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Chapitre 11 : Tri

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Par Nathalie

- Je veux apprendre à contrôler magnosie ! s'exclama Marlène en entrant en cours de maniement de la magie lundi matin. Je ne veux pas avoir à mettre un bracelet de suivi comme les gamins.

Maître Gourdon sourit. Marlène fut encore plus volontaire et appliquée que d'habitude. Elle suivit à la lettre les recommandations et conseils du professeur, si bien que le dimanche suivant, lors du match retour à Florence, Marlène n'eut pas besoin d'un quelconque bracelet pour suivre le match, et évidemment pas d'énergie. Elle n'avait toujours pas trouvé le ver énergétique le plus rentable, mais elle continuait à chercher.

Les élèves furent téléportés jusqu'à Florence et l'idée qu'elle venait à nouveau d'être copiée dérangea Marlène mais elle l'oublia rapidement, emportée par la fièvre du match. Ils remportèrent le match, cette fois tellement facilement que Marlène ne comprit pas.

- Cette semaine, expliqua Julie une fois de retour à l'école du Mistral, les joueurs de PBM n'ont rien fait d'autre qu'augmenter leurs réserves. Ils n'ont pas amélioré leurs capacités. Sur un long terme, c'est mauvais mais à court terme, c'est positif. Je crois que maître Gilain voulait marquer le coup et écraser vraiment l'école de Florence.

- Je ne comprends pas, annonça Marlène. Cette école possède des réserves d'énergie hallucinantes. Il suffirait de donner cette énergie aux joueurs et le problème serait résolu.

- C'est interdit par la loi, expliqua Julie. Aucun élève n'a le droit de puiser directement dans les réserves de l'école. Seul le directeur et les professeurs le peuvent.

- Et encore, intervint Amanda. Ça dépend de leur contrat. Certains profs n'ont pas le droit, sauf pour ce qui concerne l'éducation.

Ainsi, le directeur avait la jouissance presque exclusive des bénéfices de l'école. Pas étonnant qu'il puisse lancer des sorts incroyables. Magicien de fortune, il ne créait que peu d’énergie mais savait maîtriser celle reçue de l’extérieur à la perfection.

Les semaines suivantes, Marlène dut apprendre à ne pas croire aveuglément ce que lui disait sagnosie. Après avoir lutté pour comprendre la signification des vibrations, elle devait apprendre à différencier la réalité de l'illusion. Elle comptait bien ne pas se faire avoir par des charlatans une fois dehors alors elle travailla dur.

Elle n'y parvenait toujours pas mi-novembre. En revanche, un mardi, en séance de méditation, elle trouva le rendement maximum de création d'énergie. Dans son moi intérieur, elle créa comme d'habitude un ver plus petit sauf que cette fois-ci, la bulle absorba le ver sans se dédoubler. L'énergie apportée n'avait pas été suffisante. Après avoir un peu tâtonné, elle trouva la quantité exacte nécessaire et maître Beaumont, avec qui elle méditait ce jour-là, la félicita.

- Maintenant, il va falloir trier ton esprit, annonça maître Beaumont.

Marlène leva un sourcil interrogateur. Elle pensait en avoir fini avec la méditation.

- Tu crois que les élèves qui sont ici augmentent leur réserve d'énergie ? interrogea maître Beaumont. Tu penses sincèrement qu'ils ont besoin de l'aide d'un professeur pour ça ?

Marlène ne put qu'admettre qu'elle n'y avait pas pensé mais que ça se tenait.

- Tu as encore beaucoup de choses à faire dans ton esprit, continua maître Beaumont et Marlène répondit par un sourire ressemblant plus à une moue dépitée qu'à une réelle image de plaisir. Dans ton esprit, tes connaissances en magie sont stockées. Pour le moment, elles sont jetées en vrac. Tu vas devoir les trier. Je vais te guider jusqu'au bon endroit mais je ne pourrai pas y entrer avec toi. C'est un endroit trop personnel pour qu'on puisse t'y suivre. Les protections sont grandes, surtout chez toi. On y va ?

Marlène hocha la tête avant de se plonger en méditation. Elle se retrouva dans cet univers noir, sans étoile, avec une simple brise qu'elle suivit pour se trouver face aux nombreux tunnels. Le professeur lui avait dit qu'elle devrait trier son esprit. Elle se dirigea vers l'un des tunnels, un dans lequel elle n'était jamais allée. En y pensant, elle se dit qu'elle avait fait preuve de bien peu de curiosité. Elle ne connaissait pour le moment que deux tunnels : sa réserve de magie et lagnosie. Elle s'étonna de n'avoir jamais tenté de savoir ce que pouvaient contenir les autres. Cependant, elle avait déjà eu du mal à gérer ces deux endroits-là. Elle n'avait pas eu le temps de penser à vouloir aller ailleurs.

