side_navigation keyboard_arrow_up

Chapitre 22 : Ceux à qui je dois de vivre (2/2)

visibility 2
article 3,5k
Par &douard

Deux semaines plus tard

— Bonjour, Hildje. Vous pouvez vous installer sur le fauteuil, à côté de l’armoire.

— On peut pas le faire sur une chaise ?

— Vous allez rester une demi-heure, autant se mettre à l’aise.

— Ça peut pas être plus rapide ?

— Tout dépend ce que vous êtes prête à donner aujourd’hui.

— La vérité, c’est que j’ai pas envie de vous parler, soufflai-je.

— C’est normal, nous n’avons pas encore appris à nous connaître. On ne vous a peut-être même pas dit mon nom. Je m’appelle Ylïs et j’exerce dans ce cabinet depuis trois ans. Je suis beaucoup d’adolescents, mais aussi des jeunes adultes.

— C’est Julve qui a insisté pour que je vienne. Elle m’a dit que vous l’aviez beaucoup aidée.

— Mon métier est d’aider mes patients à utiliser leurs propres ressources. Julve n’en manquait pas.

— J’en ai pas autant qu’elle.

— On ne vous a peut-être jamais dit que vous en aviez. Mais parlez-moi un peu de vous.

— De moi ? Mais vous voulez que je dise quoi ?

— Vous pouvez me dire qui sont les gens qui comptent pour vous.

Après un nouveau haussement d’épaules, je cédai. Je parlais en désordre des personnes que j’aimais, qui avaient marqué ma vie. Par quelques questions habiles, Ylïs me poussa à parler de mon enfance au Château, de mauvais comme de bons souvenirs. Malgré ma réticence première, tous les chemins menaient à Hinnes et je parlai de notre amitié en long et en large. Je n’évoquai pas sa mort et elle respecta que je la taise, même si, j’en étais sûre, elle l’avait devinée. Après que j’aie raconté la semaine que j’avais passée chez lui à Dellval, elle m’annonça :

— Merci beaucoup pour vos réponses, je vais vous laisser tranquille.

— C’est déjà fini ?

— Cinquante minutes c’est bien pour une première fois.

Choquée de la vitesse à laquelle s’était écoulée la séance, je me levais du fauteuil en panique. À trop tarder, j’allais manquer le dernier train pour Velas. Je rejoignis Ylïs à son bureau, payai la consultation, puis remis mon manteau. Alors que je me rhabillai, elle me demanda :

— Qu’en avez-vous pensé ?

— Vous arrivez trop tard. C’était la petite Hildje qui avait besoin de vous. Qui avait besoin d’être écoutée, d’être comprise par au moins un adulte. Pas moi.

— Vous savez, je pense que la petite Hildje est toujours là. Il est temps qu’elle s’exprime.

Ylïs montra mon cœur du doigt et je baissai les yeux un peu stupidement, touchée par la justesse de sa remarque.

— Si vous êtes d’accord, ajouta-t-elle, on peut se retrouver dans deux semaines.

— Faut que j’y réfléchisse.

— Prenez le temps qu’il faudra. Si vous voulez poursuivre, appelez-moi pour choisir une date.

Ylïs se leva, m’ouvrit la porte. Je l’accompagnais, fit deux pas dans le couloir avant d’aussitôt me retourner :

— C’est bon. Je suis d’accord pour revenir. Mais je veux au moins une heure de rendez-vous.

*

Un mois plus tard

Il n’avait fallu que deux rendez-vous pour que je lui raconte Emisal, que je lui parle de Liiva. Julve m’avait encouragée à tout lui dire, m’avait promis qu’elle saurait tout accueillir. J’avais guetté la réaction d’Ylïs, craint son rejet ou son dégoût, mais elle était demeurée attentive, le visage neutre, alors que je décrivais notre amourette d’une voix nostalgique. En quelques questions, elle avait réussi à me faire pleurer. J’avais pourtant cru que le temps aurait joué son rôle, que ce passé ne m’atteindrait plus. Je m’étais trompée. En évoquant notre séparation, ma voix s’était hachée alors que je revivais l’éclatement de mon cœur. Je me souvins combien ma dernière discussion avec Liiva m’avait fait mal. Je l’avais ressentie comme un rejet, un nouvel abandon, que son mot n’avait qu’en partie adouci.

— Tu voudrais la revoir ?

