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Mots aléatoires #1 : Moine Brûlé

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article 312

La salle brûle, halète, chante à tue tête. L’alcool coule à flot, déborde des coupes, tient son rôle de maître de cérémonie. Des jeunes gens avinés vitupèrent l’un contre l’autre, débattant sur le résultat d’un dé tombé à terre. L’Ambassadeur, bedonnant, pris entre deux courtisanes, mordillant l’oreille de l’une, ceignant de ses deux mains la taille de l’autre.

Je manque de vomir.

Il neige, dehors. J’avais besoin de calme, de froid. D’un froid tendu comme l’arc des ennemis qui campent quelques centaines de mètres au delà des murailles. Tendu comme la colère du peuple qui gronde, lentement. Mais on ne peut pas entendre ce grondement, c’est trop discret, quand on ne l’écoute pas. Je suis suffisamment proche de la salle pour en sentir encore la chaleur, je pourrais y revenir, à cette débauche plaquée or, je pourrais…

Mais je préfère descendre dans la basse-ville, marcher le long du canal gris de cendre, parcourir le quartier des tapissiers plein d’échoppes vides. Il me prend l’envie de courir, dans ce long escalier de la citadelle, de dévaler ses marches. J’ai honte, de descendre de là-haut. Mais je ne peux pas, je ne suis qu’un Moine Brûlé, je dois rester neutre, impassible. «Un trou reste un trou. Et tant pis si tu tombes dedans. » Et les autres, eux, peuvent tout juste me regarder, et juger mon visage en lambeaux. J’arrive au fond de l’interminable escalier, on devine, au loin, les échafaudages tentant maladroitement de stabiliser les murailles.

Un traîneau passe devant moi, crissant sur la neige grise. Chargé de têtes humaines. Je revois l’Ambassadeur, tout à l’heure, dire qu’on avait trouvé une solution au manque de projectiles… Le vent, presque gommé par le silence, tinte comme un glas contre la gouttière.

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