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Les louvetiers et le lycan

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article 540
Par Sim

Effloraison 3647, Forêt Gelée


Batiste

« Allez, sors les crocs ! »

Les pumas grondent.

Ils provoquent.

Je suis piégé. Je m’étrangle, à pas grand-chose de chialer. La pleine lune brille trop fort et je vois double, tendu contre moi-même.

Allez, sors les crocs.

Les mâchoires des pumas claquent à mes pieds. Ils sont tout près et attendent l’ordre d’attaque.

Si je recule, je me cède.

« Mais laissez le gamin tranquille ! Il a rien du loup !

- Ferme la. »

Il frappe Fernand avec le manche de son poignard d’argent. Déjà à genoux, le vieil humain s’effondre dans la boue. Les louvetiers rigolent.

Ce n’est pas juste, il m’héberge simplement… Laissez-le…

Les faire taire d’un coup de mâchoire.

Mon instinct me dépasse…

Le sang de Fernand, l’urgence de traquer, la faim qui me tort, l’odeur du pin, la sueur des humains, le poil épicé des pumas.

La sensation de respirer, vrai, pleinement, vivant.

Ne recule pas. Ne cède pas.

Si tu cours, proie, ils t’auront à la fronde.

Je connais mieux la forêt, prédateur.

J’ai tellement peur… Je ne veux pas y retourner.

Il vaudra mieux mourir.

Mon souffle m’échappe. Mes os, rigides, souffrent de ne pas répondre à la lune. Je me mords la langue avec mes crocs, je ne cèderai pas. Je ne leur donnerai pas. Je m’accroche à la douleur.

Les pumas m’effleurent.

Rugis. Rugis !

Je m’étouffe encore. À chaque inspiration, tout s’aggrave, tout l’instinct pulse…

J’irradie dans chaque muscle.

… comme une force et je voudrais juste…

« Il empeste le chiot, ton gosse, Fernand ! »

L’un prépare sa fronde.

J’ouvre les yeux.

Non !

Nous chavirons.

« Arrêtez ! C’est qu’un petit gosse !

- Montre-le, ton pelage ! Qu’on s’torchera avec !

- Ta viande, pour nos pumas ! »

Ils sont quatre humains pour neuf pumas. Ils tiennent Fernand.

Leur violence est la mienne.

Je n’ai jamais voulu ça…

J’ai promis à Père de ne jamais mordre les humains.

Il faut survivre.

Alors plutôt mourir !

« Attaque ! »

Un puma me mord pleine cuisse.

La douleur surprend et je recule.

Recule, recule, ne reviens pas ! Nous ne mordrons pas !

Les autres pumas chargent.

La fronde ! Cours, je suis pris, cours !

Cours ! Cours !

Arrête ! Arrête ! Reste humain. Reste humain… Reste debout… La douleur me lance, je suis pris de vertiges.

Ils mordent encore. Il ne faut pas que je ploie…

La fronde.

La balle d’argent me passe au ras de la tempe.

La terreur nous foudroie.

Je chavire dans Vergorance, en flammes, son bourdon qui meurt et son chaos.

Cours ! Cours !

Aux cris des pumas, à la pulsion de survivre, à la rage de vaincre.

Survis !

Je ne suis plus là.

Je cours dans les rues de Vergorance.

Terrifié.

L’air forestier m’emplit. Je me retrouve. Vrai. L’énergie m’étend, me gonfle, me renforce. Je me retourne, ouvre la gueule grand, mes crocs immenses. Je leur arrache le poil, je leur fends les os ! Je ne me laisserai jamais tuer. Je me battrai pour survivre, qu’importe le nombre de pumas que je saigne ! Qu’importe les lycans que je trahis ! Qu’importe les humains que je dévore.

Je survivrai.

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