Lorsque son corps toucha l'entrée du tunnel, elle se retrouva dans un endroit plutôt étrange. Le sol était en marbre noir et on ne voyait ni mur, ni plafond, ni ciel. Cet endroit n'avait juste pas de limite, à part le sol sur lequel Marlène pouvait se déplacer mais avec difficulté.

En effet, le sol froid était jonché d'obstacles : des sortes de ballons transparents. Il y en avait partout, parfois formant des tas très hauts. Le désordre régnait en maître. Les boîtes sphériques semblaient avoir été jetées là par hasard et il y en avait partout.

Marlène avança mais le décor ne changea pas. Tout se ressemblait. La seule chose qui lui permettait de savoir qu'elle bougeait était les tas de boites, parfois gros, parfois petits. On avait l'impression d'être dans un désert étrange avec des rochers de ci de là, mais des rochers en plastique transparents.

Marlène se tourna et se retourna, seule dans cet endroit sans limite, sans vie. Elle n'avait pas peur. Elle savait que pour sortir, il suffisait qu'elle le veuille. Cependant, l'endroit ne lui plaisait pas. Ce désordre avait quelque chose d'effrayant. Cela ne l'empêcha pas de continuer à se déplacer, se demandant s'il y avait vraiment quelque chose à trouver quelque part.

Une balle attira son attention. Elle n'aurait su dire pourquoi car elles se ressemblaient toutes. Elle s'en saisit et sut qu'elle contenait la capacité à comprendre les vibrations transmises par lagnosie. Marlène la retourna dans ses mains, cherchant à comprendre comment elle pouvait savoir que la balle n'était pas vide et contenait cette connaissance, en vain.

Se disant que cette trouvaille devait être importante, elle la garda et continua à avancer. Elle trouva une autre balle pleine. Celle-ci contenait la capacité à comprendre les sons transmis par lagnosie. Marlène se dit que c'était redondant, mais ne sut pas comment réagir face à cette réflexion. Une troisième balle contenait la capacité à créer de l'énergie, fondamentale à tous magiciens. Là, Marlène ne vit aucun rapport et porter trois balles en même temps commençait à être difficile. Consciente qu'elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle devait faire, elle choisit de sortir de méditation et de demander conseil à maître Beaumont.

À son retour dans le monde réel, elle constata qu'une bonne heure était passée.

- Ah ! Marlène ! Où étais-tu ?

Marlène, sachant que l'endroit était différent d'une personne à l'autre, lui décrivit le sien le plus précisément possible. Lorsqu'elle eut terminé, maître Beaumont annonça :

- Tu dois classer les balles en fonction de leur contenu.

- Comment ? interrogea Marlène, un peu perdue.

- Sylvain, par exemple, se voit dans une bibliothèque, et chaque livre contient un savoir. La première fois qu'il est allé là-bas, les livres traînaient sur le sol. Il a fait apparaître des bibliothèques, des tables, des chaises, un ciel, des murs et il a changé la couleur du sol. L'endroit, beaucoup plus accueillant, permet à son esprit de mieux utiliser les connaissances, comme s'il appréciait cet environnement chaleureux et convivial. Tu peux, je ne sais pas, mettre les bulles les unes dans les autres.

Marlène ouvrit de grands yeux. Était-ce vraiment possible ?

- Marlène, c'est ton esprit ! s'exclama maître Beaumont. Tu peux faire ce que tu veux. Tu peux aussi relier les uns aux autres les bulles qui ont un lien. Tu peux créer des pièces différentes. Lisha se représente ses connaissances comme des bougies. Une bougie allumée signifie qu'elle contient une information. Lorsque deux informations sont complémentaires, Lisha faire fondre les deux bougies, mélange les deux cires, pour recréer une bougie plus grande, qui s'allume toute seule. Son esprit est un immense tapis, recouvert de coussins, avec des bougies parfumées un peu partout.

Marlène aima beaucoup ces anecdotes. Pouvoir ainsi appréhender la complexité et la variété de la magie la fascinait.

