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Chapitre 23 : Persévérance

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Par Nathalie

Deuxième année au Mistral.

Magie Inter avec Maître Gourdon.

Déjeuner puis footing tout en augmentant ses réserves.

Magie Inter avec Maître Gourdon.

Dîner, discussion téléphonique avec Amanda, bisou sur le cadre photo vide puis dodo tout en augmentant ses réserves.

Aucune sortie. Aucune distraction. Lycronus serait fier.

Début novembre : obtention du DM4. Félicitations de Lycronus. Appel ravi de Didier et Henriette.

Noël : vacances en famille. Miraël Fawsi quitta le Mistral, ayant atteint le niveau visé. Il rejoignit Les Lucioles, l’équipe de PBM d’Italie. Marlène créa « Vive le vent » le soir de Noël en magie inter, faisant naître des sourires admiratifs sur leurs visages. Déception personnelle. Cela n’avançait pas assez vite. Ils ne pouvaient pas comprendre. Elle voulait plus, beaucoup plus.

Magie Inter avec Maître Gourdon.

Déjeuner puis footing tout en augmentant ses réserves.

Magie Inter avec Maître Gourdon.

Dîner, discussion téléphonique avec Amanda, bisou sur le cadre photo vide puis dodo tout en augmentant ses réserves.

Aucune sortie. Aucune distraction. Lycronus serait fier.

Vacances d’été : Maîtrise des ondes en magie Inter. Toujours pas de matière. Marlène pouvait se soigner de coupures et d’égratignures. Été passé à retrouver le ver de rendement maximal.

Troisième année au Mistral.

Magie Inter avec Maître Gourdon.

Déjeuner puis footing tout en augmentant ses réserves.

Magie Inter avec Maître Gourdon.

Dîner, blabla, cadre photo, dodo tout en augmentant ses réserves.

Aucune sortie. Aucune distraction. Lycronus serait fier.

Noël : Marlène décida de tenter une discussion avec Lycronus.

- Lycro ?

- Ça faisait longtemps, écrivit Lycronus. Ton appel me fait plaisir.

- Je sais créer des billes de peinture, des boucliers protecteurs et voler.

- Excellent, répondit Lycronus. Je suis épaté par ta persévérance.

Elle sentit une chaleur dans sa poitrine.

- Tu me portes, avoua Marlène.

- Tu ne quittes jamais mes pensées.

Cela, Marlène le croyait volontiers.

- Je voudrais jouer au PBM, annonça la néomage.

- Ah bon ? Je suis surpris, répondit Lycronus dont l’ironie ne faisait aucun doute.

Marlène leva les yeux au ciel avant de tracer sur le papier de transfert :

- Tu crois que je peux proposer à Gilain d’intégrer son équipe ?

- Tu en as parlé à maître Gourdon ? Elle a fait partie des Tuniques Rouges. Pas longtemps, mais quand même.

Maître Gourdon ? Joueuse de PBM dans l’équipe de France ? Marlène n’en revenait pas. Bien sûr qu’elle allait lui demander ! Ses journées prirent une tournure différente.

Entraînement au PBMavec Maître Gourdon.

Déjeuner puis footing tout en augmentant ses réserves.

Entraînement au PBM avec Maître Gourdon.

Dîner, blabla, cadre photo, dodo tout en augmentant ses réserves.

Aucune sortie. Aucune distraction. Lycronus serait fier.

Vacances d’été : Été passé à retrouver le ver de rendement maximal.

Quatrième année au Mistral.

Entraînement au PBMavec Maître Gourdon.

Déjeuner puis footing tout en augmentant ses réserves.

Entraînement au PBM avec Maître Gourdon.

Dîner, blabla, cadre photo, dodo tout en augmentant ses réserves.

Le 26 septembre :

- Premier match de PBM demain, annonça Marlène. J’ai tellement hâte !

Lycronus tarda à répondre. Quand il écrivit enfin, ses mots étaient empreints de gravité :

- Marlène, je peux te poser une question ? Une à laquelle je te demande de réfléchir avant de répondre.

Le sourire de Marlène vacilla. Lycronus ne prenait jamais de telles précautions avec elle. Elle sentit une boule se former dans son estomac.

- Je t’écoute, répondit-elle en se disant à elle-même En fait non, je te lis.

- Pourquoi est-ce que tu veux jouer au PBM au Mistral ?

Marlène haussa les sourcils, surprise.

- Parce que j’adore le PBM ! griffonna Marlène.

- Je repose ma question, précisa Lycronus. Je ne te demande pas pourquoi tu veux jouer au PBM. J’ai compris que tu adores ce sport et aussi que tu veux rendre ta mère fière.

Marlène grimaça. Elle détestait que Lycronus lise aussi facilement en elle, mais elle se força à ne pas s’énerver. Il veut m’aider, pensa-t-elle, en prenant une profonde inspiration.

- Je te demande pourquoi tu veux y jouer au Mistral.