Quelques mois plus tôt, je n’aurais pas hésité. Je m’étais surprise à répondre :

— Non. C’est du passé. Elle a fait sa vie, moi la mienne.

— Tu as terminé le dessin d’oiseau qu’elle t’avait donné ?

J’avais secoué la tête, surprise qu’elle insiste sur ce détail, à mes yeux anecdotique.

— Ne penses-tu pas que cela serait une belle manière d’achever votre histoire commune ? Pour te permettre d’en écrire de nouvelles.

Et voilà que je tenais ce vieux dessin chiffonné entre les doigts, seulement deux jours après mon entretien avec Ylïs. J’avais dessiné les ailes du milan, qui remontaient jusqu’au bout du papier, assez larges pour voler jusqu’aux nuages. Mon trait n’était pas aussi précis que celui que Liiva, mais j’appréciais le résultat. Il symbolisait bien ce que cette rencontre avait signifié pour moi. Je marchais avec Julve sur le trottoir, ma main dans la sienne. Elle me conduisit jusqu’à l’appartement, situé dans une ruelle étroite et sale. Nous contournâmes de nombreuses poubelles avant d’arriver devant la boîte aux lettres. Julve monta sur le perron, leva le bras vers la sonnette, mais je l’interrompis :

— Non. Je veux juste déposer le dessin.

— Comme tu veux.

J’ouvris la boîte et y glissai le papier, achevant une vieille promesse. J’acceptai que l’histoire avec ma première amoureuse était finie. Puis je me tournai vers Julve, resplendissante dans sa jupe bleu ciel. Ylïs avait raison : il était temps d’en écrire de nouvelles.  

*

Deux jours après notre excursion chez Liiva, Julve partit. J’eus beau insister, argumenter, elle demeura inflexible. Elle me révéla qu’elle allait retrouver sa sœur, qui l’avait appelée, six mois après leur séparation. Je sentis dans sa voix qu’y aller n’était pas une joie, une envie, mais une nécessité. Julve nous remercia longuement pour notre accueil, et nous organisâmes une fête avec des amis du village. Astrée lui répéta qu’elle serait toujours la bienvenue en tant qu’invitée ou employée à la Maison des Fleurs. Givke lui offrit un bouquet de sa composition, Oracio un dessin. Elle pleura. Nous sortîmes à deux dans la forêt éclairée du jour mourant. Nous parlâmes pendant la moitié de la nuit et avant d’aller dormir, elle me prit dans ses bras. Le lendemain, elle n’était plus là.

Cette séparation créa un nouveau vide, creusa l’abîme qui avait percé mon cœur le jour de la mort d’Hinnes. Mon ami recommença à m’obséder. Le travail, les présences de Givke et Astrée ne suffisaient plus à m’apaiser. Seuls les moments passés avec Oracio me faisaient tout à fait oublier mon deuil. Consoler ses réveils angoissés en pleine nuit me faisait me sentir forte. Sa spontanéité, ses joies et ses nombreuses colères, ses bêtises et ses découvertes : avec lui, tout m’animait. La relation que je développais avec lui me fascinait. Je me surprenais à grimacer, mimer et jouer comme je ne l’avais jamais fait enfant. Tout valait son sourire.  

Astrée avait décidé de fermer la maison pour que nous partions en vacances avant l’été, la pleine saison. Je savais que son repos n’était pas sa principale préoccupation : elle voulait nous divertir, Oracio et moi. Permettre à l’enfant de voyager et découvrir, à moi de sortir de mes tristesses et ruminations quotidiennes. Nous étions partis à la mer.

Voilà que j’étais assise sur le sable, à l’ombre d’un parasol, en jupe courte et débardeur, devant cette étendue infinie qui me terrorisait. Je frissonnais en voyant l’écume de ses vagues se jeter aux pieds de Givke et d’Oracio, qui sautaient dans l’eau. J’avais l’impression que la mer pouvait me les arracher à chaque instant. Je n’arrivais pas à détourner les yeux de ce spectacle angoissant, seulement rassurée par la silhouette souriante d’Astrée.

