peter, Fatima et Marlène en jaune.

Des regards complices s’échangèrent, une tension vibrante s’installant entre les deux équipes. Marlène sentit l’électricité dans l’air, mêlée d’amusement et d’une pointe de défi. Ils ne comptent pas perdre, pensa-t-elle en ajustant son harnais.

Elle suivit les autres jusqu’au centre de l’arène, le cœur battant à tout rompre. Pour la première fois, elle allait jouer au PBM. Elle pesta contre Lycronus : elle aurait dû jouer au Mistral. Ce match, elle aurait dû le vivre hier. Le ridicule aurait été moins grand qu’avec l’équipe de France.

Le sifflement de Patrick lança le match d’entraînement. Marlène, à l’instar de ses sept compagnons, s’éleva dans les airs.

Les premières billes fusèrent, éclatant en explosions colorées. L’adrénaline la submergea alors qu’elle tentait de se repérer dans ce chaos tourbillonnant. Un cri de Séverine attira son attention, mais trop tard : trois impacts successifs rouges éclatèrent contre son harnais.

- Éliminée !

Marlène retomba au sol, frustrée et honteuse. Trois secondes. Trois misérables secondes. Elle serra les poings et se dirigea vers le bord du terrain où Patrick l’attendait.

- Tu n’as pas servi à rien, précisa Patrick.

Elle grogna, refusant de le regarder.

- Séverine a dû s’occuper de toi. Ce faisant, elle ne s’est pas attaquée à Peter comme elle le fait d’habitude, lui permettant de marquer.

Marlène haussa les épaules, regardant le match continuer. Les rouges dominaient le terrain, méthodiques et implacables. Fatima, la dernière de l’équipe jaune, fut touchée peu après, et le coup de sifflet final retentit.

- L’équipe des jaunes a quand même perdu, marmonna Marlène en croisant les bras.

Patrick hocha la tête.

- C’est pour ça qu’ils ne sont que remplaçants, ajouta-t-il avec un sourire en coin.

Le commentaire piqua Marlène au vif. Remplaçante ? Pas pour longtemps.

Les joueurs, leurs harnais rangés, s’éparpillèrent en riant, revisitant chaque moment clé du match. Marlène, elle, resta en retrait, analysant chaque mouvement qu’elle avait vu. Si elle voulait quitter le banc des remplaçants, il faudrait qu’elle apprenne vite.

Seuls Nicolas et Antoine restèrent. Nicolas tirait et Antoine se protégeait.

- Que font-ils ? Pourquoi les autres sont-ils partis ? demanda Marlène, perplexe.

- Ils sont vidés, indiqua Patrick. Nicolas et Antoine ont encore de la réserve alors ils poursuivent. Antoine améliore ses défenses et Nicolas ses attaques.

- Je vois, annonça Marlène en fronçant les sourcils.

Marlène fronça les sourcils, décontenancée. Tous vidés ? Après un match si court ? Pas étonnant qu’ils perdent, pensa-t-elle, agacée. Elle soupira, le regard rivé sur les deux joueurs restants. Il va falloir que je mette les bouchées doubles. Pas question de me contenter d’être aussi bonne qu’eux. Je vais les dépasser.

- Regarde bien Nicolas, proposa Patrick en désignant le capitaine.

Marlène se concentra.

- Il ajuste la puissance de ses billes pour économiser son énergie tout en cherchant à percer les boucliers d’Antoine, expliqua Patrick.

Marlène hocha la tête, attentive. Elle connaissait par cœur les règles : une fois la bille créée, il était interdit de modifier sa puissance ou sa trajectoire.

- Antoine n’a pas beaucoup d’énergie, continua Patrick. Il essaie de leurrer Nicolas avec des boucliers plus faibles qu’ils n’en ont l’air. Mais tout se joue sur la vitesse : la bille de Nicolas part, et Antoine doit réagir en un éclair pour contrer.

Le duel se poursuivait, implacable. Nicolas lançait ses projectiles avec une précision chirurgicale, ses yeux rivés sur les moindres failles d’Antoine. Ce dernier, les mâchoires serrées, enchaînait les défenses, mais chaque bouclier semblait un peu plus lent à se former.

- Nicolas ne parvient pas à percer les boucliers d’Antoine, observa-t-elle.