Lycronus souligna le dernier mot plusieurs fois, comme pour marteler l’importance de la question. Marlène resta immobile. Son stylo suspendu au-dessus de la feuille, elle réfléchit.

Parce qu’il faut bien commencer quelque part ? Parce que c’est un bon entraînement ? Parce que maître Gourdon m’entraîne à ça depuis des mois ? Elle se mordit la lèvre, incertaine. Lycronus avait probablement déjà ces réponses. Alors, qu’attendait-il vraiment d’elle ?

- Pourquoi ne pas t’inscrire aux Tuniques Rouges ? demanda-t-il.

Marlène soupira, exaspérée.

- Je n’ai jamais joué, rappela-t-elle. Ils ne me prendront jamais.

- Aucun des joueurs des Tuniques Rouges n’a pratiqué avant d’intégrer l’équipe. C’est pour ça que les français sont mauvais. Aucune école française ne possède d’équipe de PBM. Les tournois inter-école n’existent pas en France. Je suppose que c’est pour ça que tu as choisi de te rendre au Mistral et pas à l’EPMP.

- Non, répondit Marlène. J’y suis allée parce que c’est la meilleure école au monde.

Lycronus laissa passer un moment avant d’écrire :

- Je suis venu au Mistral parce que monsieur Toupin s’y trouvait. Pourquoi n’es-tu pas allée à l’EPMP ?

Son insistance agaça Marlène.

- Je n’avais pas envie de… commença-t-elle avant de se figer.

- De quoi ? demanda Lycronus.

Les mains de Marlène tremblaient. À l’EPMP, elle aurait dû suivre des cours classiques : français, maths, histoire. Elle sentit le rouge lui monter aux joues. Tu es ridicule, pensa-t-elle, honteuse, comme une gamine prise en faute.

- Je n’avais pas envie de me contenter de deux heures de magie par semaine, parvint-elle à formuler, soulagée d’avoir trouvé une excuse qui masquait la vérité.

- L’EPMP propose un cursus spécial néomage, indiqua Lycronus. Les magiciens classiques ont deux heures de magie par semaine parce que leurs parents se chargent du reste. En cinq ans, les élèves obtiennent le brevet, le bac, le DM2, le DM3 et le DM4 pour les meilleurs, y compris les néomages.

Marlène serra la mâchoire. Elle ignorait tout cela. Elle n’avait même pas pris la peine de se renseigner.

- Le recruteur du CIM venu t’annoncer que tu étais néomage ne te l’a pas dit ? demanda Lycronus.

- Aucun recruteur du CIM n’est jamais venu chez moi, annonça Marlène. Maître Gilain s’est présenté à mon domicile. C’est lui qui m’a annoncé ma nature de néomage.

Elle attendit une réponse, mais seul le silence suivit. Une angoisse sourde s’insinua en elle.

- Lycro ? griffonna-t-elle, apeurée qu’il lui soit arrivé malheur.

Cette conversation lui prenait-elle trop d’énergie ? Quand la réponse arriva, ses mots étaient lourds de sens.

- Marlène, maître Gilain a commis un acte illégal en agissant de la sorte. C’est plus grave que je ne le pensais. Il a réussi à corrompre le CIM. Il est infiltré jusqu’au plus profond des rouages de nos institutions. C’est terrifiant.

Marlène fronça les sourcils. Elle ne voyait pas bien où était le problème.

- Les autres écoles n’ont pas eu la moindre chance. Tu n’as jamais eu le choix.

- J’ai choisi de venir ici, gronda Marlène, qui n’aimait pas bien les insinuations de Lycronus.

Elle refusait d’admettre, ne serait-ce qu’un instant, qu’elle avait laissé Gilain l’embobiner.

- Marlène, combien payes-tu le Mistral ? interrogea Lycronus.

La néomage plissa les paupières. Elle n’en avait pas la moindre idée. Elle attrapa son guide et demanda à passer un appel. Après quelques sonneries, Didier décrocha, surpris.

- Marlène ? Tout va bien ? Tu n’appelles jamais en semaine.

- Bonjour, papa. Monte dans ma chambre et sors le contrat qui me lie au Mistral. En attendant, passe-moi maman. J’ai besoin d’elle.

- D’accord. Henriette ! Marlène veut te parler !

Le téléphone changea de main.

- Que puis-je pour toi, ma chérie ? demanda Henriette, toujours enjouée.

- Tu connais toute la vie de Nicolas Patriol, n’est-ce pas ?

Un silence surpris s’installa avant qu’Henriette n’éclate :

- Dans ses moindres détails, pourquoi ?

Marlène grimaça. Sa mère ne devait pas comprendre pourquoi elle s’intéressait au capitaine des Tuniques Rouges, alors qu’elle avait toujours méprisé cette obsession.

- Avait-il déjà joué au PBM avant d’intégrer les Tuniques Rouges ?

- Non, jamais. Les politiciens français considèrent le PBM comme une perte de magie. Ils préfèrent former des magiciens pour des métiers utiles : soins, recherche, ensorcellement…

Marlène n’en revint pas.