En même temps, l’odeur de sel et de pins, l’air humide et la texture du sable sous mes jambes me rappelaient Emisal. Le paysage ensoleillé, le bruit des vagues, les éclats de rire, la chaleur du soleil sur ma peau nue me ramenaient à cet été magique. Les randonnées, les grands jeux, les discussions, les visites et les veillées me revenaient à l’esprit aussi clairement que si je les avais vécus la veille. Au cœur de cette illusion, j’imaginais Hinnes près de moi, silencieux, comme à son habitude. Un cri d’Oracio brisa le mirage :

— Tia, tu viens avec nous ?

De sa petite main potelée, il m’invitait à le rejoindre au creux des vagues. Mon cœur se serra d’angoisse à cette idée. Tout me poussait à refuser, mais à Oracio, j’étais incapable de dire non. Je n’aurais qu’à marcher avec lui et m’arrêter au bord de l’eau. D’un pas timide, le cœur battant, je suivis ses petites traces dans le sable. Je levais les yeux pour ne pas voir où j’allais, vers les mouettes. Cependant, le fracas des vagues et les éclats d’écume m’empêchaient d’oublier ma destination. Je me sentais faible, les jambes flasques et les bras tremblants. Pourtant, je marchais toujours.

Chaque pas était lourd d’une appréhension que je n’aurais pu vaincre sans le rire d’Oracio. Ce rire si rare et si précieux. Ce rire qui disait quelque part que nous réussissions à rendre heureux cet enfant malgré ses traumatismes. Ce rire qui chantait la résilience, l’espoir et le courage. Il fut mon hymne alors que j’aurais voulu m’effondrer, comme je m’étais effondrée dans la neige. Mon esprit s’enflammait, terrifié par ce que je m’apprêtais à faire. Il avait perdu le contrôle de mon corps, qui se laissait entraîner dans une marche vers la mer, symbole de mort.

Soudain, mon pied rencontra de l’eau. Il y eut un léger clapotis, comme si j’avais marché dans une flaque. Oui, ça n’était que cela : une flaque. Pourtant, mon corps se raidit tout entier tandis que j’étais envahie d’images d’horreur : l’eau mêlée du sang des miens, massacrés sous les fusils, l’eau de la piscine d’Osivel. Mon pied fourmilla et je l’imaginais se dissoudre dans cette mer maudite comme dans de l’acide. Rien ne se passa. Au lieu de cela, Oracio revint sur ses pas pour me prendre la main. Il leva ses petits yeux vers les miens, comme pour chercher en moi ce qui pouvait provoquer tant de peur et de détresse. L’instant d’après, une autre main saisit la mienne et Givke me demanda :

— Tu veux y aller ?

Mon visage trembla quelques secondes avant de dessiner un acquiescement. Avec elle, avec lui, c’était possible. Je levai le pied et le reposai plus loin, encore et encore. Je ne me focalisais que sur ces gestes simples, les présences de Givke et d’Oracio. Une vague plus large que mes autres mouilla ma jupe, me rendant conscience. L’eau m’arrivait au genou, au nombril d’Oracio. Tout allait bien. D’autres souvenirs me saisirent soudain. La soirée où j’avais osé plonger dans une baignoire au Château, des mains douces qui m’entraînaient dans un bassin : celles de ma mère. C’était le premier souvenir qui me revenait d’elle. Il était si doux.

Je ne sentis plus que mes doigts entrelacés dans ceux de Givke, la chaleur de la paume de son fils, les caresses de l’eau. Je ne vis plus que les reflets brillants de la mer baignée de soleil. J’étais debout, j’étais forte.

Que c’était bon.

*

Une semaine plus tard

Je reposai le carnet d’Hinnes au coin de mon bureau, sur ma pile de livres, en entendant frapper à la porte. Je séchai mes yeux humides avant de me lever. Découvrir Givke dans le couloir suffit à me rendre le sourire. J’entendis les babillements d’Oracio, sans doute occupé à jouer en bas avec Astrée. Nous partageâmes une courte étreinte, puis je l’invitais à entrer. Elle s’assit à côté de moi, sur mon lit aux draps gris. Comme tous les soirs, Givke sortit son carnet et un crayon et dessina quelques lettres modèles que je devais reproduire. Un mois plus tôt, je leur avais demandé, à Astrée et elle, de m’apprendre à écrire.

À raison de deux ou trois séances par jour, j’étais parvenue à maîtriser la grande majorité de l’alphabet, à assembler les mots et construire mes premières phrases. Cet apprentissage fastidieux me permettait de rêver d’un jour produire des textes, d’imaginer raconter mon histoire. Je ressentais l’urgence de coucher sur le papier tous les souvenirs qui restaient dans ma tête. Pour ne jamais rien oublier.

