Lorsque les cieux s’empliront de cendres lumineuses, et que le Voile des Constellations se fissurera, naîtra celle dont les yeux liront les chemins du Firmament.
Un papillon de lumière astrale venait de lui dérober le regard.
Perdue dans le labyrinthe mouvant de ses songes, la jeune fille contemplait la créature éthérée. Le menton lové dans la paume de sa main, assise à une place qu’elle jugeait toujours indue, elle avait choisi d’ignorer le tumulte des voix qui s’affrontaient autour d’elle. Ni la toge immaculée des Célestes — symbole ancestral de l’Éveil — ni le fardeau de son Clan ne suffisaient à lui rappeler son rôle dans cette mascarade de grandeur.
La liberté de cet être ailé, sa danse sous la nuit éternelle de Tekoya, tout en elle y aspirait. Ce papillon osait suivre sa propre trajectoire, affranchi des fils du destin. Et, l’espace d’un souffle, ses ailes semblèrent battre à l’unisson de son cœur insurgé.
Sa chevelure d’ébène tranchait sur la pureté de son vêtement. Les ornements sacrés qu’elle aurait dû porter restaient délaissés, donnés en pâture à son indifférence. La grâce qui émanait d’elle n’était qu’un écho involontaire, autre offrande qu’aucun regard n’aurait dû mériter.
Car ce combat n’était pas le sien.
Tournée vers l’horizon, les lèvres closes sur son exaspération, elle dissimulait mal le désir d’évasion qui consumait son âme. Et tandis qu’elle rêvait d’un envol vers l’infini, elle en vint à maudire ce papillon trop libre. Miroir cruel de sa propre captivité pour elle, prisonnière de la Tour où les Étoiles refusaient d’entrer.
— Les derniers rapports font état de pertes désolantes. Cette guerre sans fin n’est que le triste fruit d’une soif de pouvoir aussi vaine que stérile, face à l’abîme qui nous guette…
Un soupir lui échappa, à peine audible. Léger, pour ne pas troubler le Doyen ; mais chargé d’une désinvolture que seuls les habitués pouvaient deviner. Sans le vouloir, elle venait de réveiller son Aura.
Une lueur bleutée ondula autour d’elle, peignant de reflets mouvants la toge qu’elle avait si difficilement consentie à revêtir.
— Peut-être que notre consœur daignerait-elle enfin prendre la parole ?
Nyfia demeura muette, enfermée dans ses pensées d’évasion. Les visages se tournèrent vers elle, empreints d’une indignation contenue. Comment pouvaient-ils comprendre qu’elle n’appartenait déjà plus à leur monde ? Leur sœur d’armes, disait-on. Elle ne se reconnaissait ni dans leurs titres, ni dans leurs chaînes.
— Il ne serait pas avisé d’ajouter davantage de tension à la gravité du moment, Nyfia Elsan.
Le papillon s’éloignait déjà, happé par l’horizon.
Un sourire effleura ses lèvres — doux, presque enfantin — à la vision du sillage lumineux qu’il laissait derrière lui.
— Nyfia Elsan !
La voix claqua, autoritaire, vibrante d’une colère soutenue. Le Doyen, d’ordinaire implacable, vacillait sous l’insolence tranquille de cet esprit rebelle.
— Les Elsan ne seront pas épargnés par la Guerre des Immémoriaux, jeune effrontée !
L’attaque verbale heurta davantage les autres Célestes que la principale visée. Les murmures qui s’élevèrent peu à peu, leurs appels au calme dans le sanctuaire de la Tour, finirent par attirer son attention.
Elle portera en son âme la fracture temporelle et dans ses mains, les reflets d’univers oubliés. Les êtres Astraux se tairont à son passage, car même les Divinités Créatrices craindront son choix.
Alors, Nyfia releva la tête.
Sans crainte ni révérence, elle fit face à l’assemblée, chassant d’un geste distrait une mèche rebelle de son visage. Ses yeux, emplis d’un éclat pétillant, croisèrent ceux du Doyen.
— Dites-moi, honorable Zayato Sygaris… qui donc, parmi nous, incarne encore la raison ?
