ALEC
Ce n’est qu’au petit matin que je rentre à l’appart. La nuit fût courte mais plutôt sympa. Quand j’arrive à la cuisine je suis étonnée de voir Elena déjà debout. Elle discute avec Harry dont le visage blêmit en me voyant.
— Putain, Alec, qu'est-ce qui t'est arrivé ?
— Un chaton m'a attaqué, plaisantais-je en m'affalant sur une chaise.
Elena se relève au même moment alors qu’elle n’a pas terminé son petit déjeuné. Clairement je crois qu’elle m’en veut encore et ça me fait chier.
— Sérieux, il s'est passé quoi ? Insiste Harry
— C'était juste un pari avec Elena. Elle a parié qu'elle arriverait à me battre... et j'ai perdu.
Si j’étais tout à fait honnête, je dirais même qu’elle m’a foutu une raclée, mais de toute façon, les marques sur mon visage parle d’elle-même.
— C'est moi qui ai abandonné. De toute façon, tu te battais pas sérieusement, Alec. T'as même pas essayé de me toucher, quand bien même je t'ai montré de quoi j'étais capable.
— Oh… lâcha Harry en comprenant la situation.
— Quoi, oh ?!
— C'est pas contre toi, Sparky. C'est juste que... Alec...
— Harry ! Le coupais-je sèchement.
Il est hors de question qu’il parle de ça. Un silence lourd s'installe. Elena n’est pas bête, elle a dû comprendre qu’un truc clochait pourtant elle n’a pas posé de question. Harry met fin à nôtre suplice.
— Bon, moi, je vais à l'entraînement. Tu viens, Alec ?
— Non.
— Le coach va te tuer si tu viens pas.
— J'm'en fous. J'ai d'autres trucs en tête.
Harry me regarde interloqué.
— Et puis, c'est ma dernière année. Même si j'aime bien nager, c'est pas ma priorité.
Il est clairement déçu, mais il n’insiste pas, il sait que c’est une perte de temps.
— Ok. Bah, on se retrouve pour manger alors. Je commence qu'à 14h00 aujourd'hui de toute façon. Vous entre-tuez pas pendant mon absence.
À peine Harry eut-il claqué la porte qu'Elena se vide sa tasse de café dans l’évier pour me fuir.
— Elena, attends.
Elle se retourne, les bras croisés, l'air toujours contrarié.
— Si tu veux t'excuser, Alec, c'est pas la peine.
— Non. Je voulais te demander... de m'apprendre.
Je suis un peu gêné de lui demander son aide, surtout après la façon dont je me suis comporté. J’imagine qu’elle ne doit pas trop comprendre, mais je suis sincère. Je croyais être plutôt bon en combat rapproché. Toutefois, mon petit combat avec Elena m’a prouvé que je n’étais pas du tout à la hauteur et il faut que je change ça.
— Quoi ? Me demande-t-elle, surprise et irritée.
— Je suis sérieux. Hier, tu m'as bluffé. C'est peut-être pas l'image que je t'ai donné mais, tu m'as réellement impressionné et j'ai vraiment envie que tu m'apprennes. Je suis désolée si je t'ai vexé en refusant de te rendre les coups mais, je peux pas taper une femme. C'est dur à expliquer mais, c’est plus fort que moi, je peux vraiment pas.
— Et comment tu veux que je t'apprennes quoi que ce soit si tu refuses de cogner ? Tu sais que taper c’est tout de même l’action principale dans un combat ?
— Je sais pas... je comprends que ce soit pas simple mais, j'aimerais vraiment apprendre ce que tu peux m'enseigner. Tu as de la technique, tu peux me montrer, m’enseigner.
Après une longue hésitation, elle me demande, méfiante :
— C'est sincère, ou c'est encore pour te foutre de moi ?
— Je te promets que c'est sincère.
— Pourquoi tu t'inscris pas directement au club ? Tu pourrais apprendre avec le coach. Il est plutôt bon et j'imagine que tu auras pas de scrupules à le cogner lui ?!
— Parce que mon entraîneur viendrait me botter le cul jusqu'ici s'il apprenait que j’ai préféré louper quelques entraînements de natation pour un sport de combat. En plus, je risque de me blesser et ça, ça le mettrait encore plus en rogne. Il compte sur moi pour rafler une place sur le podium au relais quatre nages. Si ça reste entre nous, personne n’en saura rien et ce sera très bien comme ça.
Après un temps de réflexion qui me paraît atrocement long, elle me répond.
— D'accord. On peut essayer. Mais pourquoi c'est si important pour toi ?
Encore une question à laquelle je n’ai pas envie de répondre. Cela m’expose trop, mais si je décide de me taire, est-ce qu’elle refusera ? Je n’ai jamais accepté d’en parler et même si j’apprécie beaucoup Elena, je n’ai toujours pas envie d’en parler. Encore moins pour obtenir ses faveurs.