Nous travaillâmes une dizaine de minutes, tout en assistant au rougeoiement du ciel du soir, qui peignait les murs de sa lumière écarlate. Puis Givke referma le carnet et me regarda droit dans les yeux. Je compris qu’elle devait me parler.

— Bravo, t’as beaucoup progressé. Il nous reste une semaine pour que tu arrives à écrire ces fichus accents !

— Quoi ?

— Je vais repartir à Tonval, reprendre des études.

— Et Oracio ?

— Je le prendrai avec moi. Je ne serai pas seule. L’année dernière, j’ai rencontré un garçon là-bas et on n’a pas arrêté de s’écrire. Je crois que c’est sérieux. On va prendre un appartement ensemble.

Celle que j’étais autrefois aurait plongé dans une colère noire en apprenant cette douloureuse nouvelle. Ce ne fut pas mon cas. Sans le réaliser pleinement, j’avais pressenti que Givke partirait, avec son fils. Malgré tout l’amour qu’elle nous portait, je savais qu’elle aspirait à autre chose qu’une vie à la Maison des Fleurs. Nos vacances à la mer avaient eu un parfum d’au revoir. Givke avait raté sa précédente année pour rester avec moi, je ne pouvais lui en vouloir. Je fus seulement curieuse de savoir ce qu’elle projetait, où elle habiterait, inquiète de son bonheur.

— Tu reprends les langues ?

— Non. J’ai demandé à changer de licence. C’est plus ça que je veux faire. Je vais étudier la psychologie. Je veux comprendre ce qui est au fond de moi, comprendre les autres. Au fond, je crois que c’est ça qui m’intéresse le plus.

Le visage d’Ylïs en tête, je répondis en souriant :

— C’est un super bon choix. Je suis sûre que ça te plaira.

— Hil’, je vais emménager dans deux semaines et je me disais que tu pouvais m’accompagner, pour passer quelques semaines avec nous à Tonval. J’ai plein de beaux endroits à te montrer.

— J’aurais adoré, vraiment, mais j’ai déjà quelque chose de prévu cet été. Je viendrai à la rentrée.

Nous parlâmes longtemps après la tombée de la nuit de nos projets respectifs. Lorsque Givke se leva, malgré les six jours qui nous restaient, notre bonsoir avait déjà un goût amer d’au revoir.

*

Deux semaines plus tard

L’orage éclata dans la dernière heure de trajet, alors que nous traversions une vallée au milieu des forêts de pins. La pluie alla croissant jusqu’à devenir torrentielle et le ciel se couvrit de nuages noirs dont jaillirent plusieurs éclairs. Lorsque le bus s’arrêta devant moi, je n’avais qu’une veste légère pour me protéger du déluge. Je fus trempée avec ma valise en moins de deux minutes. Par chance, Eemke arriva peu après, conduisant la petite automobile bleu pastel de Daanio. Celle avec laquelle il m’avait conduite à l’hôpital, trois ans plus tôt.

— Bonjour, Hildje. Monte vite !

Je chargeai ma valise dans le coffre et m’assit sur le siège passager.

— Désolée, je suis trempée.

— T’inquiète pas, vu la météo d’ici, tu seras sèche en quelques heures.

Eemke posa sa main dans mon cou et m’embrassa le front. Je fermai les yeux en profitant de ce baiser qui m’avait tant manqué. Nous ne nous étions plus vues depuis le mariage, où le temps s’était trop vite échappé. Je lui rendis ce geste d’affection tandis qu’elle démarrait la voiture. Nous nous élançâmes sur les routes sinueuses qui conduisaient à la mer, où pullulaient déjà cyclistes et promeneurs.

— C’est bien que tu sois venue un peu en avance, me dit Eemke. On a beaucoup de travail de préparation avant l’arrivée des premiers enfants.

— Ça me fait bizarre de me dire que je vais travailler avec toi.

— Moi aussi, rit-elle. Mais ça me rend surtout très heureuse. Je suis sûre que tu vas devenir une super animatrice. Tu vas voir, c’est un métier incroyable, même si on gagne pas grand-chose.

— J’aurais voulu qu’Hinnes vienne avec moi. Il aurait aimé tout ça.