- Naturellement, comme je te l'ai dis, je n'ai jamais vu ces endroits moi-même, puisque l'esprit en interdit l'accès à quiconque, mais ils me l'ont décrit, comme toi.

Marlène enregistra l'information. Elle voulut tenter de rendre son monde accueillant mais ne put le faire car les élèves se levaient pour aller manger.

- Avant que tu partes, dis-moi, souffla maître Beaumont.

Marlène stoppa. Elle ne s'attendait pas à ce que le professeur la retienne.

- Comment as-tu su quel tunnel emprunter ? Tu ne m'as même pas laissé le temps d'arriver que tu y étais déjà…

- Je ne sais pas, maître. J'ai su que c'était celui-là, c'est tout.

Maître Beaumont lui sourit puis la libéra et Marlène rejoignit ses amies.

Le lendemain, lors du cours d’utilisation d’objets magiques, Monsieur Toupin posa sur son bureau une touche de piano apparemment anodine.

- Aujourd’hui, annonça-t-il avec son habituelle intonation traînante, vous allez apprendre à jouer un air complet avec cet objet dissocié.

Un murmure d’excitation parcourut la classe. La touche, expliqua-t-il, pouvait jouer toute la gamme, mais encore fallait-il découvrir comment l’utiliser correctement. Chaque élève pouvait choisir une mélodie connue. Marlène, d’un geste assuré, fit jouer « Frère Jacques » en moins de deux minutes. La mélodie claire et fluide contrastait avec les couacs des sons produits par ses camarades.

Amanda et Julie, assises non loin, la fusillèrent du regard. Aucune des deux n’avait réussi à enchaîner trois notes correctes. Amanda fronça les sourcils avec une expression qui oscillait entre incrédulité et frustration, tandis que Julie marmonnait quelque chose sur « la chance insolente des débutants ».

Monsieur Toupin s’approcha de Marlène, un sourire imperceptible aux lèvres.

- Puisque tu as été aussi rapide, Marlène, voici un autre exercice pour toi.

Il lui tendit une petite pierre grise aux reflets nacrés.

- Cet objet n’est pas dissocié. Il peut voler, mais sa direction et sa vitesse dépendent de la quantité et de la localisation de l’énergie que tu y insuffles. Tu as jusqu’à la fin des deux heures de cours pour maîtriser son contrôle. Si tu y parviens, elle sera tienne.

Marlène esquissa un sourire confiant. L’offre était irrésistible, et elle savait qu’elle pouvait y arriver. Tâtonnant au départ, elle fit monter la pierre en transférant une énergie minime dans le réservoir supérieur. La pierre vacilla puis s’éleva. Encouragée, Marlène expérimenta d’autres directions, apprenant à combiner les réservoirs pour des trajectoires plus complexes. La vitesse augmentait avec la quantité d’énergie.

Une fois sûre d’elle, Marlène fit accélérer la pierre en ligne droite avant de tenter un arrêt brusque. Elle manqua son coup, et l’objet heurta le dos d’un camarade, provoquant un cri de surprise.

- Marlène ! protesta une voix agacée.

Elle éclata de rire et s’excusa vaguement, tout en reprenant son expérimentation. Amanda, de son côté, avait cessé de jouer avec la touche de piano. Elle observait Marlène, immobile, les bras croisés, une expression indéfinissable sur le visage.

- J'ai un bouton sur le nez ou quoi ? chuchota Marlène tout en tentant de maintenir le contrôle sur la pierre.

- Tu te rends compte de ce que tu es en train de faire ? murmura Amanda en retour, la voix tendue.

Le murmure attira l’attention des autres élèves. Marlène haussa les épaules avec nonchalance.

- Je fais voler une pierre, ça se voit, non ?

- Marlène, tu as consommé combien d'énergie jusque là ? s'exclama Amanda, qui semblait maintenant en colère.

- Amanda, ça ne se demande pas, protesta Julie, outrée.

Marlène, loin de se vexer, haussa un sourcil intrigué.

- Je n'en ai aucune idée, avoua Marlène en haussant les épaules.

Elle avait envie de répondre « Une goutte dans un océan » car depuis le rendement maximum atteint la veille, elle créait de la magie sans cesse et sans difficulté, ne s’arrêtant que pour dormir ou aller en classe comme maintenant. Elle n’avait pas réalisé de test de contenu et ignorait combien elle utilisait. Elle l’estima à un grain de sable sur une plage gigantesque.

