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Vipérine, partie 2 — Salim

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Par MrOriendo , Gae

Syndra est en train de se sacrifier pour sauver sa cavaline.

Elle s’écroule dans le sable, face contre terre. Son souffle n’est plus qu’un râle d’agonie rauque, ses yeux révulsés m’observent sans me voir.

Que puis-je faire ?

Il n’y a personne. Les Fangeux se sont enfuis, terrifiés par sa magie destructrice. Après le fracas de la tempête et des combats, il règne sur le désert un silence de mort brisé uniquement par les sifflements de Vipérine. Alors je hurle. J’appelle de toutes mes forces en guettant l’horizon, je crie les noms de Ran, de Xyron et de Rajeena l’Immortelle. N’importe qui, n’importe quoi. En vain.

Dans un dernier tremblement, Syndra cesse de respirer.

Le temps s’arrête.

Un poids immense s’écrase sur ma poitrine. Mon regard se pose sur le corps de mon amie étendue dans le sable. Immobile. On pourrait presque croire qu’elle est en train de dormir.

Syndra est morte.

Je ne peux pas y croire. Je refuse d’y croire. C’est un cauchemar, je vais me réveiller. Je donne un grand coup de pied dans le sable, je le frappe encore et encore jusqu’à ce que ça me brûle. Ma gorge est en feu mais aucun son ne parvient à en sortir. Je ramasse une pierre et la jette sur Vipérine avec hargne.

« C’est ta faute, saleté de bestiole ! C’est toi qui l’a tuée ! »

La cavaline siffle, déploie sa crête dorsale et fait vibrer ses écailles d’un air menaçant. Elle se place devant Syndra pour la protéger. Je lui lance un deuxième projectile en pleine tête et je crie pour tenter de l’effrayer. Rien n’y fait. Elle devient de plus en plus agressive.

« Dégage ! Laisse-moi passer, vieille carne ! »

Une bile acide remonte en travers de ma gorge et des larmes perlent au coin de mes yeux.

Syndra est morte.

Dans mon dos, quelqu’un escalade la dune. Je ne me retourne pas. Je reste face à elle, les bras le long du corps. Une main se pose sur mon épaule, on me murmure des paroles apaisantes à l’oreille. Je repousse l’inconnu sans le regarder et je me précipite vers Syndra. Mais Vipérine ne l’entend pas de cette oreille, elle se jette sur moi et ses mâchoires se referment sur mon poignet. Je sens ses crocs s’enfoncer dans ma chair et la douleur explose, insupportable. Je me débats, je la frappe avec mon autre poing, je secoue mon bras pour tenter de me dégager. La cavaline raffermit sa prise et tire de toutes ses forces, bien décidée à m’arracher la main. Puis soudain, une voix chaude et autoritaire prononce un mot étrange. Vipérine me lâche, pousse un gloussement plaintif et s’effondre dans le sable. Des points noirs apparaissent devant mes yeux, j’ai la tête qui tourne et envie de vomir. Ma blessure est affreuse, ça dégouline de sang. Mais je m’en moque.

Syndra est morte.

« C’était stupide d’attaquer cet animal, mon garçon. »

Je me retourne et découvre avec surprise le Sorcelame que j’ai vu combattre avec le capitaine Dolan. Ou plutôt la Sorcelame, car sa voix est incontestablement féminine. Elle retire son casque, dévoilant une longue chevelure d’or nattée qu’elle avait enroulée dessous. Ses yeux vairons, l’un gris et l’autre ambré, s’inscrivent dans ma mémoire. Elle semble assez jeune – tout au plus lui donnerais-je trente ans. Sa lance de lumière est devenue rapière, une Lame à la poignée d’argent qu’elle porte à sa ceinture dans un fourreau blanc. De son escarcelle, elle sort un morceau d’étoffe et une fiole minuscule qui ne doit pas contenir plus d’une gorgée de liquide.

« Tiens, dit-elle en me tendant le tout. Avale-ça, c’est une décoction de sève de corboisier. Elle arrêtera le saignement et atténuera la douleur. Enveloppe ton poignet dans le tissu pour faire un bandage et serre aussi fort que tu peux. Je vais m’occuper de cette jeune fille. »

Elle me dépasse sans plus m’accorder d’attention et se penche sur le corps de Syndra, écarte doucement les cheveux de son visage. Sa joue porte encore la trace des motifs apparus quand elle utilisait sa magie. La Sorcelame déchire la manche de sa robe, dévoilant les arabesques qui courent le long de sa peau. Toutes sont devenues ternes et violacées comme une vilaine plaie, à l’exception de l’une d’elles qui scintille faiblement.