— Laisse tomber. Ça me regarde pas. Le coach m'a laissé un double des clés pour que je puisse m'entraîner discrètement quand j'en ai envie. On aura qu'à y aller ensemble.
Putain, merci ! Elle me soulage d’un poids qu’elle n’imagine même pas. Je la prend précipitamment dans mes bras, elle semble surprise de ma réaction. Celle-ci me surprend aussi d’ailleurs. Je suis du genre tactile avec les filles, mais seulement pour les mettre dans mon lit. Ce qui n’est pas du tout mon intention avec Elena. Juste, je suis heureux qu’elle accepte ma demande et je veux lui montrer ma gratitude.
— Merci, Elena. On fera comme tu voudras, et je te promets que je serai un élève attentif
Je la sens se détendre un peu puis se dégager de mes bras..
— Me remercie pas trop vite. J'ai une condition.
Mmh… J’aurais dû me douter qu’elle profiterait de la situation. C’était trop beau pour être vrai.
Elle pose son index sur mon torse avec son air mutin.
— Pendant les entraînements, tu devras m'appeler... Maître.
— Sérieusement ?!
Elena sourit de toutes ses dents.
— Très sérieusement. C'est ça, ou tu te débrouilles sans moi. Alors... marché conclu ?
— Marché conclu, soupirais-je faussement blasé. Dans le fond, ce n’était pas cher payé. En plus, nous serons seuls, personne n’assistera donc à cette petite humiliation.
— Au fait, comment s’est passé ta soirée ? Vu la façon dont Kelly t’a dévoré des yeux j’imagine qu’elle a tenté sa chance et vu l’heure à laquelle tu reviens...
— Tu supposes bien.
— C’est une fille sympa mais, elle est du genre à s'attacher...
— Je lui ai pas donné mon numéro. Ça évite les problèmes en général. Et toi comment tu fais pour éviter qu'il te colle après tes petites affaires ?
Elena grimace
— Je donne pas mon numéro non plus mais, là ça veut dire qu'elle va me saouler pour te joindre et ça, ça me gonfle déjà. La prochaine fois, fais moi plaisir et trouve-toi un plan cul en-dehors de la salle de sport.
— Promis, répondis-je amusé de la situation.
Je suis soulagée. Elena a accepté de me donner des cours et surtout, notre relation s’est arrangé. Je n’ai pas aimé la voir distante avec moi.
— Et toi du coup, tu as fait quoi hier soir ?
— Moi, j'ai bossé sur un dossier jusqu'à pas d'heure. Vivement ce week-end que je relâche un peu la pression.
— Et si on sortait tous ensemble pour une fois ? Harry, toi, moi, Lucas... et Suzanne, peut-être ?
Elle éclate de rire, ce qui est un peu vexant. Moi qui espérait célébrer notre réconciliation, c’est la douche froide.
— Non merci. J'ai pas besoin de vous pour me chaperonner. Encore moins de Harry, il est pas prêt. Et crois-moi, ce week-end, je compte bien découcher.
Ok, effectivement vu comme ça...
— Ça risquerait d'être compliqué en effet avec Harry dans les parages. Tant pis. Ça aurait pu être sympa… Et je le pense sincèrement.
— Je sais pas à quoi tu penses mais, oublie tout de suite, s'agace Elena.
Je lève les mains en signe de paix.
— Tu te fais des film chaton. Je voulais juste être sympa pour une fois ! Quoi qu'il en soit, n'oublie pas ton premier cours avec moi... Maîtresse. J’insiste sur le dernier mot avec une voix suave., cherchant à la taquiner comme à mon habitude. Bingo, elle grimace, affichant un air profondément dégoûtée.
— Sérieux, pourquoi dans ta bouche, ça sonne quand même comme un truc pervers ?!
J’avance de quelques pas jusqu’à me rapprocher suffisamment pour que mes lèvres effleurent le lobe de son oreille. Elle ne flanche pas, ce serait comme avouer qu’elle a perdu et elle est aussi têtue que moi, peut-être même plus.
— Maîtresse, susurrais-je.
Elle me donne un coup de coude dans les côtes qui fait reculer immédiatement en riant.
— Va prendre une douche, Alec. Tu sens le sexe, c'est dégoûtant.
— Pas eu le temps de me laver. J'ai dû la contenter toute la nuit. J'ai une réputation à tenir.
— Tu crois vraiment que je vais te plaindre ? Me taquine-t-elle, le sourire au coin des lèvres.
Je lui répond par un rire franc avant de m’éloigner de cette cuisine pour m’exécuter. Que c’est bon de retrouver la maison.