Monsieur Toupin intervint :

- Marlène, il serait en effet bon que tu saches combien d'énergie tu perds en t'amusant de la sorte. En revanche, cela ne regarde pas tes camarades. Viens avec moi.

Dans la petite réserve attenante, il sortit un tube de grès.

- Ce tube contient un kum. Transfère ton énergie jusqu'à le remplir.

Marlène possédait déjà cette quantité en septembre. Depuis, elle avait largement augmenté. Marlène trouva cela ridicule mais elle s’exécuta tout de même, le remplissant sans difficulté. Dans sa bulle, il y avait toujours énormément de magie.

- Tu as repéré à quoi ça correspondait ? interrogea monsieur Toupin.

Marlène rougit. Elle n'avait pas compris que monsieur Toupin lui offrait un moyen de comparaison pour pouvoir compter son énergie. Marlène s'y reprit à plusieurs fois et finalement, fut en mesure de dénombrer l'énergie qu'elle utilisait.

- Combien penses-tu avoir utilisé d'énergie pour contrôler la pierre jusque-là ? demanda monsieur Toupin.

- Je n'en suis pas certaine parce qu'à ce moment, je ne faisais pas attention, mais je dirais bien trois kum.

Le professeur hocha la tête.

- Amanda est une bonne magicienne. Pas beaucoup d'énergie mais une excellente maîtrise. Elle quittera bientôt le collège et c'est dommage. Malheureusement, elle n'aura jamais de quoi le payer et vu sa maîtrise, ça serait du gâchis qu'elle utilise sa magie uniquement dans des remboursements.

- Elle travaille déjà tous les après-midi pour rattraper le niveau du collège non magique, confirma Marlène.

- Exactement et comme elle est une excellente magicienne, elle a senti l'énergie que tu dépensais sans compter dans ce nouveau jeu. Marlène, tu savais que ça allait se produire et ça va commencer. Tes camarades vont commencer à se rendre compte de tes capacités. Tu sais ce que ça signifie.

- Je vais être aussi populaire que Miraël ?

- Probablement plus dans un premier temps car les enfants adorent la nouveauté.

- Puis-je dire la vérité à mes deux amies ? interrogea Marlène.

- Marlène, tu peux dire la vérité à qui tu veux !

- Vous en pensez quoi ? demanda Marlène.

- Je n'ai pas d'opinion. Ce sont tes amies, pas les miennes. Chacun est différent. Tu les connais beaucoup mieux que moi. À toi de voir si tu penses qu'elles seront capables d'accepter cette nouvelle, de l'encaisser, de l'avaler et de la digérer, tout ça sans maux d'estomac.

La comparaison fit sourire Marlène.

- Vous saviez, en me donnant cet objet, l'effet que ça aurait.

- Naturellement que je le savais, annonça monsieur Toupin. Encore une fois, il fallait que ça se produise un jour ou l'autre. Pourquoi pas aujourd'hui. Ceci dit, je n'ai fait qu'aller dans le sens de ton apprentissage. Tu sais contrôler des objets magiques normaux et dissociés. L'étape suivante est les objets magiques à réservoirs multiples.

- Vous n'avez jamais proposé cet exercice à Amanda.

- Parce qu'elle n'a pas assez d'énergie pour ça.

- A-t-elle encore des choses à apprendre en cours d'utilisation d'objets magiques ? interrogea Marlène.

- Oh que oui, la même chose que toi, et que tous les autres ! Déterminer l'effet d'un objet magique sans qu'on ait besoin de vous le dire et ça, on peut dire que c'est une montagne de difficulté !

Marlène explosa de rire. C'était peu dire ! Depuis le début de l'année, pas un élève de la classe du mercredi et du samedi n'avait été en mesure de trouver la fonction d'un objet. On disait dans les couloirs que certains élèves, qui y allaient à d'autres horaires, avaient trouvé, mais nul ne savait exactement qui avait trouvé quoi, les heureux gagnants préférant rester discrets et Marlène les comprenait. Lycronus Stoffer, dont le nom était toujours interdit entre Amanda et Julie, se prenait assez de regards noirs pour que les autres heureux vainqueurs ne s’en vantent pas.

- Allez ! En classe ! Il te reste moins d'une heure pour dompter cette pierre si tu veux pouvoir t'amuser avec dans ta chambre. Au boulot !