« Aesirg, commente-t-elle d’une voix grave. Heureusement, son Gzendra n’a pas totalement quitté son corps. Ton amie a de la chance d’être encore en vie. »

Je ne comprends rien à ce qu’elle raconte, mais une phrase heurte ma conscience avec la puissance d’une tempête de roche.

Ton amie a de la chance d’être encore en vie.

Syndra n’est pas morte ! C’est complètement fou, ça n’a aucun sens. Elle a cessé de respirer depuis plusieurs minutes. Pourtant, l’assurance de cette femme réveille en moi un sentiment d’espoir qui me réchauffe le cœur. Je vide la fiole qu’elle m’a donné d’un trait et je me rapproche en enjambant la cavaline. En observant de près, je vois effectivement des grains de sable bouger devant la bouche de Syndra. Un souffle ! Il est infime, fragile comme la dernière lueur d’une bougie sur le point de s’éteindre. Avec beaucoup de douceur, la Sorcelame passe sa main sur le front de Syndra et emploie un autre sortilège. Un filament de lumière mince, bleuté et translucide apparaît alors : il relie directement le bras gauche de mon amie avec la blessure de Vipérine.

« Écarte-toi, ordonne la Sorcelame. Je dois rompre le lien avant qu’il n’aspire le peu de Gzendra qu’il lui reste. »

Elle dégaine sa Lame d’Arcane et la Façonne en une lourde hache qu’elle abat sur le cordon magique. Le filament explose dans un bruit de verre brisé.

Syndra se réveille en sursaut.

Je me précipite pour la serrer dans mes bras. C’est un véritable miracle ! Je jette à la Sorcelame un regard éperdu de reconnaissance. Elle me gratifie d’un sourire sincère en retour.

« Salim... Tu m’étrangles... »

J’éclate de rire. Je sais, c’est complètement stupide. Je m’empresse de lâcher Syndra pour la laisser respirer. Elle tousse à plusieurs reprises, un filet de sang s’écoule à la commissure de ses lèvres. Elle a le regard vide et le teint pâle, mais je m’en moque.

Syndra est en vie.

La Sorcelame pose une main derrière sa tête pour l’aider à se redresser et débouche une outre de cuir.

« Bois un peu d’eau, jeune fille. Ça te fera du bien. »

Syndra acquiesce et parvient à avaler quelques gorgées avant qu’une quinte de toux ne lui fasse recracher la suivante. Elle a l’air complètement perdue, ses paupières se ferment par intermittence.

« Vipérine… »

Son regard glisse sur le sable jusqu’à la silhouette de la cavaline et des larmes perlent au coin de ses yeux. La Sorcelame secoue doucement la tête.

« Je suis désolée. Ta cavaline est morte, c’était le prix à payer pour te sauver la vie. Tu n’aurais pas dû essayer de lui insuffler ton Gzendra. C’était de la folie.

– Mon… quoi ?

– L’énergie vitale qui te permet de faire de la magie. Tu n’as aucune idée du fonctionnement de tes pouvoirs, n’est-ce pas ? »

Syndra fait non de la tête et pousse un profond soupir. Elle a du mal à parler, sa tête retombe en arrière. Avec beaucoup de précautions, la Sorcelame dégrafe sa cape et la roule en boule pour lui faire un coussin. Puis elle se tourne vers moi et m’entraîne un peu à l’écart.

« Tu t’appelles Salim, n’est-ce pas ? Je suis inquiète pour ton amie. Elle a jeté un sortilège très avancé sans maîtriser sa magie. Alors voilà ce que nous allons faire. Si tu veux qu’elle vive, tu vas me raconter tout ce qui s’est passé dans les moindres détails. Je dois savoir précisément quel type de Shâat elle est capable de manipuler.

– De Shâat ?

