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Introduction

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article 671

Machiavelli tenait la lettre entre ses mains. Ce n’était qu’une simple enveloppe de papier cristal, innocente à première vue, mais il se sentait comme Jean-Claude, quand Pierre-Judas l’avait renié trois fois. 10 g de papier pour une demi-infinité d’emmerdes. Il pinça la bouche, comme toujours lorsqu’il ne voulait pas laisser les autres scruter son âme. Ce simple geste fermait la porte, endiguant le flot des mots qui bouillonnaient dedans. Il lui était si familier que les petits plis que cela formait aux encoignures de ses lèvres s’étaient installés définitivement.

Une écriture ronde avait griffonné :

Accompagner les émissaires jusqu’au berger pour qu’il soit votre intermédiaire/remettre en main propre à la dame du mont des chrysanthèmes.

La salle du conseil — une pièce ovoïde, tout en dentelle de papier mâché blanc — était vide de tout, sauf de son humeur de chien et de la sérénité exaspérante de Mokh.

Son omniscience lia grande Tuteurice lia fixait sans ciller, le visage tendre et grave, roulé au fond de son trône. On appelait ce truc un trône, mais c’était plutôt un nid, une énorme boule de fils translucides très moelleuse… pour une étrange sirène terrestre avec trop de bras.

Encore sous le choc, Machiavelli se força à réagir :

— Votre Omniscience, vous n’ignorez pas que je ne suis plus le bienvenu de l’autre côté.

— Je n’ai pas oublié.

— Mais vous m’y envoyez quand même.

Il avait été plus cassant qu’il n’est raisonnable quand on parle à un dictateur.

Mock se leva calmement et Machiavelli, qui était un humain petit et sec, se sentit englouti. Sa sérénissime glissa des quelques marches qui les séparaient, le pan soyeux de son sari coulant derrière iel le long de l’escalier, sa longue queue ondulant derrière lui.

— Regarde-moi, mon enfant.

À cent-quatre ans, Machiavelli se sentit vaguement insulté, même si lia Tuteurice était beaucoup plus âgé que lui. La créature lui releva le visage du bout des doigts — quatre bras, quatre mains, vingt doigts — et ses huit yeux bienveillants se plantèrent dans les siens pour fourrager dans sa tête.

— Dis-moi. Est-ce que je t’enverrais là-bas, si j’ignorais que nul ne peut accomplir cette mission aussi bien que toi ?

— Non, votre Omniscience.

— T’ai-je donné la moindre raison de regretter ton allégeance au cours du précédent siècle ?

Machiavelli cilla et se dégagea lentement.

La dernière fois qu’il n’avait pas écouté les recommandations de Mokh, son frère était mort. Depuis, il vivait en perpétuelles vacances thérapeutiques, aux crochets des contribuables de l’Empire.

— Non, votre Omniscience, répéta-t-il, sans parvenir à masquer son animosité.

— Je ne dis pas que ce sera facile ni que cela ne te fera pas souffrir. Je dis que cela doit être fait.

Comme un silence s’installait entre eux, Machiavelli comprit qu’il devrait répondre. Il hésita et ajouta, les yeux baissés, la nuque raide :

— Quand dois-je commencer ?

— Tu trouveras le moment idéal. Je te fais confiance.

Machiavelli se sentit coincé. Dans la même situation, un autre que lui laisserait traîner quelques semaines, mais il ne dormirait plus tant qu’il ne serait pas débarrassé de cette fosse à purin. De toute façon, il connaissait déjà le bon moment. Une opportunité parfaite se profilait. Tout cela aussi, Mock le savait.

Il eut envie de demander s’il allait crever au cours du processus, mais la grande Tuteurice ne lui en laissa pas l’occasion, peut-être à dessein.

— Tu seras rapidement contacté par les émissaires.

Machiavelli réclama brutalement :

— Puis-je savoir ce qu’il y a dans cette lettre ?

La grande Tuteurice hocha la tête.

— Tu peux la lire si tu veux.

Cette réponse mécontenta davantage Machiavelli. Mock adorait la transparence. Au point de mettre parfois ses citoyens mal à l’aise.

Machiavelli ouvrit la missive. Quelques mots étaient calligraphiés avec soin.

Creuse un trou dans mon jardin pour y planter un arbre. Voudrais en parler avec vous.


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