Un frisson parcourut la salle.
Les murmures redoublèrent — mélange d’indignation et de fascination. Ce n’était pas la première fois qu’elle osait défier Zayato Sygaris, et chacun savait qu’elle réservait à ses affrontements publics une délectation rituelle. Les coutumes, la hiérarchie, la vénérable étiquette des Célestes : tout cela n’était pour elle que poussière d’un monde éteint.
— Dois-je vous rappeler votre devoir… et le respect que vous devez à cette assemblée ?
Nyfia soutint son regard sans ciller.
Le vieil homme, drapé dans la même toge que ses pairs, portait la longue barbe disciplinée des sages. Son pendentif solaire miroitait sur sa poitrine, symbole suprême d’un ordre millénaire. À chaque mot, le bâton qu’il frappait contre le sol faisait trembler l’air de sa colère.
Elle esquissa un sourire imperceptible.
— Une question pour une question, Doyen. Une évidence… pour une autre évidence.
Elle se leva sans y avoir été conviée.
Chaque pas qu’elle fit en descendant les marches résonna dans le silence alourdi de la Tour. Arrivée face au Doyen, Nyfia s’inclina brièvement — un geste d’allégeance, ou peut-être une ironie subtile. Puis, d’un mouvement calme, elle intercepta le bâton qu’il s’apprêtait à lever.
— Si chacun ici prétend détenir la vérité, tout comme nos ennemis s’en persuadent, alors nul ne progressera. Voilà l’évidence que nous refusons tous d’admettre.
Elle s’écarta, traçant un lent demi-cercle autour de Zayato. Ses pas devinrent mesurés, ses mots affûtés. La jeune révoltée savait qu’il ne l’interromprait pas — pas avant qu’elle n’ait tenté de renverser l’ordre établi. Une énième fois.
— Tekoya s’effondre, et vous le savez. Nous, Célestes du monde Astral, avons juré de protéger Tarrys. Mais notre lumière vacille. Nous ne pourrons longtemps résister à nos Némésis du Cercle… et cela, avouez-le, vous dérange profondément.
Elle fit volte-face, embrassant du regard les expressions figées des autres Célestes. L’enfant prodige s’exprimait rarement, et chacun savait que ses paroles, lorsqu’elles s'érigeaient, parfumaient de confusion l’équilibre fragile de la Tour.
— Tekoya, jadis uni, justifie sa propre barbarie au nom d’un idéal morcelé. Nous avons oublié les Étoiles… et dans l’ombre de cette amnésie, nous prétendons encore incarner la raison.
Un claquement sec rompit la sérénité trompeuse.
Ses doigts venaient de trancher l’air, pour sceller une vérité en un mot qu'elle ne pouvait plus contenir.
— L’Élue.
Les rangs s’agitèrent aussitôt.
Entre la vie des Étincelles et le silence des Astromanciens, elle sera le fil suspendu. L’ultime Liseuse des Étoiles, la Dernière Harmonie.
Un bruissement grondant parcourut la salle, et Nyfia esquissa un autre sourire, plus provocateur. Zayato frappa du bâton, faisant vibrer le marbre jusqu’aux fondations de la Tour. Le vide résonant retomba, chargé d’électricité. Il la suivit du regard, contrarié, tandis qu’elle reculait de quelques pas pour lui céder la parole.
— Encore cette Prophétie ? L’obstination des Elsan n’a donc point de limites ! L’Élue n’existe pas, Nyfia ! N'outrepassez plus le rôle qui vous a été confié !
Elle leva lentement la tête vers la voûte céleste de la salle. Ses yeux glissèrent sur les frises anciennes et les artefacts gravés, retraçant la genèse de Tekoya. Le passé, lui, faisait part de son accord.
— Mon jeune âge vous permet-il de ne m’appeler que par mon prénom ?
Zayato toussota discrètement, puis se tut.
— Notre Clan veille, depuis l’aube de Tekoya, à la perpétuation de nos fondements. Nous avons étudié Tarrys comme Tekoya, scruté les Écrits Anciens et les manuscrits rédigés en sala. Nous sommes les gardiens de la mémoire, non les serviteurs de vos peurs.