- Pourquoi l’ont-ils pris ?

- L’entraîneur a l’habitude de former des débutants. C’est pour ça que les Français sont si mauvais comparés aux autres pays.

- Marlène ? écrivit Lycronus.

- Attends. Je suis au téléphone avec mes parents.

- D’accord, répondit Lycronus.

- Papa ? Tu as trouvé le contrat ?

Didier reprit l’appareil.

- Oui, répondit Didier, attendant la tâche suivante.

- Combien je dois à Gilain pour l’éducation que je reçois au Mistral ?

Marlène entendit le bruit de feuilles qu’on tourne. Finalement, Didier annonça :

- Cent um.

- Tu as dû mal lire, papa. Ce n’est pas possible.

Cent um. Ridicule. Bien sûr que non !

- Par seconde passée au Mistral, termina Didier.

La phrase s’écrasa sur Marlène comme un coup de tonnerre. Elle en cessa de respirer. Peu sûre d’avoir bien compris, elle bafouilla :

- Pardon ?

- Tu lui dois cent um par seconde que tu passes dans son établissement. Ça fait… euh… Henriette ! Passe-moi une calculatrice ! Alors euh… Il y a… 1000 secondes dans une heure…

- Mais non ! 360 ! s’exclama Henriette. T’y connais vraiment rien.

Ses parents commencèrent à s’engueuler. Marlène fronça les sourcils. Elle attrapa le papier de transfert et demanda :

- Lycro ? Il y a combien de secondes dans une heure ?

- 3600, pourquoi ?

Marlène se dit qu’elle aurait dû aller à l’EPMP pour continuer à suivre des cours de maths.

- Papa, il y a trois mille six cents secondes dans une minute, annonça Marlène, mettant ainsi fin à la dispute entre ses parents.

- Alors, tu passes 24 h par jour au Mistral, 365 jours par an…

- Non. Il faut retirer les vacances, rappela Marlène.

- 15 jours à Noël et 30 en été. Cela fait qu’il reste…

Henriette pianota sur sa calculatrice avant d’annoncer :

- 320. Et cent fois trois cent vingt fois vingt-quatre fois trois mille six cents, ça fait… Euh… Le nombre est trop grand. Je ne sais pas lire ça. Tu sais, toi, Didier ?

Marlène en eut des sueurs froides. Comment ça, trop grand pour être lu ?

- Euh… bredouilla Didier. Vingt-sept millions six cents… euh… non… euh… Laisse-moi compter. Mille… Millions… Milliards… Deux milliards sept cents…

Didier termina la lecture du nombre mais Marlène n’écoutait plus. 2 milliards par an. 3 années entières. La quatrième venait de commencer. Si elle terminait l’année, elle lui devrait 8 milliards d’um. Marlène en eut la nausée. Elle raccrocha alors que Didier peinait toujours à finir de lire le nombre.

- Cent um par seconde, traça Marlène d’une écriture maladroite due à ses mains tremblantes.

- C’est ce que tu produis ? demanda Lycronus.

- Non. Je produis bien plus que ça, grogna Marlène. Je réponds à ta question. C’est ce que je dois à Gilain : cent um par seconde passée au Mistral.

- Quoi ? répondit Lycronus. Marlène ! Va voir Gilain. Maintenant. Annonce-lui ton départ.

- Je ne peux pas faire ça. Demain, c’est le premier match de PBM inter-école.

- As-tu signé un contrat t’obligeant à jouer pour lui ?

- Non, c’était une promesse orale.

- Alors va-t-en ! Maintenant ! Marlène, tu lui donnes cent um à chaque seconde qui passe. Putain ! Mais barre-toi ! Arrête de donner ton bien le plus précieux à ce connard. Ça n’est peut-être pas grand-chose pour toi mais c’est une fortune pour lui ! Tu ne lui dois rien.

Marlène n’était pas d’accord.

- Maître Gourdon a passé du temps et de l’énergie à m’entraîner.

- Elle a fait partie des Tuniques Rouges. Je suis sûr qu’elle ne t’en voudra pas. Marlène…

Il y eut une pause puis Lycronus reprit :

- Pourquoi t’enchaîner à une équipe scolaire alors que tu pourrais briller dans l’équipe de France cette année ? Participer à la coupe du monde en avril ?

- L’entraîneur ne fera pas participer une néophyte dès la première année ! répliqua Marlène.

- Tu es entraînée. Tu es néomage. Tu as tout ce qu’il faut pour briller. Marlène, ta mère pourrait lire ton nom dans ses magazines dès cette année.

Marlène hésita, tentée. Les projecteurs, la gloire… Mais la peur la rattrapa. Tout quitter ? Maintenant ? Comme ça ?

- La nuit porte conseil, lâcha-t-elle, cherchant une échappatoire.

- Trois millions d’um par nuit, j’espère qu’elle sera à la hauteur, répondit Lycronus.

Marlène ferma les yeux, incapable de répondre.

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