- Pas encore, répondit Patrick avec un sourire en coin. Antoine conserve encore un peu d’énergie, mais ça ne durera pas. Ce qui devient intéressant, c’est de voir comment la fatigue les affecte. Plus ils s’épuisent, moins ils peuvent se concentrer.

Marlène plissa les yeux, captivée. Le duel s’étira, devenant un ballet d’attaques et de défenses. Chaque tir de Nicolas était millimétré, chaque bouclier d’Antoine une prouesse d’adaptation.

Après une demi-heure, la tension culmina. Marlène remarqua une grimace sur le visage d’Antoine. Une bille rapide éclata contre la cible centrale de son harnais, y imprimant une large tâche rouge.

- Bien joué, Nicolas, murmura Patrick, plus pour lui-même que pour Marlène.

Nicolas ne perdit pas un instant. Ses tirs s’enchaînèrent avec une précision implacable, marquant l’épaule gauche d’Antoine, puis sa dernière cible en quelques secondes. Antoine, essoufflé, baissa enfin les bras.

- Super, les gars. Bel entraînement. Allez vous reposer, leur lança Patrick en tapant dans ses mains.

- Nicolas est vidé ? demanda Marlène.

- Le connaissant, j’en doute, pourquoi ? demanda Patrick.

- Puis-je prendre la place d’Antoine ?

Patrick éclata d’un rire bref avant d’acquiescer.

- Volontiers.

Tandis qu’Antoine quittait les lieux, Marlène prit position face au capitaine des Tuniques Rouges. Néomage contre néomage. Débutante contre vétéran. Marlène serra les poings, ses yeux fixés sur son adversaire. Elle n’avait pas l’intention de simplement résister : elle voulait comprendre, apprendre, progresser.

Marlène monta des boucliers. Son assemblage tout entier trembla.

La bille de Nicolas traversa la bulle de protection comme si elle n’existait pas.

- Augmente la puissance, souffla le néomage.

Marlène haussa un sourcil, la mâchoire crispée. Vraiment ? Merci pour le conseil, génie.

- Je ne peux pas, avoua Marlène. Mon assemblage va s’effondrer si je force davantage.

Nicolas l’observa en silence, son regard perçant s’attardant sur elle.

- Difficile d’admettre ce qu’on est…, murmura-t-il.

Marlène fronça les sourcils. Que voulait-il dire ? Elle s’apprêtait à répondre, mais il continua :

- Renforce-le avec de la magie.

- Comment ça ? demanda-t-elle, surprise.

- Ils ne vous apprennent pas ça au Mistral, vos profs de méditation ?

Marlène grimaça. Voilà des années qu’elle se passait de leurs conseils. Ils avaient perdu sa confiance.

- Tu peux consolider ton assemblage en le scellant avec du pouvoir pur. Mais attention, cette magie sera figée, donc inutilisable ailleurs. Plus tu veux couvrir une grande zone, plus ça te coûte cher.

Marlène se plongea dans son assemblage et convoqua le pouvoir. Il vint à lui. Les filaments de magie s’enroulèrent autour des liens entre les bulles de connaissances et le recouvrirent, telle une couverture chaude blanche. L’assemblage se stabilisa.

Marlène redonna sa concentration aux arènes. Elle activa des boucliers des protections et doubla la puissance. Rien ne bougea dans son esprit. L’assemblage resta intact. Marlène en sourit de bonheur.

Son sourire disparut quand la bille de Nicolas passa. Le sourire narquois du capitaine lui donna envie de l’étriper. Elle augmenta la puissance, renforçant la partie de son assemblage dédié à la protection avec de l’énergie pure. Nicolas passa une troisième puis une quatrième fois. À la cinquième, la bille s’écrasa sur le bouclier, laissant la cible immaculée.

- Marque un point, pour voir, lança Patrick.

Marlène observa la cible extérieure immobile. Elle sentit que si elle invoquait une bille de peinture, tout s’écroulerait en elle car elle avait renforcé la partie dédiée aux protections, pas à l’attaque.

- Je ne peux pas, admit Marlène. Je vais m’entraîner. Merci, Nicolas.

- De rien, Marlène, répondit le capitaine en lui tendant son bras. Tu t’en es bien sortie pour une première fois.

Marlène serra son bras sans hésitation. Cette poignée de main, même symbolique, lui promettait une chose : elle ne s’arrêterait pas là.

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