Elle écarta les bras et une lumière vive vibra autour d’elle.
— La Prophétie dit vrai. L’Élue viendra mettre fin à cette guerre insensée. Seule elle se dressera pour préserver notre monde — car les Zascyos, nos créateurs peut-être, nous ont très certainement… abandonnés.
La colère déforma peu à peu le visage du Doyen. Sa voix tremblait sous la fureur à peine dissimulée : il ne supportait plus la vision de cette Céleste hérétique s’enfonçant, selon lui, toujours plus dans un acte de haute trahison. Ses doigts se crispèrent sur son bâton d’or, symbole d’un pouvoir qu’elle ne cessait d’insulter.
— Notre existence n’est tolérée que par les Zascyos et la bénédiction de nos Étoiles ! Je ne vous autorise plus à blasphémer ainsi !
Nyfia inclina légèrement la tête, une lueur d’ironie dans le regard.
— Nos Étoiles ? Voilà un choix de mots fascinant, Doyen. Serait-ce là votre nouvel affront envers ceux que vous prétendez vénérer ? Les Étoiles n’appartiennent à personne. Elles sont les enfants des Zascyos… tout comme nous. Mais peut-être l’avez-vous oublié.
Une lumière jaillissante surgit entre les doigts de Nyfia.
Un amas d’énergie pure, chargé d’étincelles azurées, prit forme dans ses paumes. L’air se fit plus dense ; une brise se leva, soulevant les parchemins et les feuillets sacrés déposés devant les Célestes médusés.
Nyfia ferma les yeux, un sourire narquois ourlant ses lèvres.
— Le pouvoir des Astromanciens… n’est-ce pas ?
— Il suffit, Nyfia Elsan ! tonna Zayato. Souhaitez-vous le bannissement de tout un Clan ancestral, aussi illustre que le vôtre ? Pour des paroles aussi téméraires que votre vanité ?
— Vanité ? Non, clairvoyance. Nous ne sommes pas si différents du Cercle. Les Étoiles sont des armes — pour eux comme pour nous.
Dans un geste vif, elle referma sa main. L’énergie se dissipa dans un sifflement d’air et d’eau, laissant flotter des effluves d’orage.
Nyfia leva alors son regard vers le Doyen, calme et implacable.
— Je ne reposerai qu’une seule fois ma question, Doyen. Peut-être la dernière. Qui, parmi nous, prône encore la raison ?
Nyfia n’en démordait pas.
Rien, ni la fureur du Doyen, ni les murmures d’indignation, ne pouvait désormais la détourner de la vérité qui brûlait dans ses veines.
— La paix ne s’obtiendra-t-elle qu’à l’extinction de l’autre camp ? La Tour contre le Cercle ? Les laisser détruire Tarrys pour la sauvegarde de Tekoya ? Combien d’Étoiles devront-elles encore s’éteindre pour apaiser vos égos ? Quelles Constellations sacrifierons-nous à cette soif insensée de suprématie ? Qui, ici, croit encore avoir raison ? Et surtout… qui osera le prouver ?
Sa voix incisive ricocha contre les hautes arches de la Tour. Les fresques antiques semblèrent vibrer, comme si la pierre elle-même s’indignait à son tour ou frémissait sous le poids de ses paroles.
Les Célestes, figés, ne savaient plus s’ils devaient craindre ou admirer cette témérité née de cet éclat stellaire. Devant eux ne se dressait plus la jeune Elsan, mais une flamme ardente défiant à elle seule tout le monde Astral.
— La Prophétie.
Ces mots, prononcés dans un souffle glacé, firent trembler de nouveau l’air.
Voie des Étoiles, Voie du Néant, quel chant cosmique endossera-t-elle pour dérober la clé du Temps ? Deux Royaumes ne redeviendront qu’un, miroir brisé de trop nombreuses réalités.
Zayato voulut frapper le sol de son bâton pour décréter le châtiment. Nyfia l’arrêta d’un simple regard. Elle ne lui laisserait pas cette victoire, ce dernier mot offert au nom d’une autorité creuse.