– C’est le nom de la magie draconique. Mais le temps des explications viendra plus tard. Fais-moi ton récit, je vais m’occuper de soigner ta main. »

J’acquiesce machinalement, non sans jeter un regard inquiet vers mon amie qui s’est assoupie. L’idée me vient que cette femme pourrait dénoncer Syndra et la ramener à Ambreciel pour la jeter en prison. Le simple fait d’être une Corrompue justifierait sa condamnation à mort, mais en plus elle a tué une milicienne et des Fangeux avec son pouvoir. Si je raconte la vérité à cette Sorcelame, elle pourrait même laisser Syndra mourir en plein désert. Pourtant, quelque-chose chez cette inconnue me convainc que je n’ai rien à craindre. Elle est douce et gentille avec nous, à mille lieues de la brutalité du commandant Ravinel ou du capitaine Dolan. En la regardant veiller sur Syndra avec tant de précaution, je repense soudain au rêve qui m’animait autrefois. Cette femme incarne tout ce que j’espérais devenir : une véritable Sorcelame, protectrice des faibles et garante d’une justice noble. J’ai désespérément besoin de croire que cet idéal existe encore à Ambreciel. Alors je décide de lui faire confiance et je lui narre tout ce qui nous est arrivé depuis la nuit dernière.

Pendant de longues minutes, je lui raconte notre course pour apercevoir Jaken Main-Noire et les évènements devant la banque Jermane&Sœurs. Je lui explique comment Syndra a soigné le soldat qui se faisait fouetter, comment elle s’est protégée de la tempête de roche grâce à Vipérine et à sa magie. La Sorcelame m’écoute avec attention, elle a posé une main sur ma blessure et chantonne doucement de sa voix claire. Parfois, elle m’interrompt pour me poser des questions et me demande de lui décrire à plusieurs reprises les arabesques sur sa peau. Je n’omets aucun détail à l’exception de notre vision de la princesse Ceara, et du lien entre Syndra et Jaken que je passe volontairement sous silence. Lorsque j’en arrive à l’affrontement avec les maraudeuses, la plaie au niveau de mon poignet a complètement disparu.

« Et tu dis que ton amie se déplaçait à une vitesse surnaturelle ?

– Oui. Elle bougeait tellement vite que les pillardes ne pouvaient pas l’atteindre. Ça m’a rappelé votre combat face aux bandits tout à l’heure, on aurait dit que vous dansiez au milieu des cavaliers. Elle a reproduit vos mouvements et vos esquives à la perfection, sauf qu’elle était sur le dos de Vipérine.

– Intéressant. Est-ce que le vent a soufflé de manière anormale pendant qu’elle défendait la caravane ?

J’acquiesce vigoureusement.

– À chaque fois qu’elle frappait ou disparaissait, il y avait comme une onde de choc suivie d’une bourrasque très forte. Et après la mort de Vipérine, je crois qu’elle s’est servie du vent pour manipuler le sable. Elle était entourée d’une grande sphère de lumière, on aurait dit un tourbillon ou un cyclone. »

La Sorcelame s’abîme dans une réflexion silencieuse, elle semble fascinée par le pouvoir de mon amie et tout ce qu’elle sait faire. Pour ma part, les exploits de Syndra ne parviennent pas à effacer de ma mémoire son teint cadavérique, la folie qui brillait dans ses yeux et le masque de douleur qui déformait son visage.

« Ton amie a des talents d’empathe et de guérisseuse, Salim. Mais elle peut aussi copier le pouvoir des enchanteurs qui l’entourent. Je suis la seule mage d’Ambreciel capable de danser dans le vent pour disparaître. Si ce que tu dis est vrai, il lui a suffi de quelques instants à m'observer pour apprendre une technique que j’ai mis des années à maîtriser. Mieux encore, elle a eu l’idée de s’en servir pour recréer une tempête de roche et la contrôler. Avec une telle faculté de mimétisme et d’adaptation, elle possède un potentiel tout à fait exceptionnel.

– Mais ce pouvoir est dangereux, il a failli la tuer !

– Seulement parce qu’elle ne connaît pas ses limites. Syndra a déchaîné toute la puissance de sa magie contre les voleuses et a tenté de soigner sa cavaline en même temps. C’était beaucoup trop d’énergie à dépenser pour elle.

– Vous pensez qu’elle va survivre ?

– Elle est hors de danger, mais elle a besoin de repos. Je ne m’inquiète pas pour sa survie immédiate mais pour les jours à venir. Lorsqu’un enchanteur découvre ses pouvoirs, il lui faut plusieurs semaines pour réussir à les contrôler. Ton amie déclenche ce que l’on appelle des crises d’aesirg : la magie prend le dessus sur sa volonté, un peu comme un cavalin qui n’en fait qu’à sa tête ou un incendie que l’on n’arrive pas à éteindre. Elle doit apprendre à la canaliser, sans quoi la prochaine crise lui sera sûrement fatale.