Monsieur Toupin avait parlé sur un ton encourageant mais ferme, et Marlène retourna dans la salle sous les regards curieux de ses camarades. Cependant, personne ne lui adressa la parole. Amanda avait quitté la pièce, probablement pour méditer et recharger ses maigres réserves. Julie, de son côté, martelait frénétiquement la touche de piano magique, produisant des sons désordonnés. Marlène fronça les sourcils : impossible de reconnaître l’air qu’elle tentait de jouer.

Au fond de la classe, Frédéric massacrait une version bancale de À la pêche aux moules, tandis que Sarah improvisait maladroitement le générique d’un dessin animé sur Julien, le petit magicien. Marlène écouta, amusée, les tentatives des autres élèves. Quelques accords étaient reconnaissables, mais rares étaient ceux qui parvenaient à jouer une mélodie complète, à l’exception notable de Frédéric et Sarah.

- Vous avez bien travaillé, tous, finit par annoncer monsieur Toupin, les bras croisés.

Marlène avait fini par comprendre que Julie voulait jouer le générique de l'inspecteur Gadget, mais le résultat n'avait pas été extraordinaire. Des soupirs de soulagement fusèrent, mais Frédéric protesta :

- Mais monsieur, il reste encore vingt minutes !

- Exact, répondit monsieur Toupin avec un sourire énigmatique. Vous allez pouvoir vous reposer et vous contenter de regarder... pour une fois. Mettez-vous debout le long des murs. Marlène, toi, reste où tu es.

Les élèves échangèrent des regards incrédules, mais obéirent. Ayant tous été victimes des errements de la pierre volante de Marlène, ils accueillirent avec soulagement cette mise à distance. Monsieur Toupin sortit une seconde pierre de sa poche ainsi qu’un petit tube de grès.

- J'ai promis à Marlène qu'elle pourrait garder la pierre si son contrôle de celle-ci était suffisant. Pour m'en assurer, nous allons jouer à un petit jeu.

Il tendit la seconde pierre en avant et posa le tube de grès sur son bureau.

- J'ai à ma disposition ce kum et une pierre identique à la tienne. Ton but, toucher la mienne avec la tienne. Si tu y parviens avant que je n'ai utilisé le kum ou que le cours se termine, tu as gagné. Compris ?

Marlène écarquilla les yeux, stupéfaite. Elle allait affronter son professeur dans un duel de magie devant toute la classe. Et surtout... tout le monde allait voir à quel point elle consommait d’énergie. Lors de son entraînement, elle avait brûlé un kum en vingt minutes — une quantité inouïe pour ses camarades. Ici, elle risquait de faire exploser les compteurs.

- Prête, Marlène ? demanda monsieur Toupin en faisant flotter sa pierre à un mètre du sol.

- Oui, monsieur, répondit-elle en prenant une profonde inspiration.

Marlène fit partir la sienne très rapidement, espérant surprendre le professeur mais la pierre adverse esquiva avec une fluidité déconcertante. Marlène n'eut pas le temps de redresser. Déstabilisée, elle fit n'importe quoi et la pierre s'écrasa contre un mur avant de tomber au sol tandis que la pierre du professeur ne bougeait pas, toujours à un mètre du sol, statique.

Les autres élèves rirent de cette déconvenue. Marlène grimaça et reprit ses esprits. Elle fit décoller sa pierre de nouveau, cette fois avec plus de précaution. Son adversaire bougeait à peine sa pierre, la maintenant à quelques centimètres au-dessus du sol. En revanche, Marlène se débattait avec des trajectoires capricieuses, déployant une quantité ahurissante d’énergie pour de maigres résultats.

Au bout de vingt minutes, la salle portait les stigmates du duel : plusieurs murs étaient marqués par des petits cratères, et la pierre de Marlène continuait de rebondir maladroitement. Les élèves, fascinés, applaudirent malgré tout à la fin du cours.

- Bravo, Marlène, dit monsieur Toupin avec un sourire approbateur. Tu t’es bien battue, mais il te reste encore beaucoup à apprendre.

Marlène hocha la tête, essoufflée. Son estimation rapide de sa consommation d’énergie était stupéfiante : elle avait utilisé plus de vingt kum, là où monsieur Toupin n’avait consommé que trente-trois um. Marlène comprit que son potentiel immense nécessitait bien plus de discipline.

- Au moins, j’aurai donné du spectacle... murmura-t-elle, un sourire amusé sur les lèvres.

Les élèves quittèrent la salle, commentant avec animation la performance. Marlène, épuisée, serra la pierre dans sa main avant de la rendre à monsieur Toupin, bien décidée à ne pas s’arrêter là.

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