Elle se tourna alors vers le centre de la salle, où le marbre reflétait les reflets bleus de son Aura. Sa voix se fit plus grave, empreinte d’un accent oublié : la langue sala, que seuls les plus anciens de Tekoya pouvaient encore comprendre. Les syllabes s’élevèrent en un chant sacrilège, lourd de sens et de lumière.
À mesure qu’elle prononçait les mots interdits, l’air vibra, le sol se mit à luire d’un éclat d’argent, et des étincelles ardentes apparurent autour d’elle.
Sa Constellation prenait forme.
Une à une, les Étoiles jaillirent, l’encerclant dans une danse lente et souveraine. Leur lumière se mêla à des vagues d’eau stellaire, ondulant dans la salle à l’image d’un océan suspendu.
Les Célestes reculèrent dans leur siège, éblouis. Certains protestèrent, d’autres jaugèrent cet affront de trop : une des principales Lois Cosmiques venait d'être violée.
Nyfia leva les bras, les paumes ouvertes vers les hauteurs de la Tour, tandis que sa forme se dissolvait dans cette marée de lumière liquide. Son corps devint translucide, ses contours se fondirent dans l’éther. Un rire s’échappa de ses lèvres, chargé de cette tonalité tragique qui n’appartenait qu’aux âmes condamnées à la vérité.
— Que les Zascyos me jugent, s’ils existent toujours.
Dans une ultime pulsation d’énergie, dans la démonstration de force de la Céleste la plus terrifiante de sa génération, Nyfia disparut.
L’eau stellaire retomba en pluie de poussière argentée, laissant derrière elle le silence. Le Doyen resta debout, le regard vide, le bâton tremblant entre ses doigts.
La Tour ne masqua pas sa surprise, tandis que les chuchotements des Célestes se perdaient dans les hauteurs du dôme.
La Céleste des Elsan venait de s’éclipser.
Et Tekoya, pour la première fois depuis des millénaires, connut la peur du changement qu'elle pouvait aisément provoquer.
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— Je n’ose imaginer les répercussions sur notre Clan, Nyfia. Ta condamnation a dû être ordonnée dès ton départ...
Elle resserra son étreinte autour de celui qui la tenait contre lui. Dans ses bras, elle retrouvait la sérénité — ce fragile refuge que même les Étoiles ne pouvaient lui offrir. La jeune fille brisée aurait voulu lui confier tout ce qu’elle avait vu, tout ce qu’elle pressentait.
Ses mots se brisèrent avant d’être prononcés. Nyfia perdait tout ses moyens quand elle voulait s'adresser à lui. Ne restaient que les regrets, amers et silencieux, du temps perdu face à tant d’êtres aveuglés par leur pouvoir stellaire.
Les larmes la surprirent.
De rage, de peur, de fatigue — elle ne savait plus. Elles s’échappaient malgré elle, flouant la frontière entre la Céleste et la femme, entre la foi et les mauvais présages. Avait-elle eu trop espéré ? Avait-elle seulement le droit d’y croire encore ?
Ce contact du moment, cette tendresse chaleureuse contre son corps, était la seule réalité qui comptait. La seule qui parvenait à la maintenir debout.
— Si seulement je pouvais…
Elle leva les yeux vers lui. Le jeune homme la contemplait sans un mot. Son regard franchissait son armure, son rang, sa révolte. Il voyait celle qu’elle cachait à tous — la Nyfia fragile, égarée, vivante. Ses doigts frôlèrent sa joue, chassant les larmes avec une douceur qui lui fit baisser les yeux.
Un instant, elle crut que Tekoya pouvait se taire.
— Si seulement je pouvais répondre à tes sentiments… murmura-t-elle.
Il sourit.
— Je ne sais pas vraiment vers quoi nous nous dirigeons, Nyfia, lança-t-il. J’espère que nous saurons toujours nous souvenir de ce que nous étions… et d’où nous venons.