– Mais vous pourriez l’aider, n’est-ce pas ?

– Non, Salim. J’appartiens au Guet d’Ambreciel et les ordres du commandant Ravinel sont clairs. Tous les enchanteurs que nous découvrons dans la cité doivent être conduits devant lui. Lui seul décidera si Syndra peut devenir une Sorcelame ou représente une menace pour la Cité-Monde.

– Mais nous ne sommes plus à l’intérieur de la ville !

– C’est vrai, et je te promets de faire tout mon possible pour veiller sur elle jusqu’à notre retour. Mais une fois les portes de la Cité-Monde franchies, son destin sera entre les mains du Tout-Puissant et de notre commandant. »

Mon cœur se serre en entendant sa réponse. Je devine qu’elle regrette de livrer Syndra à la justice mais sa décision est catégorique. Sa gentillesse ne lui fera pas enfreindre les ordres de Ravinel. Je comprends ses raisons, bien sûr. Les Corrompus sont un véritable fléau pour la Cité-Monde. Ils tuent des gens, portent malheur à tous ceux qui les croisent, s’introduisent dans nos rêves la nuit pour les changer en cauchemars. Tout le monde sait qu’ils pratiquent la magie noire et mon père m’a dit un jour que c’est à cause de leur souillure que la Fangeuse est aussi sale. Le Guet a pour mission de nous débarrasser de cette vermine, mais je refuse de croire que Syndra soit aussi mauvaise.

Le bruit d’une cavalcade interrompt mes réflexions et je me tourne en sursaut vers la caravane, craignant de voir les bandits ressurgir. Heureusement, il s’agit de Fieryn Dolan et de son escorte qui déboulent dans un nuage de poussière. Le capitaine a l’air d’une humeur massacrante. Du sang frais goutte encore de son plastron, vestige de sa confrontation avec les pillards. Il parcourt le champ de bataille avec frénésie et interroge les survivants comme pour chercher quelque-chose. Puis son regard se pose sur moi et il talonne sa monture pour nous rejoindre en haut de la dune. Les soldats le suivent et se déploient autour de nous dans une attitude menaçante. Sur la croupe d’Opaline, un jeune garçon apeuré s’accroche à son armure pour ne pas tomber. Quand il aperçoit Syndra, il pousse un hurlement de terreur et s’exclame :

« C’est elle, capitaine ! C’est la sorcière de lumière qui a fait saigner le sable et qui a tué mon papa ! »

Dolan se fige. Lorsqu’il reconnaît Syndra, son visage se décompose. La surprise laisse rapidement place à une terreur viscérale qui déforme ses traits. Ses yeux s’écarquillent, fixant les arabesques violacées sur sa peau. Le dégoût et la peur le font reculer d’un pas. Il met pied à terre et dégaine sa Lame d’Arcane d’un geste brusque. Derrière lui, les autres Sorcelames se crispent imperceptiblement.

« Qu’est-ce que ça signifie, Rani ? crache-t-il, la respiration courte. Cette... fille est une Corrompue ? »

La Sorcelame à côté de moi se redresse et s’avance. Elle paraît tranquille et sereine, mais sa démarche souple dégage une impression de danger saisissante. Dolan recule d’un autre pas.

« C’est vrai, capitaine. La jeune Syndra manipule la magie. Elle a sauvé la caravane en notre absence, et son acte de bravoure a failli lui coûter la vie.

– Une Corrompue ! hurle Dolan, la voix vibrante. J’ai failli m’unir à une putain de Corrompue ! »

Il crache par terre. Opaline pousse un sifflement et déploie ses écailles d’un air menaçant. Elle perçoit la colère de son maître. Par prudence, la dénommée Rani se place entre Syndra et le chef des Sorcelames.

« Du calme, Fieryn. Ce n’est qu’une jeune femme qui maîtrise mal ses pouvoirs. Elle est encore en période d’éveil.

– Mais regarde ce carnage, et les marques sur ses bras ! C’est une abomination, elle va tous nous massacrer ! »

Dans les rangs des soldats, plusieurs fantassins approuvent. Certains s’abritent derrière leurs boucliers et jettent à Syndra des regards chargés de terreur ou de haine. Soudain, un autre Sorcelame – un homme trapu au visage couturé de cicatrices – fait un pas en avant. Il dégaine sa Lame d’Arcane dans un crépitement sinistre et se range près de son capitaine.