Eemke détourna un instant le regard de la route pour m’offrir un sourire mi-triste mi-réconfortant. Nous partageâmes un silence en forme d’hommage, tandis que les gouttes de pluie battaient sur la carrosserie. Nous pensions toutes deux à lui, et les souvenirs défilaient comme les conifères par les carreaux. Alors que paraissaient au loin les maisons blanches, Eemke brisa ce recueillement pour me dire :

— Daanio m’a dit que c’était toi qui l’avais encouragé à me parler. Sans toi, on ne se serait peut-être jamais retrouvés, tu sais.

— Je suis sûre que si. Vous êtes faits l’un pour l’autre.

— Merci. Merci beaucoup.

La voiture freina pour franchir le dernier croisement, grimpa la pente et longea les trois maisons avant de se garer avec les autres véhicules. Eemke me tendit un manteau à capuche et nous sortîmes en courant. Une roue de ma fragile valise se cassa sur le chemin de pierre et je dus la traîner en riant des moqueries de ma compagne. Heureusement, nous n’eûmes pas à aller loin. Ils nous attendaient sous le préau de la troisième maison, près de la piscine où j’avais vu Liiva pour la première fois.

Julve courut vers moi, me sauta dans les bras. Son contact me remplit le cœur d’allégresse. Elle m’avait terriblement manqué. Nous restâmes accrochées par les coudes, en nous regardant comme si nous nous découvrions pour la première fois. Avant de me lâcher, elle me chuchota à l’oreille.

— T’es belle.

— Toi aussi, répondis-je à voix haute.

Julve éclata d’un rire franc, de ce rire qui me plaisait tant. Elle m’accompagna jusqu’au préau et son toit d’ardoise. Bien sûr, je marchai vers celui qui, mieux que personne, incarnait ce que lieu signifiait de merveilleux. L’homme qui, en m’apprenant à dire pardon, avait transformé un début de cauchemar en rêve éveillé. Il souriait à pleines dents, le regard malicieux. Je me blottis dans ces bras comme s’il était mon père, et je crois qu’en fait, il l’était un peu. Ce fut à cette étreinte que je réalisais enfin la beauté de ce qui m’arrivait, les belles promesses de l’été. L’émotion me noua tant la gorge que je ne pus même pas articuler un bonjour. Je crois que Daanio le sentit. Il me caressa le cou et m’embrassa le front avant de m’accueillir de sa voix rassurante :

— Tu ne peux pas savoir à quel point j’ai attendu ce moment. Bienvenue à Emisal. Bienvenue chez toi.

*

Si vous saviez combien mon stylo tremble à l’heure d’écrire ces lignes. Je n’ai jamais été aussi proche de finir. J’aurais pourtant encore tant de choses à écrire, sur les malheurs et les joies qui ont traversé ma vie. Mais il n’y avait pas de meilleur endroit qu’Emisal pour terminer ce voyage. Voilà où devait s’achever mon histoire, du moins sa première partie.

Je voudrais offrir mes derniers mots à toi, qui m’a le premier donné envie d’écrire. Pour que je n’oublie jamais qui tu étais, combien je t’aimais. Hinnes. Je chéris tous les jours ton souvenir.

À toi, qui m’a appris à faire de l’encre des mots, de mes souvenirs cette histoire. Tu as été la bouée des pires moments de mon existence. Givke. Qui serais-je sans toi ?  

À vous qui m’avez donné la force de ne jamais arrêter de remplir ces pages. Daanio. Eemke. Astrée. Julve. Liiva. Isaë. Oracio. Ylïs. Et tous les autres.

Merci à vous qui avez vu au-delà de l’enfant exécrable. Merci à vous qui m’avez tant donné sans attendre en retour. Merci à vous qui m’avez aimée alors que je ne m’aimais pas moi-même. Merci à vous qui m’avez sauvée des affres de la colère. Merci à vous qui avez donné le sens dont ma vie a parfois tant manqué.

Vous avez fait de moi une femme qui tient debout. Vous m’avez montré que, dans tout ce malheur, je pouvais être une lumière. Vous m’avez transmis la volonté d’être à mon tour celle qui aide, celle qui relève, celle qui inspire. Pour vous, je n’aurais jamais assez de mercis.

Vous m’avez aidé à muer ma haine en paix et ma colère en amour.

Je vous dois de vivre.

Commentaires

forum Ortho-typo
Seuls les membres peuvent accéder aux commentaires.