Elle posa doucement ses lèvres au coin des siennes. Un baiser léger, une prière qu’elle n’osait pas achever. Combien de fois s’était-elle juré de ne pas l’impliquer, lui — le seul être de Tekoya qui voyait en elle une âme en peine avant une Céleste ?
Ce moment intense la troubla. Trop. Elle recula, de peur de sombrer dans une folie douce dont elle ne saurait revenir. Pour elle, partisane farouche de la raison, il était la faille et sa plus grande faiblesse. Sa présence suffisait à fissurer toutes les certitudes qu’elle s’efforçait de préserver.
Les mains croisées derrière le dos, elle baissa la tête avant de se retourner. Ses joues s’empourpraient d’émotion débordante sans qu’il puisse les apercevoir. Elle appréciait sa patience, la justesse de ses mots, son soutien inébranlable. Bien sûr qu’elle aurait voulu peindre sur la voûte Astrale tout l’amour qu’elle portait à Kamye.
Mais la Guerre des Immémoriaux, toujours, dressait son ombre entre eux.
— Nos deux mondes ne sont pas encore sauvés…
— Je sais bien.
— Arriverai-je seulement à bâtir un avenir meilleur… avant d’envisager le nôtre ?
— Tu n’es plus seule, Nyfia.
Ces mots lui lacérèrent le cœur.
Elle s’en voulait de lui imposer cette conversation, de lui offrir ses doutes quand il ne méritait que la paix. Son coeur criait de céder, de s’abandonner à ce bonheur interdit — ce bonheur égoïste.
— Je dois partir. Sans toi.
Kamye se figea. Ces quelques mots suffirent à raviver toutes ses peurs. Elle les avait dits pour le protéger, croyait-elle. Déjà, elle sentait qu’ils le blessaient plus qu’elle ne l’admettait.
— Et si l’Élue n’existe pas ? demanda-t-il dans un souffle d’inquiétude. Que feras-tu si ta quête se solde sur cet échec ?
— L’Élue n’existe pas. Pas encore.
Elle regarda l’horizon devant elle. Se retourner pour lui faire face leur ferait mal — une douleur si pure qu’elle en deviendrait presque belle. Les larmes revinrent, apaisant à peine l’incendie de ses émotions.
— Où pars-tu alors ?
Nyfia esquissa un sourire tremblant que Kamye devinait sans peine.
— Là où je peux provoquer la Prophétie.
Ses jambes se mirent en mouvement sans qu’elle ne leur ordonne rien. Chaque pas l’éloignait de lui, guidé par un instinct plus fort que sa volonté. Elle savait que s’il parlait encore, elle ne partirait plus. Alors elle marcha, prisonnière d’un vertige où se mêlaient hésitations et contritions, désirs et désillusions.
Kamye ne tenta pas de la retenir.
Il se contenta de la suivre du regard, tandis que deux papillons de lumière se détachaient de l’obscurité éternelle pour l’accompagner. Ils dansaient autour d’elle, parés d’éclats changeants — messagers d'un augure bienveillant ou d'un avertissement. Leurs battements d’ailes dessinaient un chemin qu’aucun Oracle n’avait jamais prédit.
La voie de Nyfia s’écriverait seule, hors des cartes du destin.
La Prophétie existait. Elle le sentait désormais telle une intuition d'antan, une véracité enfouie au plus profond de son être astral. L’Élue n’était pas encore née — et peut-être ne devait-elle jamais l’être.
Si l’Élue n’existait pas… elle le deviendrait. Nyfia ne pouvait plus dédier sa vie à la recherche d’une entité attendue depuis trop de cycles solaires. Pour avancer, il lui faudrait cette autre raison d’être, née du vide, portée par les Étoiles qui ne l’avaient toujours pas privée de leur pouvoir.
Savait-elle seulement ce que cela lui coûterait de défier les Premières Étoiles ?
Ces entités qui veillaient depuis l’aube des mondes, éternelles silencieuses, observant du haut des Constellations ceux qui osaient troubler l’ordre céleste. À cet instant, Nyfia ignorait encore que chaque pas vers la Prophétie l’éloignerait un peu plus des siens — et du simple droit d’exister.