« Il a raison, Rani. Regarde ce qu’elle a fait aux Fangeux. Son pouvoir est instable, on ne peut pas la laisser en vie. »

La tension monte brutalement d’un cran. Autour de nous, l’air semble soudain lourd, étouffant. La peur des deux Sorcelames se propage comme une traînée de poudre parmi les soldats du Guet. Le sergent Boc dégaine son épée avec un grognement, imité par plusieurs de ses hommes, prêts à fondre sur nous. D’autres, en revanche, semblent plus hésitants. Ils reculent en trébuchant dans le sable.

« Vous perdez la tête, tous les deux, siffle Rani d’une voix menaçante. Vous connaissez les ordres du commandant : tout enchanteur découvert sur les terres de la Cité-Monde doit lui être amené vivant.

– Ravinel n’est pas là ! éructe Dolan, les yeux exorbités. Je ne laisserai pas cette sorcière respirer une seconde de plus ! Ecarte-toi !

- Non. »

Tous les regards convergent vers moi. À cet instant, je ne pense qu’à Syndra. Je n’ai pas su la protéger de la tempête, ni de cette horrible magie qui la ronge de l’intérieur. Cette fois, il est hors de question que je l’abandonne. Je me campe farouchement face au capitaine, le cœur battant à tout rompre.

« Dégage, morveux ! Cette histoire ne te concerne pas !

– Jamais ! Je ne vous laisserai pas la toucher, vous êtes un monstre ! »

Dolan pousse un cri rageur et son fouet de lumière claque sèchement dans l’air. Je me recroqueville, m’attendant à sentir une douleur cuisante déchirer ma chair, mais Rani s’interpose et dévie la Lame d’Arcane avec une bourrasque. Des filaments argentés flottent autour de ses doigts, elle n’a même pas eu besoin de dégainer sa rapière pour contrer le capitaine.

« Qu’est-ce que ça veut dire, Rani ? Tu oses me défier pour sauver cette chose ?

– Cette enfant est sous ma protection, Fieryn. Tu ne la toucheras pas.

– J’en ai assez entendu ! beugle Dolan. Gardes ! Abattez-les ! Massacrez-moi cette Corrompue et tous ceux qui la protègent ! »

Un silence de mort s’abat sur la dune. Seul le bruissement du vent et le raclement de sabots d’Opaline se font entendre. Les soldats se figent, incapables d’obéir à un ordre aussi délirant. C’est alors que le plus grand des Sorcelames s’avance pour se ranger aux côtés de Rani, suivi de près par le cinquième membre de leur groupe. Puis, lentement, celui au visage couturé de cicatrices abandonne Dolan et vient les rejoindre.

« Ça suffit, Fieryn, gronde-t-il d’une voix sèche. On ne lèvera pas le fer contre l’une des nôtres. Tu es allé trop loin.

– Mais je suis votre capitaine, bande d’abrutis ! Obéissez, ou je jure que Ravinel vous fera écorcher vifs ! »

Le grand Sorcelame s’avance d’un pas lourd, dominant son chef de toute sa hauteur. D’un geste rapide et brutal, il désarme le capitaine stupéfait et s’empare de la poignée de son arme. Dolan blêmit. Son visage se décompose tandis qu’il réalise ce qui est en train de se passer.

« Fieryn Dolan, au nom du commandant Ezio Ravinel et de la princesse Ceara d’Ambreciel, je te bannis des Sorcelames et révoque ton grade de capitaine du Guet. Tu n’es plus digne de porter cette Lame. »

Il prononce alors une incantation étrange, et le fouet de lumière se rétracte dans le manche. Le pommeau vibre un instant entre ses doigts, puis on entend un bruit de verre qui se brise. Il l’a vraiment fait. Il a rompu le lien entre Dolan et sa Lame d’Arcane.

« Que les flammes de Xyron vous consument tous ! Vous allez me le payer ! »

Le capitaine déchu pousse un rugissement de colère, fait volte-face et bondit sur Opaline. Plusieurs soldats tentent de le mettre à terre, mais il les cogne violemment et talonne sa cavaline. Le sergent Boc et deux hommes s'élancent pour le rejoindre, ils dévalent la pente ensemble et s'éloignent à travers la plaine. Le vent se lève brusquement et Rani se prépare à les poursuivre, mais le Sorcelame qui a pris les commandes pose une main ferme sur son épaule.

« Laisse-le partir, Elraza. Il n'en vaut pas la peine. »

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